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Entretien avec Victor et Aaron de Betraying the Martyrs le 13 décembre à l’Alhambra (Paris)

“Sur certaines tournées, notamment le Summer Slaughter, il y avait une ambulance quasiment tous les jours. Le public est fou. Le mec saigne et il est content.”

Entretien avec Victor et Aaron de Betraying the Martyrs, mercredi 13 décembre, juste avant leur concert à l’Alhambra en première partie de Dagoba.

Vous vous sentez comment là, juste avant de monter sur scène ?

Victor : stressé. Les concerts à Paris c’est toujours plus stressant parce qu’il y a plus de gens proches de nous, la famille, les amis, tous ces gens qu’on a envie de convaincre.

Aaron : c’est vrai qu’à Paris il y a beaucoup plus de pression.

Vous venez de faire pas mal de dates avec Dagoba dans toute la France, vous aviez tourné aux Etats-Unis tout l’été, ça fait quoi de passer des Etats-Unis à la France ?

Aaron : ça fait plaisir ! (rires)

C’est très différent ?

Victor : oui, surtout au niveau de l’accueil, des conditions. Aux Etats-Unis, on est sur une tournée avec beaucoup de groupes, pas mal de choses à gérer, des changements de plateau d’un quart d’heure, il faut aller très très vite, on n’est pas du tout traités de la même manière. Il y a 4, 5 et même 10 groupes, on ne peut pas traiter 10 groupes comme un seul donc évidemment les conditions sont moins bonnes. On n’a même pas à manger. On ne va pas se mentir, la scène et le public sont meilleurs là-bas, les concerts, le metal d’une manière générale ramènent plus de monde là-bas.

Plus de monde d’accord mais le public est meilleur dans quel sens ? Parce qu’en France le public est quand même très actif dans les concerts de metal.

Victor : ça bouge quand même plus là-bas. On a fait des dates au Texas où c’était n’importe quoi. Le public c’était un peu la folie. Après je n’irai pas jusqu’à dire que ça vaut un Hellfest. Au Hellfest c’est encore un autre niveau. Mais en tout cas le public de club, de salles de 500 personnes, a tendance à être vraiment déjanté là-bas, encore plus qu’ici.

Du coup c’est le bordel ou ça reste quand même gérable ? Vous avez une anecdote d’un truc incroyable que vous n’avez jamais vu en France ?

En choeur : c’est le bordel.

Victor : j’ai vu de la violence plus que n’importe où. Sur certaines tournées, notamment le Summer Slaughter, il y avait une ambulance quasiment tous les jours. Le public est fou. Le mec saigne et il est content.

Aaron : il y a des bras cassés. Un mec est venu me voir avec un bras à angle droit pour me demander si je pouvais le signer. Après il est parti aux urgences (rires)

Victor : et les Américains sont très très fans. Il y a vraiment cette culture du fan et de la consommation. Même ceux qui ne nous connaissent pas vont être fans, c’est particulier aux Etats-Unis. Tu débarques dans un restaurant par exemple et là « hey guys you’re in a band ? le groupe il est famous ou pas ? On peut prendre une photo avec vous ? » Et ils ne savent pas du tout qui on est mais ils ont cette culture d’être fans et ça donne des gens qui sont à vos pieds très vite.

Aaron : c’est vrai qu’en France il y a plus de fierté.

Victor : en France, ils ne vont pas se mettre à genoux et pour dire la vérité on préfère ça.

Victor : ce n’est pas notre culture, on n’est pas là à dire « baise moi les pieds »

Vous avez joué au Hellfest cette année. C’était la première fois ?

Victor : Non la deuxième. La première fois on a joué le vendredi à 10h45, à l’ouverture, on était le tout premier groupe sur la main stage et on a commencé à 2000 personnes et fini à 5000 mais sur le champ du Hellfest c’est ridicule 2 à 5000 personnes alors que cette année c’était rempli. C’était clairement le paroxysme de notre carrière, le meilleur moment. On le refera à chaque fois qu’on pourra je pense. Au prochain album j’espère. C’est la première fois que sur scène, à la dernière chanson je me suis dit « oh non pas déjà, redonnez-moi une demi-heure je vous en supplie»

C’est ça le meilleur pour vous, c’est la scène ?

