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#Interview | Brieg Guerveno : “Le breton est une langue de cœur, mais aussi un outil indispensable dans mes compositions”

À l’occasion du festival Voix Bretonnes organisé au Château des Ducs de Bretagne nous avons pu rencontrer Brieg Guerveno qui s’y produisait le soir du 25 janvier pour une release party de son tout nouvel album : ‘Vel Ma Vin. Un concert d’ailleurs sold-out avec quelques irréductibles qui attendaient à l’entrée du château dans l’espoir d’avoir moyen de trouver sur le tard un siège ou deux de disponibles dans la salle, en se disant “il y a bien quelqu’un qui ne va pas pouvoir venir au dernier moment, ça libérera une place ou deux !”. Niet, pas de places supplémentaires en vente ce soir-là. Rencontre avec l’artiste.

Bonjour Brieg, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Je m’appelle Brieg Guerveno, je suis auteur, compositeur et interprète. Je mène mon projet depuis 13 ans et j’ai la particularité de chanter en breton, depuis toujours. Mon 4e album est sorti hier chez Klonosphère : Vel Ma Vin. Voilà pour les très grandes lignes !

C’est ton premier album chez Klonosphère…

Oui tout à fait, avant j’étais sur un label plus “régional” : Coop Breizh. J’ai profité de l’opportunité de travailler avec Guillaume, qui d’ailleurs apparaît dans le disque, pour rejoindre Klonosphère. On était tous les deux très enthousiasmés à l’idée que je rejoigne ce label.

Tu es passé d’un rock électrique, saturé, qui allait du prog’ au stoner, à une musique totalement folk, sans transition…

Je pense que c’est un cheminement personnel que j’ai depuis quelques années déjà. J’ai toujours attiré par une multitude d’esthétiques musicales, dont la folk, mais évidemment le progressif et le stoner, mais aussi les musiques contemplatives, l’ambiant… La musique en ce qui me concerne, c’est la capacité de l’artiste à te faire imaginer des paysages. Adolescent, j’ai été attiré par le metal parce que ce sont justement des musiques très fortes esthétiquement. Au bout de 13 ans, je pense que j’avais fait le tour de mon premier amour musical et je sentais que j’avais d’autres envies et qu’il fallait les faire vivre, mêlé à une petite remise en question et un coup de pouce de Guillaume (G. Bernard, chanteur du groupe Klone).

Oui Klone a réussit un tournant comparable dans leur musique !

Voilà, quand j’ai rencontré Guillaume mon précédent album venait de sortir ils venaient de sortir leur album acoustique justement, donc il était en plein dedans, il était en train d’accomplir ce que je fais un peu à ma manière aujourd’hui.Vel Ma Vin n’est pas un album “parenthèse” comme font certains groupes de rock, qui sortent à une seule occasion un album acoustique parce que c’est dans l’ère du temps ou autre raison. Je rentre pas dans ce genre de schéma, ce tournant sera durable. Le prochain album s’inscrira aussi dans cette volonté de faire autre chose et peut-être qu’après encore ça changera pour un autre univers, qui sait ?

De gauche à droite : Stéphane Kerihuel (guitare), Brieg Guerveno (chanteur, guitare), Bahia El Bacha (violoncelle) et Camille Goellaen (piano, orgue).
Crédits photo : Yan Soulabail

Tu chantes en breton, mais tes compos ne sont en rien issues de la musique traditionnelle bretonne… C’est juste une autre langue. Question naïve : pourquoi ne pas chanter en anglais ou en français ?

Tout simplement parce que c’est ma deuxième langue, que je parle depuis que je suis tout petit, j’ai baigné là-dedans ! J’ai commencé à chanter dans des groupes vers 13 ans, je faisais du rock, du metal… Mon premier vrai groupe je l’ai intégré à 16 ans et j’étais chanteur. Comme tout le monde, je chantais en anglais et je me suis ensuite posé la question de la langue. J’ai choisi le breton parce que c’est une langue de cœur, mais aussi à l’époque j’avais un groupe de black metal et quand je voyais toute la puissance et la classe de ces groupes qui chantaient en norvégien… Ça me donnait envie d’essayer de chanter en breton ! C’était aussi simple que ça. Puis au fil du temps, c’est un essai qui s’est transformé, je n’ai plus jamais remis ça en question. Il y a eu un moment où c’était aussi un petit côté militant et finalement ça s’est estompé puisque le breton étant une langue minorée, la pratiquer c’est déjà militer, sans avoir besoin de le dire.

Ce qui m’amène à la deuxième chose. C’est que moi, en tant que porteur de la langue bretonne, la façon dont je vois le monde et la Bretagne et les gens qui y vivent est à l’opposé du traitement médiatique général de cette région. Dans l’esprit des gens, le breton c’est pouet-pouet / fest-noz / Tri Yann. Je ne vois pas les choses de cet angle-là… Pour moi, le breton c’est une langue aussi belle que l’islandais, elle peut très bien amener des sentiments très forts chez l’auditeur, aussi bien que ces langues nordiques ou d’autres langues du monde.

