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John Grant – Love Is Magic

Après 3 albums solos encensés par la critique et acclamés par le public, le chanteur-songwriter John Grant revient avec Love Is Magic. Et une fois de plus, le talent et le succès sont au rendez-vous.

Alors que son premier effort Queen Of Danemark se concentrait avant tout sur un rock-folk dépressif, le Michiganais s’est depuis installé en Islande, et a évolué vers une sonorité de plus en plus électronique. Pour ce dernier enregistrement, il a retrouvé Paul Alexander, producteur et bassiste de Midlake. Mais Love is Magic marque surtout sa collaboration avec Benge, artiste anglais de musique expérimentale, spécialiste de synthétiseurs analogiques. John Grant étant lui-même friand d’expérimentations sonores, le résultat final n’en est que plus convaincant. Si les précédents albums donnaient parfois l’impression d’une voix simplement posée sur une base électronique, son intégration est beaucoup plus convaincante ici. La production est puissante et aboutie : les machines ont pris le pouvoir.

Love Is Magic commence très fort avec Metamorphosis, aussi fantasque que la pochette représentant John Grant en volatile encagé. Il y module sa voix, se permet toutes les excentricités sur une rythmique atypique. S’ensuit un break atmosphérique, où l’on reconnaît la patte John Grant : une tonalité plus grave, voire pesante, et l’utilisation de choeurs pour appuyer la voix. Smug Cunt, Is He Strange sont d’autres exemples de refrains “Grantiens”, et comprennent également des solos de synthé dissonants, autre marque de fabrique de l’interprète. Si Love Is Magic peut être classifié comme un album synth pop, d’autres styles ressortent : le synthé final de Tempest rappelle la New Wave 80’s. He’s got His Mother’s Lips semble inspiré de l’époque berlinoise d’Iggy Pop et David Bowie. D’ailleurs, le morceau suivant, Diet Gum, peut être considéré comme une suite funk déjantée au Nightclubbing de l’Iguane.

Si l’amour est magique, l’amour est d’abord douloureux chez John Grant (“It’s just a lie that you bought”). Le titre éponyme transpire plus la désillusion, la morsure du quotidien. Cependant, l’auteur reste philosophe (“It isn’t so tragic”). Autre désenchantement, Is He Strange est une chanson d’amour mélancolique et résignée sur un échec inéluctable. La séduction étant un art difficile, le protagoniste de He’s Got His Mother’s Hips n’arrivera pas non plus à ses fins.

Quant à Smug Cunt (“connard suffisant” = adressé indirectement à Trump) et Diet Gum, ils font partie de ces titres où le musicien règle ses comptes politiques et sentimentaux, de façon violente ou sarcastique. Plus personnel encore, pour l’aérienne Tempest, Grant replonge dans les tourments de son enfance. Élevé au sein d’une église méthodiste, en conflit avec cette dernière, il raconte comment il se réfugiait dans les jeux vidéo de l’époque afin de fuir la réalité. C’est pourquoi la chanson incorpore les sons originaux du jeu Atari Tempest de 1981. Enfin, la sexualité est sous-jacente mais omniprésente : on peut citer Preppy Boy (“garçon BCBG”), pour qui le chanteur fantasme avec une bonne dose de cynisme. Il souffle ainsi le chaud et le froid, apparaissant souvent plus mesuré que dans ses précédents écrits.

À l’évidence, Love Is Magic est un album brillant de mille feux, synthèse du meilleur de John Grant, riche d’ambiances, aux textes ciselés et profonds.
Paru le 12/10/2018 chez Bella Union//[PIAS] France.
En concert le 22/11/2018 à la Gaité Lyrique dans le cadre du festival des Inrocks.

.: Tracklist :.
01 Metamorphosis
02 Love Is Magic
03 Tempest
04 Preppy Boy
05 Smug Cunt
06 He’s Got His Mother’s Hips
07 Diet Gum
08 Is He Strange
09 The Common Snipe
10 Touch and Go

 

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