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Interview du chanteur de Survival Zero pour la sortie de “The Ascension”.

Entretien par téléphone le 4 mai avec Pierre Lebaillif, chanteur du groupe Survival Zero, à l’occasion de la sortie du premier album du groupe “The Ascension”.

“On vit un moment assez inédit, il est inquiétant mais je le trouve aussi extrêmement passionnant et je suis très curieux de la création artistique qui va en résulter parce que ça va forcément avoir une incidence.”

Comment vis-tu cette période de confinement, notamment en tant qu’artiste ? Est-ce une période riche en terme de créativité artistique ?
Je ne suis pas confiné puisque je suis travailleur social, je dirais même qu’on est dans une période, dans ce secteur, plus intense que d’habitude. Je travaille sur des problématiques de violences intra-familiales notamment donc on ne manque pas d’occupation. Après j’ai des moments de pause mais la promo du groupe prend pas mal de temps et c’est plutôt cool, on est très très contents, on compose un petit peu, on se capte régulièrement avec les gars sur visioconférence pour parler de tout et de rien mais aussi parler de nouvelles idées de compos mais ça reste assez embryonnaire. Par contre je pense qu’au sortir de tout ça, j’aurai un peu plus de temps devant moi et je pense que ça va forcément se matérialiser dans les textes, la musique pour nous comme pour d’autres artistes dans d’autres milieux culturels. On vit un moment assez inédit, il est inquiétant mais je le trouve aussi extrêmement passionnant et je suis très curieux de la création artistique qui va en résulter parce que ça va forcément avoir une incidence.

Es-tu accro aux informations en ce moment ?
Déjà je m’intéresse aux actualités liées à mon travail. En ce moment, le plan de déconfinement nous oblige à réfléchir à des trucs et parfois on attend des infos qu’on n’a que par les médias. Après dans l’absolu, j’évite. Il y a une phrase de Denzel Washington que j’aime beaucoup. Il dit que si on ne regarde pas la presse on n’est pas informé et si on regarde la presse on est mal informé. Une ou deux fois par semaine, je prends du temps pour m’intéresser vraiment à l’actualité dans le fond, quand je vois une info qui m’interpelle je vais tout de suite recouper sur d’autres médias, j’essaie de ne pas me contenter d’un seul média parce que c’est là qu’il y a le danger et j’évite les chaînes d’info en continu parce que c’est anxiogène.

Oui il y a de quoi devenir fou même en temps normal avec les chaînes d’info en continu !
Tout le temps oui mais encore plus en ce moment je crois parce que la plupart des gens qui sont confinés doivent quand même passer pas mal de temps devant. Certaines chaînes essaient d’être un peu plus bienveillantes mais ça reste quand même anxiogène. L’information c’est important de la recevoir mais c’est important de prendre le temps de la traiter aussi et si on veut traiter ce que nous donnent les chaines d’information il faut savoir les éteindre et réfléchir un petit peu à ce qu’on vient d’entendre.

Après cette parenthèse, on va parler du groupe ! Comment est né Survival Zero ?
J’avais des idées de compos mais l’acte de naissance du groupe a été de les faire écouter à Thibaut le batteur, qui a beaucoup apprécié, et c’est venu valider un peu ces idées que je trainais depuis un petit moment parce que j’avais pas vraiment osé les faire écouter avant. On a commencé à bosser dessus ensemble, je me suis improvisé guitariste, on a jammé sur ces idées là pour les améliorer un peu. Très rapidement, Ben et Régis sont arrivés dans le groupe et ont apporté leur patte, leur énergie, puis Pierre, le bassiste, en fin de composition de l’album. Les arrivées de chacun ont été à chaque fois des élévations collectives pour la musique et pour le groupe. L’enregistrement de l’album est venu valider tout ça, on l’a vécu comme la véritable naissance du groupe, ça prenait forme, ça se matérialisait vraiment.

