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Mayhem, Gaahls Wyrd et GosT à Rennes (L’étage – 6 novembre 2019)

Concert organisé par Garmonbozia Inc. (page FB / Site officiel).

Il fait sombre et froid. Depuis deux semaines, la France ne vit plus que sous la flotte. L’ambiance est posée. Des grappes d’adolescents bravent les éléments en espérant groover sur l’un des derniers phénomène rap popisant du moment, Rilès, qui « joue » au Liberté. A « L’étage », le complexe accueille un beau plateau dont le headliner représente l’un des monuments les plus sulfureux de l’entertainment à la Norvégienne, Mayhem. Le contraste entre les deux publics est amusant. Pas de moqueries pour autant, et les quelques innocents jeunes qui viennent s’égarer dans la mauvaise file d’attente sont redirigés avec courtoisie vers leur entrée. Mayhem affiche désormais près de trente années au compteur, et le public du groupe, majoritairement composé de trentenaire / quadra, est loin d’afficher tous les idées reçues véhiculées par certains médias. Tant mieux. Si l’attitude « trve » a clairement caractérisé l’histoire du groupe à ses débuts, Mayhem a su astucieusement à l’occasion de sa « résurrection » – l’ère post-De Mysteriis Dom Sathanas – se jouer des poncifs du black. S’il ne s’affranchit pas de certains clichés fendards dans son approche théâtrale du show, le désormais quintet s’engage dans sa tournée française avec le plus grand sérieux, revigoré par un nouvel album, Daemon, d’excellente facture.

La tendance actuelle est à l’annonce du programme de la soirée en amont, via les réseaux sociaux. Pas inintéressante pour ceux qui n’ont que peu de temps à tuer, la pratique semble malheureusement contraindre les premières parties à se produire devant des parterres de plus en plus clairsemés. Dommage pour GosT, récemment intégré au catalogue du géant Century Media, qui propose une formule originale bien qu’en rupture avec le ton black old-school de la soirée. Le « groupe », composé d’un guitariste et d’un chanteur / claviériste, déroule une synthwave bourrine et dark. Le public ne semble pas vraiment disposé à s’abandonner dans ce déluge de sonorités dancefloor et de rythmiques épileptiques, étonnamment parcourues de mélodies électro délicieusement ringardos. L’ensemble est parfaitement étrange et se matérialise comme une partouze entre The Birthday Massacre / Hocico / The Berzerker. Séduisant. Les mecs se donnent à fond, presque en vain. Dommage. Leur musique aurait sans doute été plus appropriée à un after. Les plus curieux retiendront leur nom pour se passer le skeud en guise de paradis artificiel.

Remarque, la dose d’encens qui semble cramer on-ne-sait-trop-où suffira peut-être à vriller quelques esprits. Gaahls Wyrd débarque donc dans la fumée et balance un black classique de chez classique. Pas de grosse surprise : il s’agit là d’une nouvelle réincarnation du groupe de Gaahl. Ce n’est pas Gorgoroth ni God Seed, mais c’est tout comme. Les mecs consacrent d’ailleurs près de la moitié du set à des reprises des deux formations précitées, ce qui n’est clairement pas pour déplaire au public de l’étage. C’est bien foutu, bien joué, efficace. Le son est équilibré et nettement supérieur à celui dont à bénéficié GosT plus tôt. Il manque pourtant un leader qui se donne à fond pour mener la barque. Gaahl a beau être une légende et avoir contribué à quelques disques indispensables du genre, cela ne l’affranchit pas d’aborder la scène avec un peu de motivation. Le frontman se ballade mollement de gauche à droite, beugle en se bouchant une oreille en permanence et fait le taf en option minimum syndical. Reste une poignée de très bons morceaux qui font mouche. Mayhem va clairement exploser le niveau en clôture de soirée.

Ce n’est un secret pour personne : Mayhem est capable sur scène du pire comme du meilleur. Les norvégiens ont visiblement été excellents la veille à Paris, un bon écho qui laisse craindre d’une presta en demi-teinte ce soir. Manqué. Le quintet va balancer un énorme chapelet de titres poisseux et hypnotisants, le tout en faisant preuve d’une maîtrise de tous les instants. En six albums, le groupe a su se renouveler, explorer, s’abandonner dans des sonorités étranges quitte à dérouter son auditoire. Si le récent album Daemon les a vu revenir vers un black presque classique, les norvégiens ont par le passé composé des disques qui se situent presque aux antipodes de leur son originel. Organiser un set cohérent relève donc du casse-tête, et le groupe répond à cette problématique par une solution toute simple : le show est décomposé en cinq phases, chacune consacrée à un album particulier.

Grimés des oripeaux habituels – Attila Csirar, camouflé dans sa robe de bure et derrière 5 cm de maquillage, invoque Satan avec une croix en os evil pur premium –, le quintet attaque avec quatre extraits de Daemon avant d’enquiller sur le très expérimental Grand Declaration of War. Un disque monstrueusement inspiré, décrié à sa sortie, dont les morceaux permettent au gigantesque Hellhammer de blaster furieusement. Le bonhomme est littéralement camouflé derrière un drum-kit à la taille démentielle. Necrobutcher en profite pour use d’un effet de distorsion massive : sa basse est saturée à l’extrême. De part et d’autre de la scène, les deux molosses / clones Teloch et Ghul se partagent riffs écrasants et solos techniques. Ce soir, Mayhem joue carré de chez carré, sans se camoufler derrière des mises en scène trop travaillées. Le groupe polémique qui inondait la scène de sang ou embrassait des têtes de porc semble désormais un lointain souvenir. Ce qu’il perd en violence visuelle et en pétages de plomb, le groupe le gagne cependant en maîtrise et en puissance. Étrangement, les cinq musiciens zapperont sur cette tournée Esoteric Warfare et Ordo Ad Chao, deux disques qui accueillent pourtant Attila derrière le micro, passent rapidement sur l’EP Wolf’s Lair Abyss et l’album Chimera mais consacrent fort logiquement un gros passage à leur cultissime De Mysteriis Dom Sathanas. Pour l’occasion, le quintet revêt les tenues de scènes utilisées lors de leur dernière tournée et aligne « Freezing Moon », « Pagan Fears », « Life Eternal » et « De Mysteriis Dom Sathanas ». Soit près de la moitié du disque. Monstrueux.

Nuit noire. Le groupe sort de scène, avant de revenir dans des tenues d’une étonnante sobriété. La fin du set sera consacrée à leurs débuts death, avec notamment trois compos issues de leur premier EP Deathcrush. Le chant d’Attila est impérial jusqu’à la dernière seconde. K.O. définitif.

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