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Rencontre avec DDENT – « On voulait aller vers quelque chose de plus frontal »

Votre nouvel album ne contient pas de titres inédits, mais revisite 5 titres de votre catalogue en « live studio », captés en seulement deux prises, sans métronome ni samples : pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’enregistrer ces morceaux « live » ? Qu’est-ce que cette méthode a changé dans le rendu final par rapport à vos productions précédentes ?

Vinz : Il y a eu un hiatus de deux ans dans le groupe, notamment avec la paternité pour Louis et moi. Puis on a reçu une proposition de concert à Nantes via Ben de Crumble Fight, qu’on remercie encore au passage, et ça nous a donné l’occasion de relancer la machine. Quand on en a parlé avec Louis, on s’est dit que quitte à reprendre après deux ans, on n’avait pas envie de repartir exactement avec la même formule. On n’avait plus de batteur, il fallait en trouver un nouveau, et on voulait aussi aller vers quelque chose de plus direct, plus frontal, plus rock’n’roll. On a commencé à enlever pas mal de choses, à réarranger les morceaux, puis le chant est arrivé assez vite avec Nico. Comme le timing était serré, l’idée était plutôt de repartir de titres qu’on connaissait bien, de les faire évoluer avec cette nouvelle formation, et de voir où ça pouvait nous emmener. On les a joués comme ça en live pendant plus d’un an, puis on s’est dit qu’il était temps de graver cette version du groupe dans le marbre. L’album sert aussi un peu de passerelle entre ce qu’on faisait avant et ce qu’on va faire ensuite. Le choix de l’enregistrer en live studio vient de là aussi : on voulait quelque chose de direct, vivant, presque à l’ancienne. Et forcément, le rendu est beaucoup plus organique, plus naturel, plus humain. Là où DDENT pouvait avoir un côté assez “indus”, on a volontairement mis ça de côté pour revenir à quelque chose de plus brut.

Louis : Sans renier ce qu’on faisait avant, il y a eu un besoin d’évoluer vers quelque chose d’autre et de nouveauté en se reformant. J’aime les groupes qui sont en constante recherche et évolution, c’est ce qui les rend intéressants sur le long terme – de garder cette capacité à surprendre et à intéresser les gens. Mais aussi de notre côté, pour ne pas s’ennuyer et continuer à apprendre, et surtout garder toujours le sens du “jeu” dans “jouer ensemble”. Il faut pour cela des changements pour ne pas rester figés dans ce qu’on connaît et le répéter inlassablement.

Pour l’album dont on parle ici, ce que ça change concrètement, c’est que l’on a joué tous les 4 dessus, là où j’enregistrais tous les instruments seul avant. Et c’était au clic, avec beaucoup de retouches et des samples, alors que l’album qu’on vient de sortir est beaucoup plus “plug and play”. Enregistré en deux filages sans retouches, c’est très brut, on n’avait jamais fait, c’était même le contraire. Mais encore une fois, il ne s’agit pas de renier quoi que ce soit. Je suis fier de chaque album que j’ai sorti, du côté “sonic” et massif du son qu’on a travaillé avec Chris Fielding (Skyhammer Studio), de la composition assez chargée, de toutes les mélodies, ils me tiennent énormément à coeur et je sais qu’ils sont là, qu’ils ne disparaîtront pas. Ils nous ont menés où nous en sommes aujourd’hui, et le besoin s’est fait ressentir de passer à autre chose.

Il y a aussi un certain plaisir à se dépouiller de beaucoup d’éléments – click, samples, etc. – éléments autant sonores que matériels d’ailleurs, c’est assez libérateur d’aller vers l’essence même de notre son, sans en rajouter ni édulcorer. Je crois que c’est assez commun à beaucoup de carrières artistiques, d’arriver avec le temps à représenter l’essentiel sans avoir le besoin de trop charger comme au début. Ça me fait penser au Taureau de Picasso, qui a fini cette série par un seul trait pour le représenter, aller à sa substance. Ce chemin vers un certain minimalisme doit souvent d’abord passer par beaucoup de recherches et de travaux plus lourds.

Alain : On a eu l’envie d’imiter de l’enregistrement analogique à une époque où les bandes étaient coûteuses, avec du numérique sans recommencer 10000 fois comme ça peut être le cas de nos jours. C’est un instant capturé qui représente exactement l’intention de jeu. C’est pas parfait et on aime ça, parce que c’est sincère !

