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THERAPHOSA : sortie de l’Ep aujourd’hui et interview !

“Il y a une brutalité très intéressante dans le metal, qui peut parfois retranscrire, laisser paraître, une très grande douceur. On se rend compte que beaucoup de métalleux sont des gens très doux en réalité”.

Sortie aujourd’hui du premier Ep du trio français THERAPHOSA, produit par Jan Rechberger, batteur d’Amorphis et distribué par Season of Mist. Le 28 septembre, au Hard Rock Café (Paris), Vacarm a rencontré Mathieu, le bassiste, qui nous en a dit un peu plus sur le groupe.

5 titres : The king of vultures – The god within – The butcher – Obsession – Leeches

Bonjour Mathieu, j’ai cru comprendre que vous étiez issus de la même fratrie tous les trois, pas banal !
En réalité, on est deux frères biologiques et, comme mon frère aime le souligner, trois frères par le sang versé.

C’est-à-dire !!
Le batteur ne fait pas partie de la famille mais je le connais depuis plus de 18 ans maintenant et il est tout le temps avec nous, pas seulement pour la musique mais pour toutes nos activités. Très souvent, il venait passer deux, trois mois chez nous et on restait enfermés à trois dans la même pièce pendant des mois. On est très très proches, c’est comme un frère. Je me considère très chanceux dans la relation que j’ai avec mon frère biologique, qui a quatre ans de plus que moi, on est complémentaires. On a nos différences mais aussi beaucoup de points communs et on a vécu beaucoup de choses ensemble. Je le considère comme ma plus grande influence musicale.

Mais cette histoire de sang versé c’est quoi ?
Le sang versé en réalité c’est plus une image parce qu’on a vécu énormément de choses ensemble en dehors de la musique, y compris la mort de notre père à moi et mon frère. Le batteur était présent dans ces moments-là. On a partagé nos souffrances, nos doutes et on a appris à se connaître exactement. Je pense que le groupe a renforcé ces liens parce que pour la survie du groupe on a dû chercher à se comprendre et à pallier nos différends, à être complémentaire. Je pense que ça se ressent aujourd’hui. On a des personnalités très différentes mais on arrive pourtant chacun à apporter quelque chose à notre musique.

Tu as découvert le metal par ton grand frère ?
Oui, c’est comme ça que le groupe est né. Mon frère faisait déjà de la musique depuis deux ans, il cherchait un groupe et n’en trouvait pas alors je lui ai proposé de faire de la basse et comme je savais que Martin faisait des percussions je lui ai proposé d’être le batteur et il a accepté. C’est comme ça que le groupe est né. Ensuite on a très rapidement enchaîné sur des dates et des enregistrements et l’aventure a commencé.

Tes parents ont vu tout ça d’un bon œil ?
Oui, on a toujours été encouragés par nos parents.

Ils écoutaient eux-mêmes du metal peut-être ?
Mon père écoutait beaucoup de blues, de country et de hard rock. C’est lui qui a amené mon frère sur le chemin du metal, ma mère avait les mêmes goûts musicaux que mon père. Ils aimaient aussi beaucoup le classique tous les deux. Mon père assistait énormément à nos répétitions, sur les deux, trois premières années du groupe, ensuite il est décédé et on a continué avec notre mère qui a toujours fait preuve d’un très grand soutien. Celui qui fait la ligne directrice du groupe c’est mon frère. On a commencé à 12 ans et Emergenza a suivi très vite derrière. On a fait ensuite beaucoup de concerts caritatifs, quelques concerts en province, quelques enregistrements aussi, dont un aux Cuizines de Chelles, un au studio de Saint-Ouen et le plus professionnel qu’on ait fait jusqu’à maintenant c’est celui qu’on a enregistré en Finlande.

