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Hellfest 2024 – Day 1 – « La Valley, c’est le Desert Fest ! »

Le Hellfest s’est achevé ce dimanche, marquant la fin d’une édition mémorable. Plus de 280 000 passionnés se sont rendus à Clisson pour voir en live les légendaires Metallica, Foo Fighters, Machine Head et Avenged Sevenfold. Une programmation riche et diversifiée, équilibrant parfaitement les têtes d’affiche, les pépites et les découvertes, a rendu l’événement particulièrement plaisant. On notera une ouverture de la programmation du festival à un style plus rock comme en témoigne la présence de Shaka Ponk, Queens of the Stone Age ou Rendez Vous à l’affiche de ce week-end. Les festivaliers ont aussi pu noter plusieurs améliorations dans l’organisation cette année, telles qu’une meilleure gestion des flux, un renforcement du dispositif Hell Care pour lutter contre les violences sexuelles et l’alcoolisme, et des initiatives pour réduire l’impact environnemental. Vacarm.net aura aussi noté une plus grande présence de femmes sur scène ; même si cela reste insuffisant, cela va dans le bon sens. 

Cette politique et ces mesures, bien que louables et nécessaires, n’ont cependant pas mis fin aux controverses qui entourent toujours le Hellfest. Une enquête de Libération a mis en lumière une ambiance machiste au sein de l’organisation. La vente de bières exclusivement en format 60cl paraît contradictoire avec le dispositif Hell Care. Ben Barbaud semble avoir compris que le Hellfest est attendu sur des faits de sociétés qui dépassent l’organisation d’un simple festival, mais le Hellfest se doit d’être irréprochable, de montrer l’exemple, alors même que la scène Metal est toujours perçue pour son image sulfureuse. Dans une époque où la culture est menacée, il est surprenant de voir une figure comme Barbaud, issue de la scène hardcore, habituellement militante, éviter le sujet des élections. Le silence des groupes et intermittents présents sur le festival est encore plus assourdissant. N’y a-t-il vraiment aucune urgence ? Le Metal n’est pas qu’une histoire de divertissement, c’est avant tout un moyen d’expression sociale et politique. On ne demande ni aux groupes, ni à l’ensemble des acteurs qui gravitent autour du Hellfest d’avoir une analyse pointue de la situation politique, néanmoins ça ne mange pas de pain de rappeler aux festivaliers l’importance du geste citoyen de se rendre aux urnes. Avec le renouvellement et l’élargissement de l’audience du Hellfest, il est essentiel d’accompagner ce nouveau public dans le partage et la compréhension des codes et du cadre militant historiques de la scène Metal. Évitons de nous contenter d’assister à un événement consumériste sans conscience de la réalité politique. A l’inverse, on ne peut qu’applaudir les messages limpides et nécessaires de groupes tels que Lofofora ou Sorcerer, qui rappellent que les idées rances ne sont pas les bienvenues, ni au Hellfest, ni ailleurs. 

Dans un registre plus léger, on aura aussi apprécié la météo globalement clémente, les stands de bouffe, toujours aussi variés et qualitatifs, et l’omniprésence des effets de reverb sur la caisse claire des groupes de hardcore. Trois gages de qualité pour un festival réussi. Allez, c’est parti pour le report.

Première heure, première belle découverte : Komodrag & Mounodor, un groupe breton qui joue avec talent des mélodies de rock tendance early 70s. Découverts lors des Transmusicales de Rennes, le combo se retrouve à l’affiche de nombreux festivals généralistes cet été, et nous voilà un peu étonnés de les retrouver à l’affiche du Hellfest. La foule est massée devant la petite scène de la Valley ; rares seront les concerts avec un public présent en aussi grand nombre. On comprend vite un tel attrait : les gars sont hyper talentueux, excellents musiciens avec un très bon sens de la scène, en plus d’être excessivement sympathiques. Leur fétichisme hippie va très loin, puisque même le matos sur scène est d’époque ! On aura l’occasion de reparler du groupe très rapidement, puisqu’ils ont répondu à une interview de Vacarm.

La Valley accueille d’ailleurs une affiche digne des meilleurs Desertfest, puisque vont se succéder Green Lung, Graveyard et All Them Witches. Trois mastodontes de la scène stoner, au sens large, chacun avec leurs spécificités. Green Lung, nouvelle coqueluche du rock britannique, désormais connu pour son mélange de stoner rock, de heavy metal et d’éléments occultes. Si vous ne l’avez pas déjà fait, nous ne pouvons que vous recommander d’écouter leur excellent dernier album, This Heathen Land. Nous avions hâte d’entendre sur scène leur musique, influencée par les sonorités des années 70, caractérisée par des riffs puissants et des paroles inspirées par le folklore et la sorcellerie. Et franchement, tout est bien en place. La voix de Tom Templar était au top, et les musiciens sont démonstratifs. Les airs épiques et entêtants, qui donnent envie de chanter en chœur, s’enchaînent avec facilité. Les anglais assurent !