Victor : bien sûr mais c’est aussi une super expérience de composer entre amis, d’apprendre autant de choses sur la musique avec un producteur, c’est toute une perspective du boulot qui est hyper intéressante aussi, chaque aspect de ce travail nous plait énormément mais c’est vrai que la scène reste le truc qui nous plait le plus, il y a la rencontre avec le public, l’énergie qu’on dépense sur scène, tout ça.

Six dans le groupe ce n’est pas beaucoup ? D’autant que vous avez l’air d’avoir des personnalités différentes.

Victor : Avec les années, avec toutes les tournées qu’on a faites, on a appris à devenir hyper complémentaires, on a réussi à intégrer les différences de personnalités dans notre entente, à se rendre chacun complémentaire et au final c’est une vraie osmose.

Concernant le double chant, c’était une volonté dès le départ, dès la création du groupe ?

Victor : oui dès le début. Encore une fois on a été influencés par une scène américaine qui s’est mise à faire ça, par des groupes comme As I Lay Dying ou The Devil Wears Prada. Des refrains avec du chant clair face à des couplets plus vénères, c’était un créneau qu’on voulait se donner dès le début, dès le premier Ep, dès le premier album.

Lorsque vous composez, vous savez déjà si tel couplet va être interprété en chant hurlé ou mélodique en fonction du sens ?

Victor : plus ou moins oui. Par exemple « Ghost », les couplets sont très violents au niveau des paroles alors que le refrain va être plus ouvert, toujours pour dire la même chose mais avec des mots un peu plus positifs qui vont vers l’avant alors que les couplets vont être vraiment des mots de violence. En général, on arrive avec plein de paroles, Aaron a écrit plein de trucs et moi dans ces paroles là je prends les mots que je vais vouloir chanter et si je trouve que c’est trop violent je vais le reformuler avec l’aide d’Aaron bien entendu parce qu’il est anglais donc intervient toujours à un moment dans toute parole qu’on écrit

Vos chansons sont toujours engagées ?

Victor : c’est le premier album où on fait ça. Parce qu’il s’est passé des choses très graves dans notre pays et c’était quasiment inévitable d’en parler mais si tu regardes tout l’album il n’y a que quelques chansons qui sont un peu engagées. Les thèmes des albums précédents c’était plus sur des expériences personnelles que sur l’actualité. Les thèmes généraux en tout cas. « The Resilient » est moitié engagé, moitié plus personnel mais d’une manière générale c’était quand même une nouveauté pour cet album d’écrire des paroles engagées. Avant, on se basait toujours sur des expériences personnelles qu’on mettait en chanson dans laquelle on tirait une morale qu’on essayait d’exprimer dans la chanson.

C’est un exutoire d’écrire sur le 13 novembre 2015 ? sur Charlie ? ça vous fait du bien ?

Victor : oui bien sûr et puis même si à la base on n’est pas des artistes très engagés, on entend toujours parler de ce devoir d’artiste de parler des choses graves. Quand il se passe des choses tellement énormes aussi proches de nous, on se dit que même si on n’est pas des mecs engagés, on peut quand même en parler. On a un devoir d’artiste et puis il y a un message de violence positive qui peut se retirer de tout ça, on a envie de dire aux gens comme dans la chanson « Won’t back down » qu’on ne va pas tomber, pas s’agenouiller face à ça, qu’on va rester debout. Il y a un message puissant à faire passer à travers ces thèmes là donc c’est un vrai plaisir pour nous d’en parler.

A côté de ça vous avez fait une reprise de la reine des neiges qui vous a apporté une grosse visibilité sur le net. Pourquoi cette reprise ?