Ça s’est fait sur combien de temps ?
Ça s’est étalé sur trois ans parce qu’on a voulu prendre notre temps et parce que tout le monde n’était pas forcément dispo au même moment pour rejoindre le groupe. Pierre le bassiste par exemple est arrivé un peu plus tardivement même si on l’avait déjà sollicité et qu’il nous avait dit oui. Il était alors dans Embryonic Cells qui s’apprêtait à sortir un album, faire des concerts et le Hellfest notamment, donc il ne voulait pas trop disperser son énergie et a préféré attendre que tout ça passe pour pouvoir s’impliquer dans Survival Zero.

Comment avez-vous trouvé le nom du groupe ?
Ça fait partie des idées aussi que j’ai proposées au début. Il faut avoir en tête que je n’ai jamais imposé les idées que je proposais. Je leur dis toujours « les idées vous en faites ce que vous voulez » et dans la compo de l’album, des idées sont parties à la poubelle et d’autres ont grandement changé. Le nom du groupe fait partie des idées que j’ai proposées et celle-là a fait mouche tout de suite, ça a plu à tout le monde. Comment c’est venu ? L’album, les textes, je me suis en partie inspiré d’une maladie que j’ai eue qui s’appelle la dépression et cette maladie là, pour moi, avec le recul, pour essayer d’en faire quelque chose de poétique, pour écrire des textes, je l’ai pensée comme un virus. Un virus, la première personne qui est malade, on parle de patient zéro et je suis parti de cette expression là, le patient zéro, le premier malade. Je me suis demandé du coup qui serait le premier guéri ? Comment on l’appellerait ? Donc « Survivant Zéro ». En anglais ça donnait « Survivor Zero ». Sauf qu’un nom de groupe qui parle d’une personne, d’un survivant, ne nous plaisait pas trop. Par contre, un nom de groupe qui évoque un état d’esprit, la survie, ça nous parlait plus. C’est donc venu comme ça, « Survival Zero » qui pourrait se traduire par « Survie Zéro ».

C’est curieux que tu parles de virus pour parler de cette maladie.
Je l’ai vécue comme un virus parce que, ce qu’il a contaminé, c’est mes émotions. Une dépression à un moment donné tu es tellement dans la maladie que tu ne ressens plus rien, même les choses négatives, tu ne ressens même plus de colère et quand tu en arrives à ce stade là c’est que tu es déjà allé très très loin. En tout cas pour moi c’est comme ça que ça s’est passé et c’est pour ça que je l’ai vécu comme un virus parce que petit à petit ça m’a volé des choses, ça a contaminé des choses en moi qui ne me permettaient plus de ressentir des émotions, mon environnement etc.

Le groupe tu le situes à quel moment par rapport à la dépression ?
Plusieurs mois après la guérison. La création ne m’a pas guéri, n’a pas œuvré à la thérapie. Une fois guéri, j’étais disposé à faire d’autres choses et j’ai eu envie d’évoquer ça dans de la musique parce que j’aime la musique tout simplement, c’est mon yoga à moi. Mais je l’ai fait quand même avec l’aval des gars du groupe, je leur en avais parlé avant et s’ils m’avaient dit non j’aurais parlé d’autre chose.

J’aime bien parce que tu dis c’est mon yoga à moi sauf que c’est de la musique extrême ! Pourquoi ce choix de musique ?
Agressive oui bien sûr. Moi j’écoute beaucoup de musique, des trucs très différents et effectivement on pourrait dire que je suis un metalleux parce que c’est ce que j’écoute le plus, c’est une musique qui m’a parlé quand j’étais plus jeune, je pense que pour beaucoup de personnes c’est une musique qui aide à prendre confiance en soi, on peut lâcher un peu certaines brides quand on écoute cette musique là, quand on va à un concert aussi. Quelqu’un qui ne connait pas le metal et va à un concert de metal, qui voit un wall of death ou un pogo, se demande ce qui se passe mais au final derrière, dans le pogo et le wall of death, on s’amuse déjà et je trouve qu’il y a quand même une bienveillance, si quelqu’un tombe on le relève, et c’est une façon d’expier par la musique les choses les plus agressives, les plus violentes qu’on a un peu en nous. Selon moi c’est à ça que sert l’art en règle générale. Pourquoi on fait des films d’horreur, pourquoi on va faire du metal, pourquoi Picasso peint Guernica … ? A un moment donné, on éprouve tous de la colère, de l’agressivité voire de la violence et plutôt que de coller un pain dans la gueule au premier gars croisé dans la rue, ce qui serait complètement idiot, je préfère faire du metal.

