La deuxième édition de l’El Dorado Music Festival, dont la soirée phare se tenait ce samedi 11 septembre 2010, au Café de la Danse, nous a transporté jusqu’au bout de l’Ouest Américain avec Willy Mason, Damien Jurado et surtout l’exceptionnel duo entre Isobel Campbell et Mark Lanegan. La première est l’ancienne chanteuse du groupe pop Belle And Sebastian, l’autre est une figure illustre du grunge (The Screaming Trees, Mad Season, The Jury) et du Stoner (Queens of the stone age). Après plus de 3h de concerts, bienvenue dans un monde meilleur.
Né d’une famille de musiciens folk et descendant direct du philosophe William James, Willy Mason semble toujours avoir eu le spleen. Ses compositions transpirent la douce mélancolie de la côte Est, sur fond de mélodies traditionnelles et, seul face au public, Willy Mason crache avec douceurs des textes bien ficelés. Sa prestation sans artifices nous aura touché et apaisé. Une découverte agréable. Quelques minutes plus tard, un nom plus évocateur monte sur scène. Il s’agit de Damien Jurado qui, dans un tout autre style folk, plus moderne et en subtilité, va nous époustoufler. Ce grand bonhomme, à la carrure d’un nounours en chemise de bûcheron, possède une voix fluette surprenante et capable de transmettre une émotion mélancolique. Après seulement quelques morceaux, on comprend mieux ce phénomène, signé chez le mythique label Sub Pop et auteur de quelques chefs d’œuvre comme « Ghost of David » ou le terrifiant « The Killer », basé sur l’histoire vraie d’un serial killer de Californie, qui se conclut sur les aboiements du chanteur après la répétition du refrain (« If you call off the guns, well, I’ll call of the dogs… »). Après 40 minutes d’un concert très communicatif, Damien Jurado s’efface de la scène avec modestie, nous laissant un souvenir réjouissant de sa prestation.
Après deux concerts minimalistes, Isobel Campbell et Mark Lanegan montent sur les planches accompagnés d’un quatuor de musiciens. Une note tenue au bottleneck et la Belle et la Bête entament le premier morceau de leur nouvel album, Hawk, « We Die and See Beauty Reign ». Le duo va d’ailleurs laisser une très large place à leurs récentes compositions puisque les trois titres suivants sont extraits de leur dernier album : « You won’t let me down again », « Come Undone » et « Snake Song ». L’atmosphère s’embrase lorsque le couple composé de ce grand brun à la voix caverneuse, sous ses faux-airs de Jim Morrison mystique, et cette beauté sirupeuse à la voix douce interprètent l’excellent « Who Built The Road », ballade mélancolique, triste et profonde extraite de l’album Sunday at Devil Dirt. L’ambiance du concert tranche clairement avec les premières parties puisque les compositions sont très instrumentées et réarrangées pour la scène. Des titres qui résonnent dans nos têtes après les avoir écoutés des dizaines et des dizaines de fois comme « Ballad of the broken seas », « Saturday’s gone », « Back Burner » ou « Salvation » prennent une toute autre allure sur scène, et ce n’est pas sans nous déplaire de pouvoir les fredonner dans une atmosphère presque symphonique.
Mark Lanegan laisse sa place à Willy Mason qui remonte sur scène en plein milieu du concert pour interpréter deux titres en duo avec Isobel Campbell (« No Place to Fall », « Cool Water » – présents sur Hawk) avant que celle-ci se lance dans une échappée solitaire sur le prenant « Say Goodbye ». Quelques instants plus tard, Mark Lanegan revient comme à l’habitude les yeux à demi-fermés, la posture droite, la main accrochée au pied de micro, pour lancer « To Hell and Back Again ». Après plus de 20 titres interprétés par le duo, la salle est une étuve et l’on peut voir le public aussi transpirant qu’après un concert de bon vieux rock’n’roll. Il est temps pour le groupe de s’éclipser pour une courte pause après « Come on Over (turn me on) » et « Get Behind me », avant de revenir sur les planches pour un généreux rappel. Isobel Campbell & Mark Lanegan joueront le registre de la générosité en interprétant quatre titres supplémentaires, sans vouloir quitter vraiment la scène semblerait-il. Le couple qui n’avait pas vraiment été très communicatif avec le public durant le concert va tout de même se lâcher sur le rappel avec « Do you wanna come walk with me ? » suite à une blague légèrement salace de la princesse. Puis, après un dernier sursaut avec « Wedding Dress », Isobel Campbell et Mark Lanegan, nous laisseront dans un état de plénitude extrême, où les mélodies de plus de 2h de concert vagabondent dans nos esprits. Vous l’aurez compris, ce concert fut un moment à la fois magique, surprenant et tout simplement beau.
.: Setlist :.
We die and see beauty reign
You won’t let me down again
Come Undone
Snake song
Who built the road
Free to walk
Ballad of the broken seas
The circus is leaving town
No place to fall
Cool water
Say Goodbye
To hell and back again
Saturday’s gone
Back Burner
Time of the season
Honey child what can I do ?
Salvation
Come on over (turn me on)
Get Behind Me
—
Revolver
(Do you wanna) Come walk with me ?
Ramblin Man
Wedding Dress




