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Interview de Clémentine Delauney (Visions of Atlantis)

« The deep and the dark » c’est à la fois l’exploration des choses sombres qui nous entourent comme les choses sombres au fond de soi.

Le groupe autrichien de metal symphonique Visions of Atlantis sort ce mois-ci son 6e album studio « The deep and the Dark ». C’est un peu l’album de la résurrection pour cette formation dont le line-up a été profondément remanié en 2013. L’album ravira certainement les amateurs du genre. Vacarm a eu le grand plaisir de s’entretenir avec la chanteuse, Clémentine Delauney (Melted Space, Serenity, Exit Eden) qui a rejoint la formation en 2013 et a participé activement à la composition du dernier album.

Tu chantes dans plusieurs groupes, ta collaboration avec Visions of Atlantis remonte à quand ?

Je suis dans Visions depuis fin 2013, j’ai été contactée par Thomas Caser le leader du groupe qui me connaissait par ma collaboration avec Serenity, on est sur le même label. Concernant Melted Space, parce qu’on n’a pas toujours le même calendrier et agenda, l’année dernière j’ai été remplacée par Ailyn de Sirenia pour les lives. Pour la suite je ne sais pas trop comment ça va se passer surtout qu’il y a Exit Eden aussi qui me prend pas mal de temps.

Tu as accepté tout de suite la proposition de Thomas de rejoindre le groupe ?

A l’époque, le groupe était en pleine dissension au niveau de la direction musicale, il y a eu un gros changement de line-up. Maxi l’ancienne chanteuse voulait rester mais Thomas voulait, musicalement, revenir aux origines du groupe, faire un metal symphonique avec du chant classique. Ça n’intéressait pas Maxi qui est donc partie de son plein gré. Thomas s’est retrouvé tout seul et je pense qu’il avait un peu perdu la foi à ce moment là. Il a donc fait appel à des gens qu’il connaissait aussi bien personnellement qu’à travers des collaborations avec d’autres groupes du même label. Il m’a dit qu’il aimerait faire un dernier album et une dernière tournée, finir la carrière du groupe sur une note constructive plutôt que ça se termine comme ça. J’avais déjà tourné avec Visions, je connaissais le groupe, je les suivais de loin, j’avais de la sympathie pour eux et pour cette histoire et ça répondait à un ancien rêve d’ado de faire un album de metal symphonique, j’ai donc accepté. Les choses ont évolué, ça ne s’est pas passé du tout comme prévu. “The Deep and the Dark” ne sera plus le dernier album du groupe, le projet a changé entre temps.

Tu as participé à la composition ?

Oui. La toute dernière chanson de l’album c’est moi qui l’ai écrite. J’ai eu la possibilité de vraiment prendre part à l’élaboration de l’album. Aujourd’hui on est un vrai groupe et on veut continuer. Un vrai travail d’équipe a été fait.

Le thème de prédilection du groupe, les mythes et légendes de l’Atlantide, c’est un thème qui t’intéressait ?

Le nom du groupe a été choisi depuis plus de 15 ans, entre-temps le line-up a énormément changé et on s’est plus ou moins éloignés de la ligne directrice de base de l’univers du groupe. Avec cet album là, au niveau des paroles que j’ai majoritairement écrites, j’ai quand même voulu raccrocher au monde de l’exploration avec quelque chose de plus large que des mythes un peu plus impersonnels tout en donnant une dimension introspective aux paroles. « The deep and the dark » c’est à la fois l’exploration des choses sombres qui nous entourent comme les choses sombres au fond de soi même et certains morceaux sont plus l’un que l’autre ou les deux. Donc j’ai repris les champs lexicaux des mythes, de l’exploration, des voyages en bateau parce que c’est quelque chose qui me parle aussi, pas forcément au premier degré ou dans le sens d’un mythe précis mais plus en rapport avec des expériences personnelles.

Les textes ont donc une double interprétation ?

Oui, il peut y avoir une double lecture. Chaque chanson a son thème même s’il y a des thèmes redondants, des choses qui reviennent. Mais sans être un concept album.

Tu chantes seule sur deux titres dont la ballade « The last home », un titre un peu différent des autres, c’est toi qui l’a voulu ?