Quelle a été l’évolution entre les premiers enregistrements et l’Ep qui sort le 19 octobre ?
Dans les premiers Ep, on sent beaucoup plus une touche hard rock. On a évolué vers ce côté metal très froid, très brutal, agressif, beaucoup plus tard. Ça fait maintenant douze ans qu’on a le groupe et je dirais qu’on a trouvé notre vrai style il y a à peu près quatre, cinq ans. Sinon on a toujours oscillé entre hard rock et metal.

Pourquoi ce choix d’un metal plus brutal, plus froid ?
Ça s’est fait tout seul, c’est plus la ligne directrice de mon frère en terme d’influence musicale. C’est lui qui a le plus gros bagage culturel metal. C’est très vaste ce qu’il écoute dans le metal. Moi et le batteur beaucoup moins. Il nous a fait partager sa passion pour ce style musical. Je pense que j’aurais écouté du metal même sans mon frère mais peut-être pas du metal aussi extrême. Même si je n’aime pas trop employer le terme extrême parce que pour moi c’est une notion très subjective. On peut retrouver ce même côté extrême dans le rap au niveau des paroles par exemple alors qu’en général on qualifie le metal d’extrême parce qu’à la première écoute ça envoie énormément de choses, c’est très agressif, c’est ça justement qui fait l’intérêt du metal je pense. Il y a une brutalité très intéressante et qui peut en réalité parfois retranscrire, laisser paraître, une très grande douceur. On se rend compte que beaucoup de métalleux sont des gens très doux en réalité.

Raconte-moi votre rencontre avec Jan Rechberger, le batteur d’Amorphis ?
On a toujours été très déterminés depuis le début du groupe mais pour moi et le batteur la passion de la musique et cette détermination sont venues au fur et à mesure. On avait juste le manque d’expérience, de professionnalisme, très durs à avoir quand on ne connaît pas de gens dans le milieu. On a eu beaucoup de chance. On avait enregistré le précédent Ep au studio Z Factory à l’Haÿ-les-Roses et le gérant de ce studio connaissait Denis Goria, un photographe qui travaille beaucoup avec les groupes finlandais, Nightwish, Amorphis etc. Il nous a mis en contact avec lui et s’en est suivie une collaboration de deux, trois ans notamment pour des photos. Denis Goria, lors d’un passage en Finlande, a fait écouter notre musique à Jan qui a beaucoup aimé et on a eu la chance énorme de recevoir la proposition de venir enregistrer l’Ep en Finlande.

Des anecdotes sur les cinq jours passés en Finlande pour l’enregistrement ?
Il y a eu quelques problèmes, notamment au niveau professionnel et matériel. Par exemple, à notre arrivée au studio, les peaux de batterie n’avaient pas été changées et les amplis n’avaient pas été testés et ne marchaient pas. On a perdu huit heures pour la journée de l’enregistrement de la guitare. Et le premier jour d’enregistrement, la personne sensée enregistrer est arrivée avec cinq heures de retard, ça a été un coup très dur parce qu’on ne connaissait pas le milieu et on avait beaucoup d’appréhension par rapport à tout ça, on s’attendait vraiment à ce qu’il faille assurer donc on a eu peur de ne pas réussir à enregistrer dans les temps. Par contre, côté humain, c’était vraiment très très agréable. Le batteur d’Amorphis est quelqu’un de très gentil, c’est très agréable et très simple de travailler avec lui donc mis à part les problèmes techniques, c’était vraiment incroyable, une très belle expérience et on a rencontré beaucoup d’autres gens du milieu, le bassiste de Nightwish notamment, parce qu’après les enregistrements, Jan nous amenait dans un bar dans lequel se retrouve tout le milieu du metal finlandais. Il y avait à peu près tout le groupe Amorphis, le guitariste de Children of Bodom, le chanteur d’Ensiferum. C’était très impressionnant mais on a été vraiment très très bien accueillis. C’était humainement très agréable et ça nous a apporté une très grande expérience en dépit des soucis techniques au début mais qui nous ont forgés.