Victor : sur internet c’est vrai que les retours ont été assez exceptionnels. On voulait faire une reprise depuis un moment, on avait essayé deux trois trucs et puis il se trouvait que la reprise de cette chanson marchait vachement bien. On a voulu la garder en bonus track et c’est la décision de notre label d’en faire le vidéo clip, la chanson à mettre en avant de l’album.

Dans la mesure où ça a fait un peu le buzz, c’est une expérience que vous pourriez renouveler ?

En chœur : non

Victor : je ne regrette pas de l’avoir faite mais on n’a pas envie d’être considérés comme un groupe de reprises. C’était bien que cette reprise là fasse un peu parler de nous mais ça ne va pas plus loin.

L’album est sorti depuis presque un an, les retours sont excellents, c’est l’album de la maturité ? Peut-on dire qu’il y a un avant et un après cet album ?

Victor : c’est le premier album où des gens viennent nous voir et ne connaissent que cet album, c’était moins le cas sur l’album précédent. Là quand on balance un vieux tube à la fin du concert, on s’aperçoit que les gens les connaissent moins. ça veut dire qu’on a une grosse partie du public qui est nouvelle.

J’ai lu que vous étiez le meilleur groupe français de metal extreme avec Gojira, c’est quand même pas rien.

Victor : ça fait plaisir. Si tu peux le dire partout ça ! (rires) tu peux l’écrire aussi si tu veux (rires). On est sûrement un des groupes français dans le metal qui s’exporte le plus, ça c’est sûr. Beaucoup de groupes français plus gros que nous ici, comme par exemple Dagoba tout simplement, s’adressent à un public français et sont moins internationalisés que nous. Dès le début, nous avons eu une volonté d’aller s’exporter sur des marchés qui nous intéressaient plus. On était très influencés par le marché américain, anglais, pour nous c’était très important de nous internationaliser dès le début.

Ça a été très rapide en plus. Vous avez signé avec un label important tout de suite.

Victor : on a eu la chance de signer notre premier album sur un label basé à Los Angeles qu’on voulait absolument et qu’on a réussi à avoir. Avoir signé avec ce label nous a donné une espèce de crédibilité et à partir de ce moment là tout est allé très vite, on s’est mis à beaucoup tourner, ça nous a fait un nom à l’étranger et c’est vrai qu’il y a très peu de groupes français à part Gojira qui s’internationalisent autant.

Qu’est ce que vous attendiez de ce 3e album et le but a-t-il été atteint ?

Victor : l’année 2017 aura été plutôt bonne, on a réussi à faire à peu près ce qu’on voulait, une tourné européenne, une grosse tournée américaine, une belle tournée française avec un groupe français établi sur le territoire. On a fait de beaux concerts donc je pense qu’on termine l’année en beauté avec une conclusion clairement satisfaisante. L’année prochaine on prépare notre tournée en headline en Europe. Au mois de mars on va tourner dans toute l’Europe. Et puis ce n’est pas encore annoncé, je donne un scoop de malade mais on va participer au mondial du tatouage cette année, ça fait partie de la tournée. On va se poser en janvier février, finir de composer le prochain album, préparer cette tournée européenne, on part tout le mois de mars et ensuite on va essayer de faire des festivals, on en a fait en France en 2017 donc on va se concentrer sur l’Europe. Pas beaucoup de concerts en France cet été, on verra.

Dagoba est de Marseille, il y a une rivalité historique entre Paris et Marseille, très symboliquement un groupe de Paris et un de Marseille qui partagent l’affiche c’est quand même fort.

Victor : très franchement, j’ai l’impression que ces rivalités là ne passent pas la barrière du metal, ça reste dans le sport. Moi je ne sens aucune rivalité. On a été hyper bien reçus à Marseille quand on y est allés. Mais il y a peut-être moyen que je balance tout à l’heure « ici c’est Paris » sur scène (rires). « Faites du bruit pour Dagoba ! on les aime nos potes marseillais mais quand même, ici c’est Paris ! »

Et il l’a fait !

Un grand merci à Victor et Aaron pour ce sympathique entretien et à Elodie de H.I.M. Media de l’avoir rendu possible !

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