Un mot sur le sens du titre de l’album « The Ascension »
Le fil conducteur de l’album c’est un peu comment après des moments aussi douloureux qu’une dépression par exemple mais ça pourrait être autre chose, comment on s’élève après une épreuve dans la vie et comment on apprécie le chemin qu’on a parcouru. Le troisième titre de l’album « Ascension » est un peu le point de départ, le début du chemin. Le morceau d’avant c’est l’état d’esprit dans lequel on est, ensuite c’est le début du chemin. Et le chemin se poursuit sur les morceaux suivants. Le titre de l’album pose l’architecture de l’ensemble. Cet album là va parler d’élévation de soi.
On a essayé de faire en sorte, est-ce qu’on y est arrivés je n’en sais rien mais c’était notre volonté, que le premier morceau ouvre la voie au second qui ouvre la voie au troisième et ainsi de suite jusqu’au dernier morceau.

Les textes s’inspirent des figures tutélaires de la littérature tels que Azimov ou Kafka pour aborder l’isolement, la dépression ou l’expression d’une violence contenue. Tu peux m’en dire un peu plus ?
Je ne me suis pas réveillé un matin en disant je vais créer un groupe et m’inspirer de Kafka et Azimov pour les paroles. C’est juste que je lis énormément de choses et j’aime beaucoup ces auteurs. Concernant Azimov, c’est un auteur de science fiction et on évoque beaucoup l’espace dans nos textes mais aussi dans nos visuels, les grands vides de l’espace, les objets célestes aussi beaux qu’effrayants comme les trous noirs par exemple auxquels je fais allusion dans les textes. Azimov j’ai pioché le côté science fiction, les sensations que j’ai pu ressentir en lisant le cycle « Fondation » notamment, d’ailleurs la chanson « Foundation » est aussi un clin d’œil à ces bouquins là. Chez Azimov je vais piocher le côté observateur qu’il a dans son écriture, le côté positif qu’il a des choses et l’invitation au voyage. Dans les deux derniers bouquins du cycle « Fondation », on suit le même groupe de personnages qui voyagent de planète en planète pour retrouver la planète originelle de l’humanité à savoir la Terre, et au-delà de l’aventure que ça génère, il y a une portée philosophique qui me plaît beaucoup, retrouver son humanité en fait. Concernant Kafka, c’est un auteur assez sombre, il a une écriture très surréaliste, parle beaucoup de comment on se transforme par la force des choses, des forces extérieures ou intérieures, mais avec un regard assez pessimiste. J’aime beaucoup Kafka mais quand j’en lis un, je n’en lis plus pendant un an après parce que ça me déprime énormément. Mais j’adore. Kafka a une grande qualité d’écriture. Il y a une puissance dans ses métaphores, dans ses images dont j’essaie de m’inspirer dans l’écriture de mes textes, toutes proportions gardées bien entendu !

Tu lis quoi pour te détendre ? Azimov c’est une détente ?
Ah oui carrément. En ce moment je lis plusieurs trucs, le 2e tome d’« Hypérion », un roman de science-fiction de Dan Simmons, « Jérusalem » d’Alan Moore, les adaptations manga de « Lovecraft » par Gou Tanabe et le dernier Damasio, « Les Furtifs ».