Qui compose dans le groupe ? Textes et musique.
C’est principalement le guitariste qui s’occupe de la composition et de l’écriture des textes. Il compose, nous soumet ses compositions puis on choisit ensemble les chansons qu’on souhaite jouer. Le batteur et moi on voit si on souhaite réarranger les parties de batterie ou de basse et la finition se fait ensuite en répétition. On apprend les prémisses du morceau et on fait la structure durant la répétition. Le batteur et moi souhaitons de plus en plus nous investir dans la composition. Comme on a commencé assez jeunes, on s’est longtemps reposés sur le guitariste pour la composition parce qu’il avait un bagage technique bien plus important que le notre. Aujourd’hui, je pense que le batteur et moi sommes capables d’apporter quelque chose au groupe, on le souhaite vivement, étant donné qu’on a tous des influences très variées.

Quelles sont ces influences ?
Mon frère a une grande culture metal, il n’écoute que du metal et du classique. De mon côté, je me vois comme très éclectique, j’aime le rap, la funk, le metal, la musique classique mais aussi le reggae, la variété française. J’essaie de prendre certaines choses de tout ça et de les mettre dans le metal. On ne peut pas tout mettre, on ne peut pas totalement mélanger les styles mais, pour donner un exemple, je pense qu’on peut prendre la rythmique du funk et ce très gros son brutal du metal et faire quelque chose qui groove énormément et qui apporte en même temps une très grande puissance. C’est ce que j’aime beaucoup dans le metal, ce sentiment de puissance que ça peut procurer qu’on trouve très difficilement dans d’autres styles. Le batteur quant à lui est plus dans la musique électronique.

Ton frère aîné n’est pas opposé à ce que vous apportiez une touche de musique autre que le metal dans la composition ?
Moi et le batteur apportons ce que mon frère ne peut pas apporter, c’est-à-dire des musiques qui n’ont rien à voir avec le metal. C’est ce qui peut nous démarquer d’un point de vue sonore des autres groupes. Parce qu’aujourd’hui il y a beaucoup de groupes de metal, le niveau est très élevé et il faut avoir un très haut niveau pour assurer les bases et se démarquer de toutes les manières possibles. Certains groupes le font par l’esthétique, l’image, le son (le plus important selon moi). Avant, mon frère avait une très grande influence sur nous mais il évolue actuellement et essaie d’incorporer plus de classique dans notre musique. De mon côté j’aimerais bien incorporer plus de funk au niveau des rythmiques etc.

Pensez-vous faire un album dans la foulée de l’Ep ?
La suite c’est de démarcher pour jouer, se faire la main et ensuite enregistrer un album. Tout est composé, il ne manque plus que l’enregistrement.

Vous pourriez retourner en Finlande pour l’enregistrement de l’album ?
Personnellement je ne le souhaite pas parce que ça a été trop compliqué. Surtout pour une première expérience. Je pense que si on avait été des vétérans ça ne m’aurait pas dérangé. Je préférerais qu’on enregistre notre album dans un environnement très sain, surtout d’un point de vue technique et qu’on ait vraiment une très grande confiance. Et je préférerais la proximité, le faire en France.

Le nom du groupe ? C’est ton frère qui l’a choisi ?
Oui, il est passionné par les mygales. Il en a eu beaucoup, dont une Theraphosa. Il en a eu jusqu’à 80 à peu près dans sa chambre.

Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres cette Theraphosa ?
Passionné de mygales depuis qu’il a 6 ou 7 ans, mon frère voulait être insectologue avec spécialisation dans les arachnées. On a pris le nom pour une symbolique sur laquelle moi et mon frère divergeons un peu même si on a un terrain d’entente. La Theraphosa fait peur, a une certaine élégance, une capacité d’adaptation et c’est ce qu’on essaie de retranscrire dans notre musique. Le metal est une musique qui, à première écoute, peut faire peur. Beaucoup de gens à qui on fait écouter du metal ont une réaction comme s’ils avaient peur d’une araignée et au final, quand on regarde une araignée se déplacer on se rend compte qu’elle est gracieuse, très élégante et c’est ce qu’on essaie de faire dans notre musique. Au fur et à mesure des écoutes, on retranscrit une certaine élégance, une élégance à la française. Pour mon frère, elle représente cette notion d’agressivité qu’on trouve dans le metal. C’est aussi une notion de liberté mais plus tirée du mythe d’Arachnée que de l’araignée. Là aussi moi et mon frère avons une vision différente du mythe d’Arachnée. J’aime voir dans ce mythe la capacité à se rapprocher du divin par le travail, par l’art, à être aussi doué qu’une divinité, notamment Arachnée qui était plus douée qu’Athena. La morale de ce mythe, c’est l’orgueil, c’est d’apprendre aux hommes à ne pas se prendre pour des dieux, à faire preuve d’humilité. Mon frère aime voir ça comme une preuve d’insoumission, de prouver qu’on est l’égal des dieux, même presque supérieurs par la technique, l’art, la maîtrise de son art. Pour moi, c’est plus cette capacité à se surpasser, chercher à devenir meilleur.

C’est ce que tu cherches avec la musique ?
Exactement.

Parlons un peu des textes. Les titres sont liés ou pas ? Il y a un fil conducteur ?
Disons que ça représente toute la symbolique dont je vous ai parlé mais il n’y a pas vraiment de fil conducteur. Ou plutôt, le fil conducteur qu’on pourrait trouver c’est le côté néfaste de l’homme, on l’évoque très souvent. Il y a une fatalité dans l’homme. Même s’il essaie de devenir meilleur, certains finissent toujours par retomber dans leurs déboires, dans le vice. Et ça dépeint le côté primitif de l’homme.

Le titre choisi pour le clip “Obsession” est celui qui vous représente le mieux ?
Ce n’est pas vraiment un clip, on n’avait pas prévu de le faire quand on est partis en Finlande. Denis Goria nous a dit qu’il allait nous filmer pendant l’enregistrement et que si on avait de quoi faire, on essaierait de faire un clip. “Obsession” était la chanson sur laquelle on avait le plus de matériau. On hésitait entre “The God Within” et “Obsession”.

Un titre de l’Ep que tu préfères ?
“The God Within”. C’est la chanson qui me parle le plus. Mon frère pour l’instant écrit toutes les paroles et je ne suis pas forcément en accord avec ce qu’il dit, j’aimerais me mettre aussi à l’écriture, mais pour “The God Within” je le rejoins. Il y est question de cette envie de se surpasser dont je parlais tout à l’heure, de se rapprocher du divin, j’aime énormément. De plus, je pense que c’est ce qui représente le mieux le groupe. Il y a un côté très brutal, très agressif mais aussi un côté très élégant, très divin, notamment dans le refrain. Et on y retrouve fatalisme et espoir.

L’espoir se trouve où selon toi ?
L’espoir est dans ce que suscite l’art. L’art provoque des émotions qui amènent à une réflexion. Et c’est cette réflexion qui vous pousse à changer ce que vous êtes pour le pire ou le meilleur.

C’est par l’art selon toi qu’on pourrait changer beaucoup de choses dans ce monde ?
Toutes proportions gardées oui je le pense.

Alors pourquoi ne le fait-on pas ?
Parce que je pense que l’art doit être un accompagnement, un support, vers des choses plus concrètes. C’est l’art qui a amené énormément de choses à l’homme. C’est très différent de la science ou la médecine qui nous ont apporté un meilleur confort de vie certes, mais le côté philosophique de l’homme vient par l’art.

Le mot de la fin ?
Merci à vous pour cette interview !

Un grand merci à Mathieu et à Roger de Replica Promotion pour cet échange et longue route à THERAPHOSA !

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