Il y a des rendez-vous, comme ça, qu’on attend tout un été. On l’avait annoncé en 2024, on a lorgné sur la programmation du Watts a Bar 2025 et on n’a pas hésité à braver la route pour venir festoyer en terres meusiennes pour ce nouveau cru, le vendredi 22 août 2025.
Dusk of Delusion
Après une courte attente pour passer l’entrée du festival, on retrouve le même site que l’an passé, qui semble agrémenté d’un peu plus de stands. Deux scènes se font face, la principale étant placée à côté du château de Bar-le-Duc. On commence très rapidement les hostilités avec Dusk of Delusion qui joue en plein soleil. Un set efficace et de l’énergie à revendre. Seul petit bémol, à l’heure où le groupe devait finir son labeur, celui-ci annonçait gaiement un dernier morceau pour la route, sous l’œil réprobateur de l’équipe technique de la grande scène, espérant lancer à l’heure Lofofora. Chaque groupe profitera par la suite du mouvement pour faire glisser un peu plus leur créneau, Krav Boca accusant malheureusement 20 bonnes minutes de retard à l’allumage et finissant quant à lui à 2h pile, respect du timing de fin de festival oblige.



Lofofora
Ce sont donc les vieux briscards de Lofofora qui enchaînent ensuite, débutant leur concert par un message d’avertissement aussi drôle que touchant, Reuno le chanteur plaçant très rapidement la soirée sous le signe de l’inclusion, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et de résistance face à la montée de l’extrême droite. Un message qui d’ailleurs n’aura de cesse d’être repris tout au long de ce vendredi soir. Scéniquement, le combo est totalement rodé et parfaitement efficace. Le son est clean et les interactions…recherchées : “Eyh Bar-le-Duc, si tu bougeais ton UC” scande ainsi leur frontman dans la joie et la bonne humeur. Une soirée bien entamée donc.






Los Tres Puntos
Pas facile pour la formation ska punk de Los Tres Puntos – 30 ans cette année – d’enchaîner sur la petite scène, tant leur formation intégrant une section cuivre de 3 musiciens aurait nécessité une scène plus imposante. Mais qu’importe, les musiciens ne s’embarrassent pas de chichis et donnent tout sur scène. A l’instar de Bob’s not dead l’an passé, Max le guitariste chanteur voit sa corde de ré éclater en plein vol dès le début du show et changera rapidement d’instrument. Un petit message antifa par-ci, une dédicace pour sa maman par là, qu’on arrive déjà à un de leurs morceaux phares, “Le temps passe”. Il est alors presque 21h30 et on change totalement d’ambiance pour le prochain plateau.





Rise of the northstar
C’est dans une pénombre importante que le quintet débarque. On oscillera ensuite dans des tons très rouges ou très bleus durant une partie du show, les morceaux étant entrecoupés de jingles. Sur scène, on retrouve une réplique de cerisier à côté de la batterie et côté son, ça envoie sévère. Le public ne s’y trompe pas et continue de foutre un joyeux bordel, ce qu’il – du reste – ne s’était pas trop privé de faire jusque là. On slam, on pogote tranquillement, cette soirée metal est une réussite jusqu’ici. Côté son et prestation scénique, on sent des influences de Suicidal Tendencies notamment dans les gestes de Vithia leur chanteur, plutôt ambiance Slipknot dans les poses et le jeu des autres musiciens. Le son est carré et chirurgical, une déferlante de décibels fuse de la scène vers la fosse et Rise of the northstar met tout le monde d’accord le temps d’une prestation impeccable.





Bottomz Up
Pas évident de passer derrière ces trois groupes pour le moins imposants de la scène française. De plus, Bottomz Up commence avec quelques petits problèmes de son, la voix de leur chanteur étant étouffée par les instruments de ses camarades. On revient rapidement à la normale et le groupe assure une prestation de bonne facture, leur metalcore continuant de faire se bouger la foule encore bien présente. On sent bien l’avantage du groupe de jouer « à domicile », une bonne partie des personnes encore là ayant manifestement une bonne connaissance de la setlist et des paroles des morceaux. Toujours agréable et bon pour donner envie de tout donner sur scène !




