Vous êtes au coeur d’une large tournée européenne…
Nous avons préparé cette tournée essentiellement pour faire des festivals cet été, mais il s’est trouvé que finalement, il fallait que nous fassions un mix entre les festivals et les concerts en salle, ce qui est bien car nous jouons habituellement tout le temps en salle. Nous avons beaucoup joué en France cet été, dans des festivals plus ou moins « heavy » et nous sommes toujours ouverts à l’idée de faire des choses différentes pour toucher un public plus large.
De 1988 à 2010, vous avez parcouru un long chemin dans le mouvement Hardcore, est-ce que Madball crée la tendance du Hardcore ou est-ce plutôt l’inverse?
Bonne question. Je dirais les deux! Je suis tombé dedans quand j’étais petit, dans l’ombre des grands frères, c’est une sorte d’aventure familiale, avec mon frère Roger d’Agnostic Front qui m’a mis là-dedans… J’ai eu un choix à faire: est-ce que j’aime ce style de vie et ce style de musique ou est ce que finalement non, ce n’est pas mon truc? J’ai choisi, appris beaucoup de choses, être impliqué dans la musique Hardcore, sa scène, son mouvement, sa culture entière… mais au fur et à mesure que l’on vieillit, on donne aussi quelque chose en retour. C’est une combinaison de choses: on m’a donné beaucoup de choses dans ce milieu, et je donne des choses en retour maintenant. Je ne veux manquer de respect à aucun autre genre musical, mais il y a des musiques qui sont plus qu’un son: elles sont aussi une culture, un mode de vie. Cette musique a beaucoup de substance, tu sais.
Avec la sortie de ce nouvel album, Empire, vous avez récemment dit que c’était l’album du moment où vous cessez d’être des enfants et où vous commencez à avoir le contrôle sur les choses… peux-tu nous éclairer un peu là-dessus?
En fait ça fait longtemps que nous ne sommes plus des gosses! Nous ne sommes pas des petits jeunots, mais nous ne sommes pas non plus des vieillards. Aujourd’hui nous avons définitivement pris le contrôle sur notre situation. Pas seulement musicalement, mais aussi au niveau du business et de tout le reste. C’est à ce niveau là que nous avons le contrôle: nous sommes dans une position d’influence sur les autres, dans la position où nous devons donner l’exemple à nos potes, les groupes avec qui nous sommes proches, etc. Nous avons une bonne place en tant que groupe aujourd’hui et nous voulons continuer à construire cet « Empire », pour lequel nous avons durement travaillé. Nous avons beaucoup appris et grandi dans la douleur.
Est-ce que c’est une façon de se rapprocher du statut de groupe culte qu’a Agnostic Front sur la scène Hardcore?
Je n’essaie pas vraiment de devenir culte, tu sais. Nous avons maintenant, et j’en suis flatté et très fier, plus de notoriété et d’influence. C’est une position flatteuse, c’est un fait, mais finalement, nous voulons juste montrer qui nous sommes, représenter ce que nous faisons et notre groupe. Il y a maintenant beaucoup de groupes qui se créent grâce à Madball, et c’est ça l’empire!
Est-ce que que vous pensez avoir trouvé la stabilité, après avoir connu de nombreux changements de line-up dans le passé et un split en 2002?
Je pense, oui, plus que jamais. Évidemment, nous avons grandi en tant que personnes, nous avons vieilli, connu plus d’expériences de la vie en général et ça aide, forcément. Quand nous sommes revenu, en 2002, nous sommes revenus plus concentrés, plus matures, pas seulement en tant que personnes, mais en tant que groupe. Oui, nous sommes définitivement plus stables aujourd’hui que jamais, personnellement, musicalement, dans le business, dans tous les domaines.
Vous avez choisi un nouveau producteur pour cet album, Erik Rutan, plus connu pour ses réussites dans le Death-Métal, pensez-vous que cela va avoir une influence sur le son de Madball?
C’est là le truc le plus frappant: avec lui, ça sonne encore plus Hardcore! Les gens doivent penser que cela va sonner plus lourd, plus Métal… ça sonne effectivement plus lourd, parce que les productions d’aujourd’hui se doivent d’être plus lourdes pour tenir la comparaison avec les autres trucs heavy qui sortent. Mais en fait, cet album rugit un peu plus, est un peu plus gourmand, goulu. Les gens vont être agréablement surpris et notamment gràce à Erik, car ils vont attendre quelque chose et avoir quelque chose d’autre. Erik est en fait un gros fan de musique Hardcore, et je lui ai parlé au téléphone avant de le choisir comme producteur, juste pour être sûr qu’il savait qui était Madball…
Tu étais un peu sceptique au début?
J’étais un peu sceptique, car si tu ne connais pas bien le Hardcore ou Madball, tu ne feras pas du bon boulot sur l’album! Et en fait j’ai vite été rassuré car c’est un gros fan de Hardcore et tout, donc il a fait un excellent boulot.
Peux-tu nous parler un peu des thèmes qui vont être développés dans Empire?
Oh, il y en a beaucoup! C’est encore beaucoup des histoires que nous racontons. Nous racontons les histoires de nos vies, nous parlons de trucs vrais, c’est ce que nous avons toujours fait. Certaines histoires sont positives, d’autres négatives, certaines sont sur la prise de pouvoir, d’autres sont juste tristes… On ne peut que être nous-mêmes, nous sommes de « vrais gens », tu vois ce que je veux dire? On ne joue pas! On n’a jamais vraiment écrit de trucs sur des thèmes de fiction, c’est vraiment dans la droite ligne de tout ce que nous avons toujours fait, mais évidemment, chaque nouvel album est comme un nouveau chapitre, un nouveau livre, donc il faut parler de choses nouvelles. Il y a de nouveaux sujets de discussion, et il faudra que vous lisiez les paroles de cet album quand vous les aurez, car vous allez vraiment les apprécier. C’est agressif, mais c’est du réel, et c’est, je pense, ce que les gens veulent entendre de nous.
Vous avez connu près de trois décennies de Hardcore, qu’est ce que tu penses de l’évolution du mouvement Hardcore à travers les années?
Je suis heureux de ce que c’est devenu. Vraiment. Déjà c’est un genre de musique qui est resté jeune comparé aux autres. Il devient plus global aussi, on voyage plus, on vient plusieurs fois par an en Europe, on va en Amérique du Sud, en Asie… Quand j’ai commencé dans le Hardcore, honnêtement, c’était surtout New-York et quelques villes autour! C’était plutôt petit, alors voir où ça en est maintenant, c’est positif et représenter cela, c’est magnifique. Nous ne sommes pas des icônes ou quoi que ce soit de ce genre, mais savoir que nous influençons des groupes aujourd’hui me rend très heureux.
Un grand merci à Freddy Cricien pour son temps et sa bonne humeur!
Merci aux organisateurs du festival Le Cabaret Vert.
Interview réalisée et traduite par Julien Peschaux pour Vacarm.net.




