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Thomas Fersen, c’est tout ce qu’il me reste

Le 27 septembre est sorti le nouvel album de Thomas Fersen, joliment nommé C’est tout ce qu’il me reste… Soyons honnête : avant même l’écoute, je suis déjà séduit. Et pourtant je ne connais rien à l’artiste, je ne l’ai même jamais écouté !. Mais quel beau titre d’album : C’est tout ce qu’il me reste ! Voilà tout ce qu’il reste de l’artiste : son album, sa musique. Le titre donne le ton : c’est l’offrande, son essence. OK, je suis peut-être une vieille madeleine, mais je marche. Et puis, les titres font envie : “King Kong”, “Mange mes poux”… La France a toujours eu une tradition de musique qu’il faudrait qualifier de « burlesque », dans tous les sens du terme : du plus sexy, une musique d’effeuillage, au plus crade, comme les caves de Montmartre, en passant par le plus « banal » comme le café de Coen. Je m’attendais à trouver un peu de Renaud, de Bobby Lapointe, de Gotainer… Pourquoi pas un peu de l’orchestre du Splendid ? Tous ces artistes font aussi partie de ma culture, sont parmi mes premières rencontres avec la Musique et seront tout ce qu’il me reste quelque part… Bref : me voilà parti pour l’écoute. Et là : la douche froide. D’ailleurs la chanson “la Mare” parle de douche ! Comme quoi. A la première écoute je trouve l’album vaguement triste, sans calembours, mêmes les rimes me semblent pauvres : nuit avec aujourd’hui (sur la chanson « Envie de ne rien faire »), ou alors répétition de sens « C’est tout ce qu’il me reste » suivi du logique « Après je n’ai plus rien ». Bon.  Me voilà bien mal parti. Je me dis que je ne connais pas assez l’artiste, qu’après tout cela fait un an que j’écoute du Doom et du Stonner non stop et que mon oreille n’est plus faite pour ça. L’album me tombe des mains. Et je décide d’en rester là : tant pis pour la chronique. Il vaut mieux ne rien dire.

Quelques jours plus tard, je retombe sur un vieux vinyle de Gotainer, mal rangé dans mon meuble à vinyles, sur lequel je me décide pour ma séance de ménage. L’album se termine, et puisque j’étais parti sur de la musique française, je décide de me donner une deuxième chance avec ce Thomas Fersen que je ne connais pas et qui ne parle pas ma langue. Et croyez le ou non : soudainement nous nous sommes compris. Il s’est passé quelque chose. « Moi j’aime bien les vieilles », le premier morceau. Que j’avais trouvé peu drôle voire un peu beauf… D’un coup c’est l’inspiration de Rimbaud qui apparaît. Un vieux souvenir de collège me revient à l’esprit :

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

Et peu à peu je comprends mon erreur. Ce n’est pas une musique du burlesque. Mais une sombre poésie du quotidien. Les vieilles choses, le slip sale, les gamins qui ont des poux, les parents qui partent le weekend et permettent les premiers amours. J’ai compris le traducteur : mon balai, dans mes mains, comme passerelle vers le banal phénoménal de Thomas Fersen. Soudainement ce sont des heures de petits riens, des centaines de souvenirs de ces moments qu’on oublie, des petites respirations de classes de primaire… Et tout me revient. J’accroche. Puis ce “King Kong”, comment ai je pu louper ce côté Brassens ?

Un simple album de références alors ? Non. Définitivement, non. Thomas Fersen y amène une forme de mélancolie pressée : tempo rapide de ceux qui n’ont pas grand chose, ballade de ceux qui ont trop, gavroches et vieilles riches se cognent et s’amourachent dans 10 dictées primordiales pour nos oreilles. 10/10, comme le gosse qui ramène sa bonne note aux parents. C’était le nombre de chansons, l’indice sur la jaquette, pas le titre de l’album. Apparaît alors l’actualité de l’album : le vide, celui des gilets jaunes auxquels il ne reste que le slip, les zombies, comme ceux de Walking Dead, comme ceux que nous sommes et seront, dimanche en allant au supermarché. L’album sonne juste et actuel. Comme le cri d’un gamin à une France en pleine crise de la cinquantaine. Le CD renvoie une image déformée, celle d’un enfant qui a refusé de grandir et qui nous invite pour une petite ronde en primaire le temps d’un moment. Tout ce qu’il reste à Thomas Fersen ce sont les mots de l’enfance, à défaut d’en avoir encore l’âge. La Cambrousse, les poux, les coups de pouces. Poux. Pouces. Puis cet amour du mot rare aussi : Richelieu. On connaît tous. Pourquoi ? Parce que le mot est riche justement. Comme Fersen, ses endroits, ses lieux et ses souvenirs.

Message de l’adulte en moi : pas tous les jours cela dit, j’ai du ménage.

Eh merde.

1.     Les vieilles
2.     C’est tout ce qu’il me reste
3.     Les zombies du cimetière
4.     La mare
5.     Envie de ne rien faire
6.     Mange mes poux
7.     Le vrai problème
8.     Mes parents sont pas là  
9.     King Kong
10.  Richelieus

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