Interview Renaud Hanson de Satan Jokers à l'occasion de la sortie de Symphonik Kommandoh. - Vacarm.net
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Interview Renaud Hanson de Satan Jokers à l’occasion de la sortie de Symphonik Kommandoh.

“J’ai envie de continuer à mort , je crois que plus on vit plus on a envie de vivre”.

Rencontre avec Renaud Hantson de Satan Jokers, le 14 février, au Feelgood les halles (Paris), à l’occasion de la sortie de Symphonik Kommandoh, best-of symphonique du groupe et pari audacieux puisque c’est la première fois qu’un groupe de metal francophone ose la rencontre entre classique et rock.

Satan Jokers n’est pas un groupe comme les autres. Formé au début des années 80, le groupe sort 3 albums en 4 ans, le dernier en 1985, puis Renaud Hantson va se consacrer à sa carrière solo. En 2009, le groupe renaît de ses cendres avec un line-up profondément remanié. La rencontre entre Renaud Hantson et le psychiatre-addictologue Laurent Karila va donner naissance à un courageux triptyque «AddictionS», «Psychiatric» et «Sex Opéra». L’aventure aurait pu s’arrêter là mais le hasard faisant bien les choses, une rencontre en a décidé autrement et c’est avec ce Symphonik Kommandoh, ambitieux 6e album studio du groupe, que Satan Jokers revient, plus fort que jamais !

Florent Gauthier est à l’origine de cet album symphonique. Peux-tu m’en dire plus sur votre rencontre ?

J’ai rencontré Florent à Aix-en-Provence où je jouais dans un club avec Satan Jokers. L’ambiance était sympa et comme dans tous les clubs, tu balances des conneries que tu ne dirais pas devant 6 000 personnes. J’annonce que si je n’ai pas une grande idée, je pense que je vais arrêter le groupe parce que c’est compliqué pour tous les groupes de rock français, je remercie les gens qui sont là, leur dit qu’ils sont les derniers warriors, nous aussi on est un peu les derniers pionniers du truc, à un moment tu perds un peu foi parce que le marché du disque, de la scène est en perdition. Après le concert, je viens faire des signatures, parler avec quelques personnes, j’ai bu deux-trois verres backstage, j’étais donc dans l’état d’entendre des conneries et des trucs biens. Un mec vient me voir, me dit qu’il est un fan du groupe depuis les débuts et me déclare « la grande idée c’est moi ». Je me dis qu’il parle comme moi, qu’il est au 20e degré et qu’il me plaît ! ça me fait rire, cette phrase j’aurais pu l’écrire, le mec a l’air de nous connaître par cœur moi et le groupe. Il m’explique être musicien et arrangeur classique mais avoir la double culture du metal/rock/pop et du classique, qu’il est prof au conservatoire etc. Je peux pas t’expliquer mais je sens que le mec est comme moi, qu’il fait ce qu’il dit. Je lui demande son numéro de téléphone pour l’appeler le lendemain quand je serai redescendu du concert pour qu’il m’explique comment il voit le truc. Il me dit trouver intéressant que Satan Jokers soit le premier groupe de rock francophone à faire un album avec un orchestre symphonique. Comme j’ai une grande part de megalo comme tous les musiciens, je me dis « bien sûr, pourquoi pas ? »

Pas de crainte donc ?

Mais si, la seule crainte c’est celle de production. Je lui ai donc dit qu’il fallait qu’il soi co-producteur de l’album avec moi et qu’il gère l’enregistrement de l’orchestre classique, moi je ne peux pas, mon ingénieur du son ne sait pas enregistrer 40 musiciens. Ce n’est pas mon boulot et je ne vais jamais avoir le budget pour faire ça. Il me répond « ok, la partie symphonique c’est moi qui la gère ». Là je me dis « au fou ! » et comme je l’ai senti dès le départ, il a mené l’aventure au bout.

Combien de temps entre cette rencontre et l’album ?

8 mois. Florent est venu me voir à Dourdan dans un club où je jouais avec mon autre projet Furious Zoo. On a décidé de la liste des chansons ce soir là et 15 jours après il m’envoie les premiers scores* et quand je dis scores, il écrit pour 40 musiciens donc ce n’est pas le même boulot que d’écrire une chanson. Moi je plaque des accords piano, j’écris des chansons et là le mec écrit pour 40 musiciens dont une partie piano, 5 cordes, contrebasse, timbale. Un boulot de fou, titanesque qu’il a abattu en un temps record (*score : transcription complète d’une musique sur papier. Le score contient la partition de tous les instruments).

Il avait pensé à ça avant de t’entendre dire que tu arrêtais le groupe si tu n’avais pas un grand projet ?

Il en a toujours rêvé parce qu’il est fan, tout comme Laurent Karila qui est devenu un peu le 5e membre du groupe et qui a fait les textes des trois derniers albums, un triptyque conceptuel sur les addictions, les maladies psychiatriques et le sexe. Florent a géré entièrement son concept de faire un album avec un orchestre symphonique. Tout comme Laurent, il était fan du groupe depuis 30 piges. Après nous avoir envoyé toutes les orchestrations avec des synthés pour nous donner une idée, faute d’orchestre de 40 musiciens disponible, Florent a dû enregistrer en trois temps, 20 musiciens d’un côté, 8 de l’autre, … il n’a jamais eu les 40 ensemble. Il s’est démerdé pour que tout ce qu’il a écrit pour 40 musiciens soit sur la bande. C’est un travail de titan. Le mec est fou.