C’est un peu une signature des groupes de metal pour la chanteuse d’avoir des ballades c’est pour ça qu’il y en a deux sur cet album et j’ai composé la dernière. Sur « The last home », j’ai simplement écrit ma ligne de chant et les paroles. Cette ballade c’était l’occasion de montrer ce que le nouveau Visions of Atlantis était capable de produire aussi. Musicalement oui on fait du metal symphonique puissant, rapide mais on sait aussi faire des choses beaucoup plus personnelles et je pense que c’est un atout pour un groupe d’être capable de tomber les barrières du style pour juste faire de la musique. Ces deux ballades avaient cette vocation d’être dans le personnel sans les fioritures, c’est pour ça que j’utilise ma voix la plus naturelle possible sur ces morceaux, pour parler de choses extrêmement personnelles aussi, d’être davantage dans l’émotion que dans la représentation d’un style.

Il y a un renouveau total entre cet album et les précédents, tu as réussi à t’approprier les titres d’avant ton arrivée ? Difficile d’éviter de copier les chanteuses précédentes ?

Ce n’est pas facile de ne pas copier tout en respectant la version d’origine surtout quand ce n’est pas forcément la tessiture qui te va le plus. Je ne suis pas très à l’aise dans les chaussures des anciennes chanteuses de Visions, c’est ce que j’ai fait pendant des années du mieux que j’ai pu. Je suis très contente aujourd’hui d’avoir enfin une page à écrire moi même avec des chansons qui ont été pensées pour ma voix, où je sois vraiment libre de m’exprimer. Pour la première fois sur scène je chante des choses qui me touchent et me concernent, je me sens impliquée à 120 % dans ces chansons. Depuis quatre ans, j’avais plutôt l’impression de faire de la reprise. C’est vraiment satisfaisant et épanouissant de chanter sa propre musique.

 

Combien de temps a duré l’enregistrement ? Vous avez enregistré ensemble ou séparément ?

On a enregistré séparément mais ça ne nous a pas empêchés d’être présents sur les enregistrements des uns et des autres. C’est plusieurs mois de travail mais étalés.

Vous allez faire une grosse tournée en février, l’album sort le 16, un mot sur la set-list ?

70 % de nouveaux morceaux, on a envie vraiment de convaincre. On a envie d’en jouer le maximum pour que les gens qui viennent aux concerts aient une raison de s’intéresser davantage au dernier album.

L’éloignement géographique avec les autres membres du groupe ne rend pas trop compliquée la préparation de la scène ?

On se retrouve avant pour répéter. C’est beaucoup de travail chez soi et du coup notre prestation live est assez rock’n’roll parce que, contrairement à des groupes qui peuvent travailler ensemble, on travaille quand on est sur scène. On s’améliore en faisant.

Ça veut dire que les premiers concerts ne sont pas terribles ? (rires)

On a fait la première date à Vienne, après notre week-end de répétition. Après une répétition sur scène, pour clôturer, on a fait un concert à Vienne mais avec très peu de promo. Le public venu nous voir était très content d’entendre les nouveaux morceaux en avant-première. Après, les choses sont faites sérieusement. On a l’habitude de la scène, c’est juste que ce n’est pas aussi travaillé, pas aussi poussé aussi parce qu’on est un groupe qui revient de très loin. Quand on s’est reformés en 2013, il n’y avait plus d’ambition, c’est presque un nouveau groupe, il ne reste que Thomas de la formation d’origine.

Thomas est dans quel état d’esprit aujourd’hui ?

Très heureux, remotivé, c’est beau à voir ! Bon là il est un peu tout feu tout flamme et voudrait repartir sur la composition d’un nouvel album. Mais il faut défendre celui-là d’abord.

Avant cet album, tu as participé à la sortie d’un Ep avec les chansons préférées des fans des trois premiers albums.

On a fait deux, trois réarrangements. En terme de mélodie, sur certains morceaux, je me suis donné quelques libertés. Reprendre des morceaux du passé mais essayer de montrer un peu ma créativité, essayer de toujours respecter l’œuvre de base mais en se disant qu’elle se prête à une libre interprétation aussi. J’ai pu réenregistrer les morceaux pas forcément exactement comme ils étaient faits dans le passé également parce que je n’ai pas la même voix et je reprenais deux ou trois chanteuses différentes. J’ai pu user de mes capacités de chanteuse pour retravailler, apporter ma propre interprétation de ces morceaux mais en respectant toujours la ligne de base.

Tu as une formation classique. Pourquoi ce choix du metal sympho ?

J’ai commencé à apprendre le chant classique quand j’avais 16 ans, pratiquement à la même époque où j’ai découvert le metal symphonique avec Nightwish. Quand j’ai écouté ce groupe pour la première fois, j’écoutais déjà des choses un peu plus dures, du rock mais pas encore metal, je ne connaissais même pas ce mot « metal » mais quand j’ai écouté Nightwish pour la première fois ça a été une révélation. Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire. Cette association de lumière et d’obscurité, d’agressivité ou de lourdeur avec une voix qui ouvre le ciel, l’horizon, c’était ce que je voulais faire. De fil en aiguille, j’ai eu plusieurs formations musicales différentes. Moi-même en tant que chanteuse j’ai bien évolué parce que je n’avais pas envie de me cantonner au chant classique, je me suis vite rendue compte que c’était limitant. Je n’ai jamais voulu être experte dans un truc dans ma vie je veux faire plein de choses et le chant c’est pareil. Avec Visions je suis heureuse de pouvoir utiliser la palette entière de ma voix.

