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Ending Satellites – And so sing the Black Birds

Ending Satellites - And so sing the Black Birds

L’effervescence du style que nous connaissons de nos jours m’a parfois apporté la crainte de voir naitre nombre de suiveurs des premiers groupes phares de la scène post-rock, et par excès de mimétisme, bon ou non, d’embrigader le style de barrières musicales au détriment de la grande créativité et de l’exploration des sens dont le post-rock est porteur. Depuis les premiers mouvements du genre, insuflés par Talk Talk, Tortoise ou encore Bark Psychosis, qui sont plutôt loin des carcans dans lesquels le post-rock s’est structurellement défini aujourd’hui, force est de constater que c’est finalement Mogwai qui remanie la définition la plus courante du genre par la suivante : une formation initialement rock qui s’encanaille à jouer une musique très (voire exclusivement) instrumentale  et extrêmement texturisée, pour ne pas dire impressionniste.

D’un autre côté la scène canadienne a elle aussi largement influencé l’idée globalisante de ce que pourrait être le post-rock. Entre Godspeed You ! Black Emperor et ses comparses HRSTA, A Silver Mont Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band, Hangedup et j’en passe, on remarquera tout de suite le format « anti-radio » rien qu’à l’immatriculation à rallonge de ces groupes, sans parler des noms des albums et des titres des chansons. La volonté première de ces choix artistiques était d’inscrire le courant, d’une manière un peu contestataire, dans un univers non exposé médiatiquement parlant. Paradoxalement, on a récemment vu Mogwai composer la BO des Revenants, ces mêmes GodSpeed You ! Black Emperor de figurer dans celle de 28 jours plus tard, et Sigur Ros, on les a tous découverts dans Vanilla Sky.

Là où je rejoins le truc, c’est que finalement si le post-rock dans tout ce qu’il présente et représente est une musique composée d’innombrables soundscapes à bases de techniques et d’effets nécessitant pour les pratiquants les plus riches expérimentés autant de pédales d’effet que l’on peut compter de poils sur la bouille d’un chat, finalement la musique n’aura jamais paru aussi immatérielle à l’instar du jazz. Une musique à l’oralité très forte, mais paradoxalement qui n’autorise plus autant l’improvisation qui constitue la base première du jazz, qui aura été le premier genre à se voir « massifier par l’industrialisation de la culture », par la radio. Cela expliquerait d’un certain point de vue pourquoi l’indétrônable « My Favourite Things » de John Coltrane est devenue la chanson jazz la plus reprise au monde, rendue prisonnière de sa popularité.

Bref si je raconte tout ça ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui je vais vous parler d’Ending Satellites, qui vient de sortir un EP : And So Sing the Black Birds. Ending Satellites est un projet audiovisuel, empruntant pour sa partie musicale la plupart du temps l’ambition du post-rock. L’EP réunit plusieurs des signes distinctifs cités plus haut : du nom à rallonge à la musique texturisée, on note des très agréables envolées mogwaiennes ci et là tandis que quelques douceurs des synthés me rappelaient le très bon album Kuu de Kauan. Les membres du groupe ne cachent rien en avouant avoir, à travers cet EP, composé la BO d’un film de notre imagination. Là où l’on peut parfois attendre d’un artiste de nous expliquer les mondes dans lesquels il évolue et de baser nos premières impressions sur l’imagerie qu’il s’en dégage, le post-rock et particulièrement Ending Satellites fonctionne dans le sens inverse : non pas que la musique soit d’une conventionnalité sans saveur (au contraire), l’approche se fait en premier lieu par le pourquoi du comment le public d’approprie et se construit dans leur musique. De fait il en est encore plus difficile de pouvoir cerner les intentions d’un groupe qui tente de tromper son public en feintant de donner un sens personnel à leur musique. Par exemple Mogwai n’a volontairement encore jamais donné un titre à une chanson qui puisse la représenter réellement, au contraire c’est toujours fait de manière quasi-aléatoire.

Au final, tout ceci pour annoncer qu’il m’est difficile de prétendre vous indiquer si la musique présente dans cet EP est bonne ou non (même si le fait que je chronique dessus soit un bon indicateur), puisqu’il en va de chacun (encore plus que dans les autres styles) de s’approprier et d’interpréter intimement ce que l’on peut y découvrir. Dans une bien pédante position, il pourrait être facile de critiquer la finalité de l’EP dans le fait qu’il soit clairement annoncé qu’il appartient à chacun de vous créer le sens de l’écoute et que l’on pourrait y déceler un zeste de facilité ou un manque de personnalisation venant de l’artiste, mais il n’en est rien et l’effet est des plus réussis. Comme le disait Max Jacob, « c’est au moment où l’on triche pour le beau que l’on est artiste ».  Un grand bravo à Ending Satellites, pour sa créativité et son efficacité. La finesse et la diversité structurelles des compositions jonglent entre post-rock “traditionnel” avec quelques passages néo-classiques au piano, sans répétitions ni lourdeurs, qui installent un potentiel très prometteur. A suivre!

Tracklist
01. And so sing the Black Birds
02. Hollow & Ghosts (feat. François Creutzer)
03. We’re from Near and Far
04. A day in Port-Royal
05. Interlude 9
06. A floating Point
07. Outro

Discographie
2011: 7 Billion Passengers | Only One Flight (téléchargement gratuit sur le site)
2013: And so Sing the Black Birds

Sur la toile
site web 
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Bandcamp

Pour aller plus loin…

 

 

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1 commentaire

Vacarm.net | Synopsys - Timeless 1 novembre 2013 at 13 h 14 min

[…] y a peu je chroniquais un excellent album que nous avait sorti Ending Satellites, où je racontais très brièvement les accoutumances du post-rock. C’est toujours aussi difficile de chroniquer sur ce genre musical […]

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