Ta chanson préférée de l’album ?
C’est compliqué parce que j’ai amené la matière première pour quasiment tous les morceaux mais le titre qui fait vraiment consensus et qu’on aime tous pour les mêmes raisons c’est le dernier, « The Otherverse ». On trouve qu’il synthétise pas mal ce qu’on essaie de construire. Il y a du groove, de l’intensité, une espèce de mélancolie, une noirceur qui se dégagent et une construction presque progressive au début du morceau qu’on reprend à la fin un peu différemment qui va lui donner une vibe un peu post hardcore, un genre qu’on aime bien aussi. Moi personnellement c’est le morceau « Foundation » que j’aime beaucoup, qui me hérisse le poil à chaque fois qu’on le joue pour la simple et bonne raison que c’est peut-être un des textes où j’ai le plus puisé dans mon ressenti puisqu’il m’est venu après le décès de mon grand-père, quelqu’un de central dans ma vie, plein de sagesse. Il avait une façon de voir les choses très philosophique, je pouvais l’écouter parler pendant des heures. Quand on partait se promener, il me disait toujours « on va chercher l’aventure » et quand je lui ai demandé pourquoi il disait ça, il m’a répondu « ce qui est intéressant c’est les chemins qu’on prend, peu importe où ça nous emmène ». Je trouve ça assez beau et je parle de ça dans la chanson, « le but du voyage c’est le voyage en lui-même. Peu importe où on va ».

Tu viens de me citer deux titres mais vous n’en avez choisi aucun des deux pour le premier clip !
Pourquoi on a choisi « Ascension » pour le clip. On voulait ce morceau là déjà parce qu’il a presque le même nom que l’album, ça permettait de connecter un peu les choses parce que c’est notre premier album, on arrive un petit peu de nulle part, il faut aussi penser à ces aspects là. C’est aussi parce qu’on trouvait que ce titre synthétise vraiment, plus que les autres, tout ce qu’on fait dans la musique, plus même que « The Otherverse ». Dans « Ascension », il y a plus de richesse, plus de riffs et c’est aussi celui qui nous inspirait le plus pour une adaptation du texte en images. On ne voulait pas se satisfaire d’un clip où on nous voit jouer, on voulait aussi avoir une mise en image du texte et ça nous semblait être le morceau le plus approprié pour ça.

Vous n’êtes pas trop frustrés de ne pas pouvoir défendre cet album sur scène ?
Dès que ça va être permis ça va être notre priorité, on a créé ce groupe aussi parce qu’on adore faire des concerts, c’est clairement le but premier. On avait plein de concerts prévus, ils sont reportés on verra bien.

Quels sont les disques qui tournent sur ta platine en ce moment ?
Le dernier album de Leprous « Pitfalls », le dernier Benighted et j’ai découvert un groupe américain il y a quelques mois, Barishi, qui a sorti son 2e album le même jour que nous chez Season of Mist, un mélange de sludge, death et black metal, ça condense plein de choses que j’aime bien. Sinon les trois derniers trucs que j’écoute souvent, le dernier album de Klone « Le Grand Voyage », le dernier album d’un groupe de doom, Angellore « Rien ne devrait mourir » et des copains du coin, Northern Lights, qui ont sorti un album en janvier, du très très bon metalcore.

Le mot de la fin ?
Merci pour tes questions et pour l’intérêt que tu portes au groupe. Pour les gens qui vont lire et s’intéresser au groupe, on n’a qu’une hâte c’est de pouvoir retourner faire des concerts pour aller à la rencontre de toutes les personnes qui suivent déjà le groupe. Nous on est au comble du bonheur malgré le confinement parce que les retours sur l’album sont très très bons, on voit que ça intéresse des gens, qu’ils sont impatients de nous voir en concert et on partage cette impatience. Donc merci à tout le monde de suivre le groupe, merci aux lecteurs de Vacarm et merci à toi pour tes questions.

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