
Le Triomphe du Chaos est un album qui fait appel à nos sens. Douce chaleur, douce torpeur, les mélodies développées par Dominique Peter sont comme une brise fraiche sur un corps échaudé. C’est agréable, ça respire. On écoute « Mind is confused » ou « Musical Stamped » qui ouvrent cet opus comme si l’on inspirait à grandes bouffées un air appréciable après l’effort. A la mystique de plages électroniques viennent se greffer de frénétiques guitares, un chant chaleureux et perturbant d’émotion, une rythmique réglée comme un métronome. Midnight Ravers nous offre une musique mécanique, bricolée de bric et de broc et conçue de manière artisanale avec des matériaux sonores collectés sur le bord du chemin. Dominique Peter se transforme en antiquaire faisant vivre sa musique comme un cabinet de curiosités.
Après deux ans de travail rigoureux et deux voyages consécutifs au Mali, la collection d’objets vibrants aux natures insolites est devenue très riche. Il faut d’ailleurs interpréter ce projet comme un travail pluridisciplinaire puisque Dominique Peter s’est entouré du dessinateur Emmanuel Prost, qui vient enrichir l’album d’un travail plastique se concrétisant dans exposition sonore avec 50 planches (dessins originaux, peintures grand formats, carnet de voyage). « Don’t let me down » est une plongée abyssale dans un univers inconnu, onirique, où l’on découvre la beauté d’un art musical peu connu de l’amateur moyen de musique occidentale. C’est une poétique du coeur qui s’installe au cours de chaque composition, un peu comme si Dominique Peter nous envoyait une pensée simple écrite sur une carte postale depuis la brousse. Les compositions de Midnight Ravers s’expriment par la réduction d’un travail réflexif au plus simple stade, c’est à dire celui d’une mélodie latente, qui reste diffuse en tête sans jamais s’en aller. C’est ainsi que Midnight Ravers s’essaie à une musique très introspective sur « Smoky Place » ou « Ride On ».
Plusieurs artistes maliens ont aussi rejoint Dominique Peter dans l’inévitable « Humble ark studio ». Ce sont les voix féminines de The Bamako Allstars sur « Night Life Ravers », d’Assaba Dramé sur « Le Triomphe du Chaos » ou de Fatim Kouyaté sur « Don’t Let me down » qui transcendent véritablement les compositions en alliant tradition et modernité, sonorités locales et occidentales pour un résultat qualifiable de « mali-tronica ». Ces nombreuses participations qui viennent enrichir le projet font rapidement passer Midnight Ravers du projet solo à l’aventure collective.


