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The Fat Badgers : “A croire que ces mecs là sont nés cools, accouchés d’une enceinte”

The Fat Badgers © Bartosch Salmanski

Premier album tardif mais très prometteur pour les strasbourgeois des Fat Badgers : l’arrivée d’une French Touch dans le Funk ? Révolution Soul en pleine Alsace Lorraine ? Voilà un skeud dont on se souviendra : comme si le Big Lebowski s’était mis au funk, troquant son peignoir gris pour un rouge et ses lunettes noires pour des roses. Avec tout ce que cela engage de génie, d’humour, et désinvolture. All aboard the crazy – euh pardon, l’habitude – soul train.

ALERTE ! Lâchez-tout, stoppez ce que vous faites, faites trois tours sur vous-mêmes et une prière à saint Georges Clinton et à Dieu le père Michael Jackson. C’est bon vous êtes prêts ? Alors en vérité je vous le dis, voilà la bonne nouvelle : le premier album des Fat Badgers est enfin là.

Qu’est ce que les Fat Badgers me direz-vous ? Vaste sujet. Essayez d’imaginer le résultat d’une partouze musicale – pas que d’ailleurs… – entre James Brown, Sly and the Family Stone, Kool and the Gang, George Clinton, Chic et Daft Punk. Le tout en plein milieu des studios Motown. C’est bon ? Vous l’avez ? Non ? Eh bien maintenant oui ! Bienvenue aux Fat Badgers. Vous l’aurez compris : je ne suis pas très objectif. J’adore ce groupe, tout simplement, et depuis longtemps. La première fois que j’ai du les voir en concert c’était dans la cave de l’International, bar-salle de concert parisien, il y a au moins 5 ans de cela. Pour autant, malgré cette longévité, les Fat Badgers n’avaient jamais pondu d’album. Mais forts d’un succès d’estime, voire plus que ça dans l’Est Français où ils sont bien implantés, ils ont pu signer chez BMM et lancer la machine : attaché de Presse, production de l’album… Pour le plus grand plaisir des femmes, euh, des fans pardon. Il y a d’ailleurs fort à parier que les Fat Badgers soit un délire entre copains qui soit allé bien trop loin : le chanteur et MC du groupe répond au doux nom de Léopard Da Vinci, et je soupçonne leur styliste d’avoir un lien de parenté avec Carlos. Tant mieux ! Si le groupe avait été trop sérieux il en aurait été énervant. Car qu’ils sont beaux, euh, bon pardon. Ils n’ont pas la prétention versaillaise des Daft Punk, sont meilleurs musiciens que Justice et que tout Ed Banger réuni, ont le coup de guitare de Clinton et le déhanché de Tina. Non définitivement : en vérité je vous le dis, la bonne parole badgers est arrivée, que notre prêche en terre française commence. Hymen. Euh je voulais dire Amen.

The Fat Badgers © Bartosch Salmanski

Alors allons-y pour cette chronique du premier album des Fat Badgers. Pour les infos essentielles : sortie le 29 Novembre, release party au Petit Bain (Paris) le 30 à partir de minuit. Mais on y reviendra. D’abord : le son.

Dès les premières notes, les oreilles frétillent : on sait qu’on va écouter un très bon album. Et évidemment c’est la basse qui commence l’album. Pendant au moins une minute la pression monte : Basse au son flamboyant, murmure dans le micro, petit clac de batterie qui met bien. La meilleure première minute d’album depuis longtemps. Et ça démarre : Soul Train, premier single et futur Hit. Une véritable invitation à monter à bord, à se déhancher, à se libérer. Jubilatoire. Le tout est loin d’être bête : le Soul Train était une pratique de danse très particulière, où il s’agissait de danser entre deux rails de personnes en train de taper la mesure. Les strasbourgeois savent d’où ils viennent : des USA made in Motown. Meilleur paradoxe de la journée. Le premier morceau, ce fameux Soul Train, est presque trop bon : solo rock, percussions en sueur. Ça part dans tous les sens : le funk se sert en buffet illimité. A côté les deux morceaux suivants semblent plus calmes. Mais n’ayez peur, heureux pécheurs, c’est pour vous permettre de vous reposer avant le second morceau de bravoure : le quatrième morceau, le bien nommé French Kiss.

A ce moment de la chronique il convient de remercier les Fat Badgers. Barry White et Marvin Gaye étaient Américains et venaient titiller la palme de l’amour que les français se targuent de porter : les Fat Badgers viennent réparer cette injustice. French Kiss a ce petit quelque chose de délirant, de classe, de pas prise de tête, qui font les grands morceaux. Comme si un bon pote voulait te sauter en te récitant du Molière dans les oreilles. Et ça passe tranquille. Les Fat Badgers ont trouvé le meilleur moyen de danser : ne pas trop enfler des chevilles et du melon. Malgré Molière. C’est bien meilleur pour l’équilibre.  Les vrais génies sont désinvoltes : voilà ma croyance.