Il a convaincu facilement les musiciens ?

Il s’est démerdé parce que j’imagine que comme moi il travaille brillamment mais avec des bouts de ficelle, c’est son talent qui fait qu’il arrive à un résultat qui sonne comme une cathédrale et je dis ça sans présomption, et le mec s’est démerdé pour que les gens s’investissent avec lui. Je crois que tous les musiciens classiques ont ce vieux phantasme. Je le dis depuis le début, je pense que c’est un mariage contre nature. Très honnêtement, je pense que ça ne fonctionne pas. Là on a un très bon album mais depuis Deep Purple en 70 on sait très bien que le mixage entre la musique classique et le rock c’est difficile. On est un groupe bavard qui donne énormément d’informations, qui surjoue un peu, on aime bien montrer qu’on est de bons musiciens, des techniciens. Là, on avait aussi 40 musiciens qui savent qu’ils sont bons. A l’arrivée, on a la preuve qu’on sait faire des chansons et que les arrangements sont brillants parce que c’est très écoutable, pas indigeste alors que j’ai souvent écouté les albums symphoniques de Scorpions ou Metallica et je trouve ça indigeste. C’est grâce aussi au talent d’Anthony Arconte, mon ingénieur du son, qui a réussi à faire passer à peu près toutes les informations, la musique de Satan Jokers est très riche en informations techniques, soit tu passes à côté et tu trouves que c’est un groupe mégalo, naze, les anti Satan Jokers existent ! Mais tu as aussi ceux qui trouvent que c’est high level et Anthony est high level.

Il lui a fallu combien de temps à l’ingé son ?

C’est l’album le plus compliqué qu’il ait jamais fait. Anthony a pris 10 ans dans la gueule. Florent a géré toute la partie classique et a fait un pré-mix avec son ingé son à lui. Il l’a envoyé à Anthony, on devait jouer dessus. Quand on a commencé à enregistrer, Anthony s’est rendu compte qu’il y avait des fréquences qui ne passaient pas, les cordes, certains trucs percussifs, ça ne fonctionnait pas. Il a appelé Florent et lui a demandé de lui renvoyer des pistes séparées pour pouvoir remixer les cordes à sa manière à lui.

C’est donc le 3e homme dans ce projet.

Anthony Arconte est fondamental dans l’histoire. Florent est fondamental parce que si je ne le rencontre pas je ne fais pas cet album mais Anthony c’est son album le plus compliqué et il s’en sort de manière incroyable. Je fais des disques qui sonnent comme des cathédrales mais en réalité je les fais de manière artisanale avec, pardon pour l’expression, ma bite et mon couteau. C’est notre talent qui fait que ça sonne. On est capable d’enregistrer ici, dans ce bar, et d’avoir un son terrible. On sait faire. C’est le poids des années, le seul avantage de vieillir !

Vous n’avez donc pas enregistré ensemble parce que c’était impossible.

Je ne peux plus me payer le luxe de prendre un gros studio d’enregistrement pendant un mois. Si je sors autant d’albums tous projets confondus c’est parce que j’ai trouvé une méthode depuis que je me produis moi-même qui me permet d’en sortir autant et même d’en produire d’autres puisque j’ai produit les Toons un groupe de Valence, avec la même manière de travailler.

A l’écoute je trouve que ce n’est pas la partie symphonique qui est mise en avant, c’est peut-être pour ça que tu dis que ce n’est pas indigeste, parce que ça reste quand même très rock.

C’est pourtant ce qu’on a essayé de faire passer mais tous les avis m’intéressent, moi j’ai l’impression que l’orchestre est vraiment là, que même des fois il est très devant mais ce que tu me dis me ravit parce que ma crainte était justement que pour les fans de metal seul le côté pop de Satan Jokers passe devant avec l’orchestre. C’est peut-être le talent aussi d’Anthony. Il a donné des couleurs aux chansons. Je ne suis pas présent sur les mixages, il fait ça de chez lui. Je ne vais même plus à côté de lui tellement j’ai confiance, je lui donne des indications par mail et il m’envoie parfois mieux que ce que je lui demande. Je le connais depuis très longtemps, il était assistant, j’avais 26 piges et lui il démarrait.

Qu’as tu ressenti quand tu as écouté l’enregistrement final ?

Une grande fierté même si sur cet album j’étais un peu dilettante, j’ai vraiment délégué.

Il a fallu que tu enregistres la voix quand même !

Je n’étais pas en voix dans cette période et j’ai gardé 5, 6 prises de voix des albums de la reformation, je savais que je ne ferais pas mieux. Pascal Mulot à la basse, Michaël Zurita à la guitare et Aurélien Ouzoulias à la batterie ont tout réenregistré. C’est notre album le plus compliqué à faire et Aurélien, le batteur, dit que jamais le groupe n’a été aussi soudé dans le jeu alors qu’on n’a pas enregistré ensemble. Je crois qu’on a surtout bien choisi les chansons.

