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AndWeShelter – 19 Ends (interview)

19endsLe mois dernier sortait le premier album du projet musical messin AndWeShelter. Baptisé 19 Ends, 12 titres passionnants, pleins de grâce et d’exigence, une perle aux sonorités variées bercée par un sentiment continu de force et de mélancolie.
Pour l’occasion, nous avons invité Sébastien Boess et Magali Dhyvert, fondateur du quatuor AndWeShelter, à répondre à nos questions.

19 Ends est rempli d’une certaine énergie, d’un certain sentiment cohérent et constant. Comment pensez-vous avoir réussi à ce point à vous accorder ?

Ça s’est fait naturellement pour la cohérence. On part soit d’une impulsion musicale, un couplet, ou un refrain brut, puis la musique nous évoque alors des thématiques précises. Une fois qu’on s’est accordé sur le sujet, on creuse, on développe du texte, puis on essaie de marquer nos identités. Parfois la démarche est inversée : on s’accorde sur un débat commun, qu’on a envie d’aborder, puis on construit les mélodies, les énergies autour.
Nous nous sommes rencontrés un peu par hasard, suite à une annonce, donc la faculté à pouvoir travailler ensemble n’était pas jouée d’avance mais au final, nous avons abordé des sujets qui nous touchaient tous les deux et l’encre conjointe a coulé sans trop de difficultés.
L’énergie de l’album est assez particulière car y cohabitent, par intermittence, des transpositions mélancoliques, voire fatalistes, ainsi que des passages plus optimistes, plus revanchards. “CrossRoad Under The Lake” et “Nineteen Ends” en sont de bonnes illustrations. Il y a plusieurs états d’âmes car j’imagine toujours une histoire, une trame complète dans les morceaux. Chaque morceau induit une forme de lutte.

Quelles sont vos sources d’inspirations communes, au-delà même des références, d’où vient votre musique ?

Justement c’est assez particulier, car au départ nous n’en avons pas. Moi j’ai grandi avec Bernard Lenoir, The Smiths, Mogwai, Jeff Buckley. Je me suis naturellement immergé dans cette musique au fil des années et j’ai commencé la musique très tôt avec le piano, en passant du 4 pistes cassettes à Fruity Loops (logiciel séquenceur). Je crois qu’en retournant ma cave, je pourrai retrouver ma première reprise de “Va-t’en” (La FossetteDominique A – 1993) mais je risque d’être traumatisé par contre…
Par la suite je n’ai jamais vraiment lâché ce besoin de composition. Au fil des ans je me suis équipé en instruments, j’ai appris sur le tas les techniques d’enregistrement, et aujourd’hui on en est là.

Magali:
J’ai toujours allié la musique aux rencontres, aux moments vécus, aux émotions des événements. J’ai été bercée à la fois par de la chanson française à grands coups de Thiéfaine et autres Mano Solo, de rock seventies avec les Doors ou Janis Joplin, je suis tombée amoureuse d’un garçon qui me chantait du Nirvana. J’ai eu un groupe pendant 8 ans, Oestrogena Orchestra, avec qui on a écumé les routes. Avec Seb nous nous sommes tout de même trouvé quelques points d’ancrage avec des groupes comme Noir Désir, Radiohead, The Cure ou Joy Division que nous avons tous deux écoutés. (J’ai aussi pleuré en écoutant Jeff Buckley). Je découvre et apprécie maintenant et avec du retard des groupes comme Cold Cave, Interpol, Broadcast, The XX, Tristesse Contemporaine, Deerhunter, Sufjan Stevens.. La musique que j’écoute ou que je découvre est souvent liée à des événements particuliers de ma vie. Je l’utilise comme une éponge, qui va absorber mes émotions parfois débordantes. Dans la composition comme sur scène ou en enregistrement, je n’ai pas de distance entre ces émotions et la musique qui en découle, je vis cela de façon épidermique, et salvatrice.

De même quelle est votre processus de création, pouvez vous nous raconter le voyage d’une des chansons, de sa source jusqu’à son aboutissement ?