Le tout est définitivement faussement simple. A l’ère (air?) de Me too, du harcèlement généralisé enfin dénoncé, les Fat viennent nous rappeler qu’une vraie drague existe : il faut toucher avec les oreilles, puis sourire. Rien de plus, rien de moins. Le French Lover est moqué tout en étant mis au centre ; dans ce qu’il a de meilleur et de caricatural : la citation littéraire, la voix grave et le murmure. C’était la meilleure manière de le réhabiliter : en faire un fat gentleman. Un râteau ? Repars en moon walk. Tu pécho ? Repars en moon walk. Après tout rien à foutre : t’es dans le train. Cette adresse à la drague et au corps est centrale dans l’album. Ce n’est pas tant à nos oreilles que s’adressent les Fat Badgers, mais à nos bassins. Libérez-vous mes amis. Sans y penser, sans vous prendre la tête. C’est ça que la basse vous répète à longueur d’album !

D’ailleurs la basse… Oh la basse. C’est comme avec le vibro de ma meuf : quand je la vois le sortir je sais que le moment suivant va être intéressant. N’empêche que je suis un peu jaloux. Si son bassin de bassiste groove autant que le manche de sa basse…. C’est bien simple : si vous n’avez pas envie de – le – pécho à une soirée avec les Fat Badgers, c’est que vous n’avez pas d’oreilles. Ou de bouche. Ou les deux. Ou que l’amour est mort. A croire que ces mecs là sont nés cools, accouchés d’une enceinte.

The Fat Badgers © Bartosch Salmanski

Où en étais-je ? Ah oui. OUI. French Kiss. La métaphore du corps est d’ailleurs filée dans le morceau « ton corps mon corps » : là encore c’est moderne sans l’être. Rien à foutre des gender studies et de ton corps : tant que tu danses t’es ok. Il y a un petit quelque chose de « Salut c’est cool » dans « ce corps » et ce morceau, la même ouverture sympa et décontraction. Mais je me répète. Pareil : que dire de Man Vs fashion, thème métro sexuel et hyper à jour sur une musique qui date d’une autre décennie. C’est la nouvelle naissance du funk. Et c’est ici, maintenant, crucifié à la voix d’un Léopard. Dingue.

J’arrive plus à écrire – difficile quand les pieds sont en roue libre. Je suis dans le train. Conducteur : Fat Badgers. Prochain arrêt : le bout de la nuit. Tu montes ?

Je voulais finir ma chronique sur la phrase précédente. Mais soyons honnête : j’en ai fait beaucoup, et dans le dithyrambique, alors apportons un peu plus de précisions. Fat Badgers est à la musique ce que Strangers Things est aux séries : un retour à l’endroit où tout aurait du s’arrêter, on n’a rien fait de mieux depuis. Il y a certes un côté nostalgique et daté, mais c’est un aspect qui se dépasse rapidement à l’écoute : la touche électro apporte de la fraîcheur, le son est plus flamboyant, il y a un second degré (notamment sur « à l’américaine ») plus présent que 40 ans auparavant. C’est en fait un équilibre retrouvé : trop de guitare avant, trop d’électro aujourd’hui ; les Fats Badgers avec leurs shows live apportent quelque chose de nouveau.

Cela dit, comme en toute terra incognita il y a des égarements. L’album hésite constamment entre Français et Anglais par exemple. Une caractéristique à la mode malgré qu’elle en dérange plus d’un. Un peu dommage tout de même pour un album dont l’une des pépites porte le mot french. Mais c’est mon côté littéraire qui parle.  Cela dit, je reste persuadé qu’il y a une vraie tentation du texte chez les Fat Badgers : peut-être pour un prochain album ? Autre déception : le morceau final, trop électro à mon goût – après tout nous sommes sur un Webzine plutôt rock. Je comprends l’idée : la dernière montée sous acide à huître (une drogue strasbourgeoise il faut croire !), mais quand l’album est à ce point porté par des guitares clairement guitares et des basses clairement basses, finir dans cette nappe électro n’était peut-être pas la meilleure idée. En tout cas pas la plus « Vacarm » compatible.

Cela ne m’empêchera pas d’aller à leur concert au Petit Bain, ce samedi 30 Novembre à Paris. D’autant que le concert commence à minuit : une vraie bonne idée. J’en ai personnellement marre de ces salles de concerts où les shows commencent de plus en plus tôt, alors même que je viens de commencer la queue au Bar… Tout ça pour vider rapidement la salle afin qu’une seconde soirée puisse être organisée au même endroit. Bientôt les seuls concerts – avec instruments j’entends – qui se feront réellement de nuit seront pendant les festivals. Samedi au Petit Bain il y aura de tout : instruments, puis DJ, pas de séparation entre la partie concert et la partie plus électro. Tant mieux. En 69, pendant leur tournée américaine, les Stones commençaient à jouer après minuit. Il faut dire qu’ils avaient Tina Turner et Chuck Berry en première partie ! Alors ne nous privons pas ce samedi, issu d’un autre temps ; et merci aux Fats de nous rendre la nuit. Nous n’aurions pu rêver meilleurs chevaliers de strass et de lunettes pour reconquérir ce qui nous appartient. A samedi.


Pour ceux qui voudrait aller voir les phénomènes sur scène c’est juste en dessous :

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