On peut dire que tu as apporté énormément à ce dernier album ?

Je lui ai apporté beaucoup même si les morceaux, enfin la majorité de l’album, ont été écrits par notre producteur ou avec lui. Sur le choix des morceaux, la façon de les arranger etc.. on a pris part mais les souches des morceaux ça ne vient pas de moi et certaines mélodies non plus d’ailleurs. Parfois le producteur/arrangeur apportait une idée et on la retravaillait de manière différente, ça a été un vrai travail d’équipe à 4 avec notre batteur et l’autre chanteur aussi. Dans notre groupe, le producteur est totalement impliqué parce qu’on manquait malheureusement de personnes capables d’apporter des chansons totalement faites puisque cet album est un mix de deux line-up et que le groupe était complètement instable au moment où il a fallu l’écrire. Ce sera peut être différent sur le prochain.

C’est l’album de la résurrection en quelque sorte, quand il reste une seule personne d’origine c’est comme si c’était un nouveau groupe ?

Oui mais ça fait quatre ans qu’on joue sur scène ensemble donc le public qui nous a vus verra la continuité depuis qu’on a rejoint le groupe mais c’est sûr qu’en terme de discographie, cet album marque un vrai tournant avec les deux d’avant et puis ça fait quand même cinq ans d’écart, c’est beaucoup, parce que l’Ep c’était des reprises ça ne compte pas.

Vous avez des festivals prévus cette année ?

Oui. Quelques uns sont confirmés mais pas encore annoncés. Ce n’est pas notre priorité. On a une grosse tournée en discussion pour l’automne qui devrait se confirmer, ensuite on va commencer à travailler sur le prochain album.

Tu as déjà joué sur des scènes de festivals devant des milliers de personnes ? Tu abordes ça comment par rapport aux salles plus confidentielles ?

J’aborde la chose toujours de la même manière. Qu’il y ait dix personnes ou deux, elles ont droit au même show. Je suis là parce qu’il y a des gens qui me permettent d’être là et ils méritent un show et un chant de qualité, que ça me touche d’être là et de pouvoir le faire donc oui c’est impressionnant quand il y a beaucoup de personnes mais c’est impersonnel, on ne voit pas les gens. J’ai joué au Wacken devant je ne sais pas combien de milliers de personnes, on entend une masse et encore elle est très loin parce que la scène est très grande et il y a un très grand espace devant, les gens sont à 20 mètres de nous.

Finalement c’est plus intimidant dans les petites salles !

Oui ! C’est intimidant de voir quelqu’un et de lire ses réactions sur son visage parce que tu te dis que ça ne lui plait pas, qu’il s’ennuie peut-être. Tu as beaucoup plus d’informations quand le public est proche que lorsqu’il est loin.

Tu as des anecdotes de concert ? Bonnes ou mauvaises ?

Très bonne, le concert au Wacken avec le chanteur de Gamma Rey à côté de moi pour faire les chœurs. C’est un rêve de le vivre mais sur le moment ça paraît complètement surréaliste. Après j’ai des souvenirs de festival avec Serenity où tout à coup le sample ne marche plus et on est obligés de jouer une chanson sans soutien de musique derrière, des problèmes techniques qui font que tu puises dans tes ressources pour te dire « je continue quoiqu’il arrive ». « The show must go on » on se le tatoue partout à l’intérieur. Je me souviens d’un show en Suisse où il y avait sept personnes dans le public et le groupe se demandait si on ne ferait pas mieux d’annuler et moi je me maquillais, je mettais ma tenue de scène et ils me demandaient pourquoi et je leur disais parce que c’est pareil, il y a des gens qui sont là, peu importe combien ils sont, ça ne se fait pas de leur tourner le dos, c’est pas comme ça qu’on construit un avenir avec de la musique, qu’importe combien ils sont ce n’est pas ça qui compte.

Le mot de la fin ?

Si des gens ont découvert Visions of Atlantis dans le passé et n’ont pas perdu foi en nous je les remercie et j’espère que ce nouvel album permettra de faire plus d’émules du style en France.

Un grand merci à Clémentine et à Elodie de Him-Media !

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