Chaque morceau a une histoire, une évolution précise. Prenons le cas “Out Of Control”:
Au départ, j’ai commencé par bidouiller sur mon ordinateur et j’ai crée cette piste de synthé arpeggiator qui rentre à la 11ème seconde et qui tourne en fond à chaque refrain, et j’ai rajouté les rythmes syncopés. Cette base a servi à un travail pour la Nuit Blanche Metz, puis elle a pris la poussière dans les recoins de mon disque dur.
Je l’ai ressortie un peu plus tard. On trouvait que l’idée de départ était intéressante pour créer un morceau complet.
A partir de là, le thème nous a rapidement sauté aux oreilles. Les mélodies, la gamme, les rythmes évoquaient une forme de panique, de perte de contrôle. On a alors décidé de travailler les textes dans ce sens.
D’un point de vue mélodique, le puzzle s’est alors mis en place progressivement. Il y a des nappes de cordes obscures en fond pour conserver cette sensation prédominante de malaise. Les guitares sont saccadées, agressives, toujours sous légère distorsion.
Mon passage favori : le moment du solo qui traduit le point de départ de la perte totale de contrôle. J’imaginais quelqu’un qui court dans tous les sens, qui se cogne partout, et qui n’arrive pas à s’échapper de sa pièce close. Le texte évoque alors cet état d’esprit : « How can we save us ».
Au bout du compte, il y a à nouveau un rendu paradoxal, entre la folie glauque, l’espoir, et des parties mélodiques plutôt enjouées, combatives.

Votre musique est à la fois dans l’air du temps tout en étant profondément personnelle. Quel est votre sentiment sur la musique actuelle et son industrie, où vous situez-vous? Quelle vision de l’art musical défendez-vous ?

J’ai l’impression que la musique actuelle évolue très vite.
D’une part les majors tombent comme des mouches, et les labels indépendants ne survivent que très difficilement. D’autre part le mode d’accès à la musique change continuellement. Il y a quelque années on se retrouvait tous sur Myspace, et aujourd’hui c’est un beau bordel, jusqu’à l’arrivée d’une autre plate-forme. En tant que groupe qui débute tu n’as plus beaucoup d’alternatives. Il faut être actif sur les réseaux sociaux, et faire des efforts parfois disproportionnés pour trouver des dates.
Mais globalement je trouve ça plutôt positif car le rapport est devenu plus direct avec les auditeurs. Je suis toujours fasciné par le succès que rencontrent les sites de crowdfunding. Les gens n’hésitent plus à donner de leur personne pour aider à la concrétisation de projets.
On est très loin de cette industrie musicale victorieuse des anciennes décennies, où il fallait une somme astronomique pour finaliser un album, réaliser des clips à 500 000€. Aujourd’hui tout le monde peut se fabriquer un studio à moindre coût, tout le monde peut s’improviser photographe, réalisateur ou créer un site. C’est en cela que la musique actuelle est séduisante. Il n’y a plus d’industrie qui impose ses styles, mais des internautes partout dans le monde qui ont accès à un bouillon artistique quasi infini. La culture n’est enfin plus segmentée en fonction des classes sociales, elle est libérée. Je trouve ça rassurant quelque part.
Il y a évidemment des points noirs : le mp3 128 kbps et ses fréquences tronquées, le film en streaming et ses visages pixelisés. Comment faire de l’art un métier viable ? Mais si l’on part de l’hypothèse que la culture n’est pas quelque chose qui peut disparaître, on finit par respirer un grand coup, et se dire que des solutions vont inévitablement se mettre en place, puis s’effriter à nouveau. Tout ceci semble être cyclique.

Pouvez-vous nous parler un peu de TryptikSound, vos projets et vos ambitions pour l’avenir ?

TryptikSound est une structure qui a été créée, à l’origine, pour accueillir l’album d’AndWeShelter, de telle sorte que nous soyons maîtres de nos choix, et de notre destinée.
On savait naturellement quelle en serait l’évolution logique. Au delà de l’aspect purement formel d’avoir un label, il y a toujours eu cette envie d’accompagner de nouveaux groupes pour lesquels nous avons des affinités artistiques, dans lesquels nous voyons un don créatif certain.
C’est ainsi que Maven, Tohu Bohu, Shake The Disease, OneMpcOneMan nous ont rejoints. A ce niveau il s’agit surtout d’amis que nous (Magali, David et moi-même) avons en commun dans la musique.
Par la suite, nous envisageons d’élargir les horizons. Nous ne cherchons pas particulièrement de groupes pour le moment, mais quand le coup de cœur se présentera, et que la structure sera bien ancrée, on s’y attellera.
Nous avons pour cela crée 3 entités distinctes au sein de Tryptik et qui tournent autour de notre studio d’enregistrement:
TryptikSpace : pour les groupes qui veulent venir s’enregistrer par eux-mêmes dans notre studio.
TryptikStudio : pour les groupes dont nous réalisons l’enregistrement dans notre studio.
TryptikSound : pour les groupes qui font partie intégrante du label.
Au programme là tout de suite : nous rentrons en session enregistrement avec Maven fin mai, et l’album de TohuBohu est en cours de mixage. Nous cherchons actuellement un lieu pour organiser la première soirée du label à la rentrée.

19 Ends d’AndWeShelter, en écoute ici:

Site officiel d’AndWeShelter: http://andweshelter.com/

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