Comment s’est faite la sélection de ces cinq titres précis parmi tout votre catalogue ? Quel titre vous a donné le plus de difficultés à ré-arranger ?

Vinnie : La sélection s’est faite assez naturellement. Ce sont des morceaux qu’on jouait déjà régulièrement et qu’on connaissait tous très bien. On avait assez peu de temps devant nous, donc il fallait aussi partir sur des titres qui se prêtaient bien à ce travail sans repartir complètement de zéro. Il n’y a pas eu énormément de débat là-dessus. Au départ, on n’avait d’ailleurs pas énormément modifié les titres. Les changements sont surtout venus progressivement, en répétition, puis après les concerts. On pouvait se dire : « tiens, cette partie-là, on pourrait la faire autrement », et les morceaux ont évolué comme ça. C’est aussi comme ça que notre manière de travailler collectivement a commencé à se mettre en place.

Vous avez un nouveau batteur, Alain Minot, qui arrive avec un style plus hardcore/punk : comment son jeu a-t-il fait évoluer les versions originales de ces morceaux ?

Vinnie : Au départ, Alain est arrivé avec l’idée d’être assez fidèle au jeu des morceaux tels qu’ils existaient auparavant. Puis au fur et à mesure des répétitions et des concerts, il s’en est détaché et il s’est beaucoup plus libéré. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le jeu des anciens morceaux qu’il reproduit : c’est son jeu à lui. Il propose beaucoup plus de choses, il est beaucoup plus libre, et forcément ça apporte une énergie différente aux morceaux. Ça va complètement dans le sens de ce qu’on cherchait avec cette nouvelle formule : quelque chose de plus brut, plus punchy, avec une énergie nouvelle.

Nicolas : Son jeu plus brut et punk a amené une assise plus lourde à la section rythmique. Nous avons un jeu très instinctif entre lui et moi. Beaucoup de mêmes références musicales aussi. Du coup les morceaux sont devenus moins lisses et plus organiques.

Alain : Je ne connaissais que Vinz au début, il m’a contacté pour un concert en plateau commun avec Doodseskader, organisé par Ben Crumble et désireux d’avoir DDENT à ce plateau. En parallèle c’était aussi le retour de DDENT après une longue pose, j’ai dit oui et eu 1 mois ½ pour apprendre un set de 50 min et un week-end de filage 15 jours avant le concert pour faire la rencontre de Louis et Nico que je ne connaissais pas encore. Le concert s’est fait, en écumant pas mal d’erreurs mais sans jamais couler le bateau hahaha !!

Puis on a enchaîné beaucoup de concerts et de répétitions, au fur et à mesure, la complicité, l’émotion, la vie à 4 dans un van pendant plusieurs jours et ceci plusieurs fois, m’ont clairement amené à jouer à ma façon sans m’éloigner de trop non plus de l’essence de chaque morceaux, c’est egalement grâce à Louis, Vinnie et Nico avec leur confiance, leurs envie de changement, que ce jeu plus brut avec un esprit punk me fait prendre mon pied à chaque concert.

C’est la première fois que du chant apparaît sur vos morceaux, avec Nicolas au micro : comment avez-vous décidé où et comment intégrer sa voix sans qu’elle prenne le pas sur l’aspect instrumental qui a toujours été central chez DDENT ?

Vinz : Ça s’est fait assez naturellement aussi. Il fallait évidemment trouver les endroits où la voix pouvait s’intégrer, mais il n’y a pas eu énormément de discussions autour de ça. Nico a commencé à proposer des choses en répétition. Je pense qu’au tout début il y avait même un peu moins de chant qu’aujourd’hui, puis certaines parties se sont imposées au fur et à mesure. Et sur la manière de chanter, il a vraiment eu carte blanche. L’idée n’était pas de mettre du chant partout, mais de le laisser trouver sa place naturellement dans les morceaux.

Nico : Ça été plutôt simple. Je travaille beaucoup à l’instinct et j’ai approché la voix comme un instrument qui est là pour complémenter la musique et ne pas prendre la lead.

Louis : On n’a pas eu à se concerter, ça fait tellement de temps qu’on bosse ensemble avec Nico (voix/basse), dans DDENT comme dans d’autres projets (Krv, NNRA, Zëlot, en variant les rôles), que sa voix s’est posée naturellement, sans faire d’ombre aux moments instrumentaux forts, parfois en les complétants, et de manière générale sans surcharger les morceaux. C’était comme si la place était déjà prête pour sa voix sur ces parties.