Les Ramoneurs de Menhirs
C’est au tour des Ramoneurs de Menhirs de faire leur entrée, avec un décalage d’un bon quart d’heure (de politesse). Eux aussi ne manqueront pas de rappeler leurs différentes luttes et, bien entendu, celle plus appuyée contre l’extrême droite, entre une reprise (traditionnelle !) de “Porcherie”, écrite par le précédent groupe de Loran, Bérurier Noir et la répétition du slogan “siamo tutti antifascisti” repris en chœur par le public. Entre les deux, beaucoup de chants bretons, une reprise de « La Blanche Hermine » de Gilles Servat, un hommage au peuple kanak, à Louise Ebrel – chanteuse bretonne qui a accompagné le groupe sur plusieurs concerts et malheureusement aujourd’hui disparue, mais aussi plusieurs revendications militantes, le tout au son de la bombarde et des binious, accompagnés par l’indémodable boîte à rythme, marque de fabrique de feu Bérurier Noir. Sur la fin du set, Loran fait monter jeunes et moins jeunes sur scène, invités à danser et à reprendre avec lui le refrain de “Porcherie” : “la jeunesse emmerde le front national”.






!AYYA!
Minuit est passé déjà d’une bonne demi-heure, Loran annonce vouloir finir “à l’heure” par respect pour les autres groupes, tout en finissant avec le même quart d’heure de retard, que !Ayya! de l’autre côté entame son set, sentant que le temps passe finalement furieusement vite. On ne va pas se le cacher, l’affluence du milieu de la soirée est en train de s’évanouir doucement et on se retrouve déjà un peu entre irréductibles, qui veulent continuer à faire la fête jusqu’au bout de la nuit (et certainement qui doivent profiter du camping non loin pour se dire que la soirée n’en est qu’à son commencement). Sans se démonter, !AYYA! balance un set explosif, entraînant, envoûtant même, n’ayons pas peur des mots. Un super duo guitare/batterie, avec des nappes de synthés et quelques sons électro, qui donnent à la fois furieusement envie de bouger mais aussi de s’allonger tranquillement dans l’herbe et profiter du moment. On sent d’ailleurs une excellente complicité entre les deux hommes, qui déroulent les titres les uns après les autres.



Krav Boca
Une heure du matin a déjà sonné depuis de longues minutes et si on n’avait pas écouté récemment ce que proposait Krav Boca, peut-être aurions-nous loupé le meilleur concert de cette journée. Car oui, disons le franchement, dans une énergie débordante et foutraque, la formation multi-ethnique a livré une prestation format XXL. Créé à Toulouse en 2014, Krav Boca est composé de membres aux origines françaises mais aussi grecques et marocaines. Deux chanteurs masqués sont accompagnés d’un guitariste, un joueur de mandoline mais aussi deux performeurs, jouant avec le feu et réalisant des interventions artistiques enrichissant un peu plus le spectacle proposé. Et le tout fonctionne à merveille. La foule encore présente comprend très vite ce qui est en train de se jouer et donne de l’énergie à revendre à Krav Boca, qui ne prend pas une seconde pour respirer. Sur scène, on court, on saute, on joue avec les flammes et les étincelles, le performeur de la bande maniant la meuleuse avec délectation (ce qui n’est pas sans rappeler une pratique déjà bien ancrée chez Punish Yourself en son temps) tandis que la performeuse danse, maniant elle aussi la lumière brûlante qui vient crépiter au son des morceaux. On sent aussi un amour sans borne entre les membres de la formation, échangeant regards complices, tapes dans le dos et moments de proximité entre deux silences de quelques millisecondes. On assiste également à un très ritualisé jet de gobelets durant un titre du groupe, les musiciens en profitant pour renvoyer les objets dans la foule électrisée. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle, “Kravmikaz”, “Brasero”, « Fumigène », “Wesh la fraude” ou encore cette reprise mi-française, mi-grecque de “Salut à toi” (toujours des mêmes Bérurier Noir). Rois de la débrouille, habitués de la route et du DIY, Krav Boca est en parfaite symbiose avec le public, qui en profite d’ailleurs pour craquer par l’intermédiaire d’une même personne bien équipée deux fumigènes, amenant un peu plus une atmosphère onirique à cette fin de soirée décidément en apothéose.










Il ne nous en fallait pas plus pour avaler les kilomètres qui nous séparaient de nos pénates, survitaminé par cette journée tout en majesté de la part du Watts a Bar. Un très grand bravo pour ce cru 2025 et l’organisation sans faille et…rdv en 2026 ? ;)*