Graveyard prend le relais après un changement de plateau. Le groupe suédois de rock psychédélique emmené par Joakim Nilsson et sa voix meurtrie, nous prend aux tripes. Le groupe a fait le choix d’un set plutôt énergique – puisant les titres de sa setlist dans son répertoire le plus virulent. Leur prestation attaque directement par le frénétique “It Ain’t Over Yet” avant d’enchainer avec le remarquable “Cold Love”. Habituellement bassiste, Truls Mörck s’illustre en tant que chanteur principal sur “Birds of Paradise”. Les suédois achèvent leur set sous les applaudissements après un enchainement émotionnellement poignant de leurs singles “The Siren” et “Ain’t fit to live here”. Au final, on aura mieux apprécié leur passage au Hellfest que leur récente prestation au Trabendo, bien que le groupe n’ait pas pu développer d’ambiances mélancoliques nécessitant plus de temps de scène avec, par exemple, un titre tel que “Slow Motion Countdown”.

All Them Witches était la tête d’affiche de la scène Valley pour ce jeudi 27 juin. Originaires de Nashville, le groupe de rock américain, fondé en 2012, nous a proposé un bon set de blues psychédélique et de stoner rock, qui permet de planer un peu avant d’aller se coucher. Le groupe s’est récemment séparé de son batteur originel, Robby Staebler, et remplacé par Christian Powers (ex Fortune Child). Leur style de jeu est totalement différent, exit la virtuosité jazzy de Robby capable de construire des ambiances complexes, Christian adopte un jeu plus direct. L’entame du concert est marquée par des titres issus de l’album Nothing as Ideal, les singles “Saturnine & Iron Jaw” et “Enemy of my Enemy”. Une belle part du set est consacrée à l’album “Lightning at the door”. Le set se termine sur “When God Comes back”, une excellente façon de conclure une très bonne première journée.

En face, à la Warzone, les hardcore kids de Thrown, sont prêts à en découdre. Proches de Knocked Loosed, la formation suédoise envoie un hardcore de haute intensité. Teigneux comme un roquet, la prestation vocale de Marcus Lundqvist est saluée par le public. Thrown sort son premier album le 30 août, on y jettera une oreille. Le contraste est saisissant avec le post-rock emo de Thursday, groupe attendu par une petite poignée de fans. Pas de chance pour eux, au même moment, Landmvrks et Avenged Sevenfold font le plein sur les Main Stages. La prestation du groupe du New Brunswick est pourtant excellente et apporte un peu de douceur dans ce festival de brutes !

Changement d’ambiance radical avec (DOLCH), sur la scène Temple. Le groupe de musique allemande propose un mélange hypnotique de doom metal, de darkwave et de shoegaze. Le groupe réussit à nous emporter avec ses atmosphères sombres et éthérées. Sur la même scène nous avons également eu le plaisir d’assister au retour des Norvégiens de SHINING. Après un dernier album très ouvert musicalement et ayant moins convaincus, Jørgen Munkeby nous a proposé un set 100% Blackjazz, soit son meilleur album à ce jour, un plaisir visiblement partagé par le groupe et son public ce soir.

Côté Main Stage, on retiendra plutôt la prestation de LANDMVRKS. Les Marseillais envoient un show majestueux, aussi bien du point de vue musical que de la scénographie. C’est hyper bien fait, bien joué, mais cependant sans grande prise de risque. On regrette même que le groupe, qui se bouge pour donner un show qui tabasse vraiment, n’ait pas dit un mot pour l’organisation et les intermittents qui rendent tout cela possible, alors que leur statut, intrinsèquement lié à la culture française vivante, est menacé par les changements politiques en cours. En tous cas, grosse ambiance, la relève est là !

Pour être honnête, nous avons moins été enthousiasmé par le set de Slaughter to Prevail. Malgré l’indéniable puissance du groupe et le charisme de leur chanteur Alex Terrible, le set est monolithique et accouche d’un pétard mouillé. “Le plus grand wall of death de la planète” annoncé par la com’ du festival, n’a rien de spontané, et s’empare du titre du plus laborieux de l’histoire des walls of death (qui reste, finalement, à écrire). Notre hot take du jour : le délire mascu du métal est devenu globalement très ringard – et ce sont les formations moins musculeuses, souvent plus féminines ou queers, qui font la musique la plus extrême et intéressante, aujourd’hui. Et, oui, désolé : les vikings sont chiants. On n’en peut plus des vikings. La fâcheuse tendance des frontmen à vouloir jouer avec la foule casse le plus souvent l’ambiance, les sets se raccourcissent et finalement un groupe qui joue son set en bonne et due forme, c’est ce que le public paie pour voir !

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