C’est l’intriguant romantisme d’une langue qui nous est étrangère et avec laquelle on se familiarise…

Exactement. Ça stimule l’imagination, ça se prête très bien à la mélancolie de certaines de mes musiques, c’est plus qu’une marque de fabrique, c’est un outil. La langue bretonne porte aussi à sa manière le deuil. Quand on entend des gwerz, il y a derrière un passé complexe et chargé. Sans la comprendre, c’est une langue qui sait se faire comprendre.

Qu’est-ce que tu peux reprocher à l’image de la Bretagne qui peut véhiculer dans certains médias ?

C’est cette image que parfois les bretons ont d’eux-mêmes… Il se passe pas une année sans qu’on voit des artistes ou des groupes qui se baladent avec le Gwen ha Du et des références que sur la mer est l’alcool… Tout ça je trouve que c’est pesant et ça n’aide pas les bretons à s’émanciper vis-à-vis de leur identité. Quand je dis identité, je parle de celle ouverte sur le monde, je ne parle pas de repli identitaire. Toute culture est riche d’elle-même. Quand tu nais, tu ne choisis pas ta culture, la nourriture qu’on te donne, ton agenda culturel… Ramener les bretons ou n’importe quelle culture d’ailleurs à des choses qui sont figées et caricaturales, pour moi c’est du mépris, c’est le même fonctionnement que le racisme. Ramener une culture à quelques clichés faciles et à son petit côté pittoresque et mignon… C’est bien pour le tourisme mais pas l’émancipation et le respect des cultures. Le concept de région n’existe que depuis 1982 dans un sens… Il y a un gros passé derrière tout ça, c’est un peuple sans état, une culture du monde parmi tant d’autre…

Tu parles de cela dans tes textes ?

Pas du tout ! Comme je le disais, je n’ai pas le besoin de militer dans mes textes. Ce sont surtout des écrits poétiques. Je parle de tout : la beauté de la nature, d’amour… J’ai quelques textes qui prennent partie sur des sujets de société aussi, sur l’écologie ou “An Treizh” qui parle du traitement des migrants. C’était d’ailleurs la première fois que c’était un texte engagé. C’est la chanson sur laquelle Guillaume joue avec moi. D’ailleurs, j’ai demandé à ce que Yann (Lignier, le chanteur de Klone) vienne chanter aussi et j’aimerais qu’il le fasse en breton…

Alors comment ça s’est passé le featuring ?

Yann avait un peu les boules… Il avait beaucoup d’appréhension. Mais je lui ai dit “Écoute, Alan Stivell a réussi à faire chanter Shane MacGowan, le chanteur des Pogues, en breton… Alors si Shane a réussi, tu ne peux que y arriver” ! C’était la petite phrase qui l’a réconforté. Et puis objectivement, Yann c’est juste l’un des meilleurs chanteurs de la scène metal française en chant clair, je l’ai vu à l’œuvre, c’est juste un mec qui a énormément travaillé, mais qui avait surtout un immense talent de base. Il ne se repose pas sur ce qu’il a déjà accompli, il bosse en continu malgré ses facilités. Je savais qu’il allait y arriver.

Tu disais surtout aimer les musiques atmosphériques, est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont ouvert sur cet esprit ?

Adolescent, le premier groupe qui m’a fait partir du metal c’était Anathema que j’ai découvert quand j’avais 14-15 ans avec l’album Alternative 4. Ce groupe-là a été une vraie révélation. Mais avant d’aller vers le metal, j’avais une éducation musicale très bretonne, mais aussi beaucoup de rock et de pop. Je pense même avec le recul que j’ai beaucoup plus appris du rock et de la pop que du metal, ce sont des musiques qui m’ont toujours plus parlé. Après j’ai eu une grosse période death metal mais qui n’est jamais restée. Je suis vite revenu vers des Radiohead, Cure et autres. Ulver a aussi été un artiste-phare que je suis depuis le tout début. C’est un leader de l’avant-gardisme, un travail graphique et esthétique qui est juste incroyable et dont je ne me lasserai jamais je pense. Après, j’écoute et je découvre beaucoup de groupes tous les jours, donc à leur manière tous me parlent…

Ce soir tu ouvres le bal de ta promo à Nantes. D’autres dates prévues ?

Oui, je joue le 13 février à Rennes. Le 12 mars dans une grande chapelle à Saint Brieuc avec Quentin Sauvé en première partie. Sur scène j’aurais une violoncelliste en plus ce soir-là. J’ai plusieurs autres dates aussi qui ne sont pas encore fixées ou que je n’ai pas encore le droit d’annoncer, mais il y aura les Vieilles Charrues, la Nouvelle Vague à Saint-Malo, la Samain Fest aussi à La Mézière en octobre… Et plein de dates entre temps.

Tu joueras que Vel Ma Vin ? Tu as songé à reprendre des anciens titres en version folk pour les inclure dans tes futures set-lists ?

Effectivement je laisse vraiment mes compos d’avant en stnad-by. J’ai fait le tour de ça, j’ai envie de continuer à faire autre chose… Ça fait 20 ans que je fais du rock et du metal, donc voilà j’ai fait le tour ! Je vais reprendre quelques titres effectivement, parce que je ne ferme pas la porte entièrement non plus. On y travaille avec les autres musiciens. On montrera ça au public quand ce sera prêt !

Site officiel de Brieg Guerveno

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