Vous annoncez déjà un prochain album, cette fois-ci entièrement composé de nouveaux morceaux, dont l’écriture démarre à l’automne : « Feeding the Void’s Luster » fonctionne-t-il comme une sorte de laboratoire ou de mise à l’épreuve du nouveau line-up avant d’attaquer l’album ?

Vinz : Oui, complètement. C’est vraiment un album de transition, une passerelle entre ce qu’on a fait jusque-là et ce qu’on va pouvoir proposer ensuite. Je le vois un peu comme un album « chrysalide ». On a fait du neuf avec du vieux, entre guillemets, sans que ce soit péjoratif. On est repartis de morceaux qu’on connaissait bien pour essayer énormément de choses autour : l’arrivée d’Alain, le chant, les changements dans le jeu de chacun, des parties qu’on a retirées, d’autres qu’on a recréées… Ça nous a permis d’expérimenter à partir de bases solides sans devoir repartir tout de suite d’une page blanche. Donc oui, c’est clairement une sorte de laboratoire pour cette nouvelle formation.

Vous avez changé votre mode de fonctionnement : DDENT devient un collectif alors que Louis écrivait auparavant l’essentiel des morceaux. Comment se passe concrètement l’écriture à quatre aujourd’hui ? Est-ce que cette expérience de réarrangement en collectif va influencer votre méthode de composition pour le prochain album, ou repartez-vous d’une page blanche ?

Louis : Se reformer était à la condition qu’il y ait une vraie évolution dans la formation, dans le son, mais aussi dans la composition. Même si je reste à la base de la composition des morceaux pour ne pas perdre l’essence de DDENT (sans quoi on aurait juste dû créer un autre projet), nous voulons maintenant composer tous les 4, en groupe, avec des résidences écriture à 4, ce qu’on n’avait jamais fait.

Avant, je faisais tout de A à Z, dans la composition même de chaque roulement de batterie. Maintenant, l’idée est que je vienne avec de nouvelles bases succinctes, des idées générales comme des croquis, et qu’elles prennent réellement forme et qu’on leur donne vie à quatre et de cette manière, on ne dénature pas le style de DDENT, on le fait grandir. On l’a déjà fait sur les nouvelles parties de certains morceaux de FTVL (les fins de Longue, Obscure et Tirste Lune, Noir Taureau de Douleur…), et nous avons trouvé une manière de fonctionner à 4 qui nous convient parfaitement, chacun y a mis sa contribution et nous aimons énormément le résultat.

Après la sortie de l’album le 24 juillet, quels sont vos projets de concerts pour présenter cette nouvelle formation sur scène ?

Vinz : En réalité, on a déjà pas mal tourné avec cette formation. On a repris les concerts fin 2024, donc ça fait presque deux ans qu’on joue ensemble comme ça. Et les morceaux ont énormément évolué au fil des répétitions et des concerts. Pendant longtemps, il n’y a quasiment pas eu deux concerts identiques, parce qu’on continuait à modifier certaines parties et à tester des choses. Depuis quelques mois, le set est forcément un peu plus stabilisé, même si on continue encore à faire évoluer certains morceaux.

On a déjà fait pas mal de dates, des petites tournées en France mais aussi à l’étranger, et plusieurs concerts sont encore prévus dans les prochains mois, notamment en décembre. D’autres choses commencent aussi à se mettre en place pour le début de l’année prochaine. On a également accepté une proposition un peu particulière : jouer un concert entièrement acoustique pour l’anniversaire du bijoutier Légion à Paris. C’était encore une autre façon de réinterpréter nos morceaux, avec deux guitares acoustiques, une basse et une batterie très minimaliste. Et d’autres annonces devraient arriver prochainement pour la suite.

Louis : C’est presque le contraire, l’album et le fruit d’à peu près 18 mois de concerts en ne jouant quasiment que ces morceaux là, dans cet ordre, et c’est aussi comme ça que sont venues les nouveautés et les modifications composées à quatre. En tournée, à force de les jouer avec la nouvelle formation.

Donc la suite pour les concerts, ce sera plutôt d’aller assez vite vers de vrais nouveaux morceaux qu’on va aussi confronter au public et à nous même sur scène, plutôt que de continuer à jouer l’album trop longtemps, en tout cas pas dans son intégralité. Avant, j’enregistrais les morceaux puis on les jouait sur scène. Avec la formation actuelle, l’idée est aussi de faire vivre les nouveaux morceaux en résidence puis sur scène, avant d’en être pleinement satisfaits tous les 4 puis de les enregistrer.

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