Quand tu écoutes l’album tu te dis « merde on aura cette trace là de plus ». J’ai 50 piges et ce métier je ne le fais plus que pour laisser une trace. Des vrais rockers purs et durs avec le mode de vie que j’ai eu, des survivants il n’y en a pas tant que ça. On a fait un gros boulot et ma fierté c’est de le faire avant mes petits collègues du même circuit, on est le premier groupe francophone à faire ça.

On va bien voir qui va s’engouffrer derrière vous.

Je leur souhaite bien du courage !

Comment s’est fait le choix des 16 titres ?

Florent est venu me voir jouer avec Furious Zoo au Pitch Time à Dourdan avec une liste de titres à me proposer. Au bout de trois bouteilles de pinard on est tombé d’accord ! Globalement on a pris deux chansons par album. Sinon c’était un double, mais on a tout simplifié. Même la pochette je l’ai simplifiée à outrance, pas pour que ça coûte moins cher, juste parce que c’est la musique qui est importante sur cet album, pas le package. Pas de dvd bonus, pas de pochette flamboyante même si le graphisme est très bien, mais elle est très simple, petit livret sans les textes puisque c’est un best-of, juste des remerciements, qui joue quoi, la présence de Stéphane Buriez de Loudblast sur un titre, etc.

Tu avais dit après « Sex Opera » que ce serait le dernier album, tu le pensais vraiment ?

Je ne me vois pas gueuler comme certaines de mes idoles, comme Gillan de Deep Purple, qui ne peut plus monter les aigus, je me vois difficilement faire ça à soixante et quelques piges donc je prépare le terrain du « je ne vais faire que ma carrière solo », je vais rendre des hommages à Michel Berger, je dis que c’est le dernier mais ce n’est pas un truc pour vendre. Au moment où je le dis, je ne vois pas ce que je peux faire de plus. Pour Symphonik Kommandoh, on a gardé le même staff, la même promo, les musiciens. La reformation de Satan aura duré plus longtemps que le premier line-up, elle est plus créative, l’ingénieur du son est là depuis le départ, Florent Gauthier c’est un apport nouveau comme Laurent Karila est un apport depuis 6, 7 ans. C’est donc familial. Aujourd’hui, il n’y a plus tellement de pognon dans le monde du rock, on le sait tous. C’est magique que Satan Jokers existe toujours donc très honnêtement je trouve que ce serait une belle épitaphe. Mais Laurent Karila va à tous les coups me casser les bonbons en me disant j’ai une idée, la fracture sociale ! Il cherche à me vendre son idée sur la fracture sociale depuis deux ans alors dans les trois années qui viennent il y aura peut être un truc mais il faut que Laurent m’envoie un livret aussi costaud qu’«AddictionS», «Psychiatric» ou «Sex Opéra». Celui-là je le trouvais très nettement en dessous et à l’arrivée c’est le meilleur album du groupe. Mais je l’ai corrigé parce que je n’avais pas besoin de lui pour parler de cul et ce qu’il m’avait envoyé je ne l’ai pas trouvé top. Je lui avais dit que cette fois ci ça serait des co-signatures, je vais refaire ce que tu as fait parce ce qu’on est faibles. A l’arrivée, Sex Opera, qui parlait d’une autre de mes addictions, devient un album magique avec des chroniques dithyrambiques, un avis unanime et un accueil incroyable. On en a vendu, enfin pour le marché d’aujourd’hui hein ! Ce qui manque à Satan Jokers, c’est un gros management et une production de spectacle, c’est le grand malheur de ce groupe.

Tu as dû passer par un financement participatif ?

On l’a fait mais j’aurais pu produire l’album moi-même. Depuis deux, trois disques, deux en solo et celui-là pour Satan Jokers, on fait comme tous les autres. Tout le monde aujourd’hui se fait aider. Moi je suis fan de disques, fan du cd, mais on ne peut pas faire autrement, ça m’aide à produire l’album, faut être réaliste. Les gens se sentent investis, on leur envoie avant que ça sorte avec un cadeau.

C’est une forme de liberté finalement ce financement participatif.

Depuis 2002 je suis mon propre producteur donc la liberté me coûte parce que j’ai été plus médiatisé à d’autres époques mais c’est vrai, je suis plus libre et content d’être libre.

Ce serait envisageable un jour un concert avec orchestre symphonique ?

Non impossible, c’est trop cher, ingérable. Au Satan Fest de l’an dernier, on a utilisé les mixages de l’orchestre classique au clic pour le batteur. On a joué avec orchestre classique mais en virtuel.

Tu te sens comment aujourd’hui ?

Envie de continuer à mort , je crois que plus on vit plus on a envie de vivre. Mais par contre je veux bien m’acheter un corps de jeune ! (rires)

On en est tous là ! j’attends l’album sur la fracture sociale !

Mais ça ne fait pas trop Trustien ? (rires)

 

Un très grand merci à Renaud Hantson et bien sûr à Roger de Replica !

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