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Lianne La Havas : “De la musique « noire », je ne sais pas ce que c’est.”

Lianne La Havas, la sensation « soul » de Londres, est acclamée par Justin Vernon (Bon Iver) et Gary Barlow (Take That) pour le caractère personnel de ses chansons. Bien que ses relations aient connu des hauts et des bas, la carrière de Lianne va bien dans une direction unique. Son lent vibrato envoûtant – fermez les yeux et on croirait une Eryka Badu plus jeune et plus douce, flottant au-dessus de ses arrangements simples sur la guitare électrique lui a valu une salve d’applaudissement sincère de la part de Bon Iver.

Lianne La Havas sera en concert sur la scène de l’Atelier, le dimanche 20 mars 2016 pour présenter son nouvel album « Blood ». Elle nous en a parlé en amont ici.

Bonjour Lianne ! Tout d’abord, je suis désolée, je t’ai présentée comme une artiste « soul » et je sais que tu n’aimes pas vraiment cette description. Peux-tu nous dire pourquoi ?

Bonjour Nathalie ! Oui, effectivement je ne suis pas très fan de « soul » ou de « néo soul » comme j’ai lu dernièrement. En fait, j’aimerais que les gens ne classent pas la musique dans les différents genres, car honnêtement les morceaux de mon dernier album « Blood » sont tous très différents et c’est ce qui en fait aussi tout son charme pour moi. Il me représente complètement dans ce que je suis. Je ne suis pas que « soul », pas que « folk » ni que « rock ». Je suis moi. Et cet album c’est moi.

D’après ce que j’ai lu avant de te parler, c’est que tu penses être classée (ou les artistes en général) dans la catégorie « soul » notamment à cause de la couleur de ta peau. C’est une remarque très forte et politiquement très incorrecte ! Peux-tu nous détailler un peu ta pensée ?

Oui, j’en suis consciente mais c’est mon intime conviction ! Je ne veux pas rentrer trop dans les détails de ma pensée, mais je pense qu’on ne peut pas classer un artiste dans un type de musique selon sa couleur de peau. Et le fait de s’attendre à certain type de musique selon les apparences d’une personne fait partie du racisme ordinaire à mes yeux. Je pense notamment à des phrases comme « une femme blanche qui chante comme une noire » ou à ce genre de chose qu’on continue d’entendre encore de nos jours. Ou de la musique « noire », je ne sais pas ce que c’est.

Dans la même lignée, que penses-tu de cette polémique concernant le manque de minorités représentées aux Oscars ?

Je pense que chaque personne a la responsabilité de se représenter lui-même et ne représente pas une communauté. Il y a tellement de critères et de facteurs en jeu lors de ce genre de cérémonie. Personnellement je n’aimerais pas être nommée juste pour faire partie d’un quota de minorité qu’il faut avoir. Je pense aussi qu’on n’arrivera jamais à contenter tout le monde quoi que l’on fasse. (rires !)

Merci pour ces réponses très honnêtes et parlons un peu de ta musique désormais. Grâce à ton premier album, tu as fait une tournée très longue comprenant quelque 120 concerts en Europe, au Japon et aux Etats-Unis. Comment te sens-tu aujourd’hui par rapport à cette nouvelle tournée que tu fais en ce moment-même et qu’as-tu appris lors de la première tournée ?

Oui, la première tournée a duré 19-20 mois au total. Ce que je ressens, c’est d’abord une très grande fierté. Je n’aurais jamais cru que ce premier album puisse m’emmener tellement loin et tellement longtemps. J’ai appris à connaître mes limites. Je sais aujourd’hui plus exactement ce dont je suis capable, ce que je veux ou ne veux plus refaire. Je pense aussi que je suis devenue meilleure dans ma performance sur scène. Je maitrise mieux la guitare et je me sens beaucoup plus à l’aise qu’avant. Je pense avoir moins de complexes qu’avant par rapport à mon jeu de guitare, ce qui est un très bon point. J’aime beaucoup être en tournée et j’aime découvrir de nouvelles villes. Je pars souvent en exploration d’ailleurs si j’ai un peu le temps pendant la journée avant la balance du soir.

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Tu l’as cité tout à l’heure mais pourquoi avoir appelé ton nouvel album « Blood » ?

J’ai eu la chance de pouvoir aller en Jamaïque avec ma mère pendant la production de cet album. Ça a été une expérience très forte aussi bien pour moi personnellement mais aussi pour ma relation entre ma mère et moi. Ma mère n’y était pas retournée depuis ma naissance. Ma tante devait nous accueillir à l’aéroport et je ne savais pas si j’allais la reconnaître. Finalement oui et on a beaucoup pleuré. C’était important pour moi de voir d’où venait la moitié de ma famille. J’ai aussi beaucoup appris musicalement parlant. Le reggae c’est bien plus qu’un simple rythme. C’est une vraie philosophie de vie. Donc « Blood » ça représente mon héritage en quelques sortes et ma famille surtout.

Tu as rencontré Stephen McGregor, fils de Freddie McGregor, sur place. Peux-tu nous raconter ?

Nous avons des connaissances communes dans l’industrie de la musique et ils ont suggéré qu’on se rencontre pour voir ce qui se passerait. Naturellement on s’est vu dans son studio et on a commencé à travailler sur des morceaux ensemble. J’ai composé un grand nombre de morceaux en Jamaïque. Je me suis sentie complètement libre pour la première fois de ma vie. Stephen ne s’attendait pas à un type de morceau en particulier et m’a donné une totale liberté. Encore aujourd’hui, lorsque je repense à Kingston, je pense à ce sentiment de liberté.

Toi et ton équipe, vous avez choisi “Unstoppable” comme premier single du nouvel album. Ça a toujours été une évidence ?

Pour être honnête, non pas du tout. Personnellement j’avais un autre morceau en tête, je pensais à « Green & Gold » notamment. C’est en fait la maison de disque qui a décidé, car elle trouvait ce morceau plus positif et plus ouvert. Elle m’a dit que ce morceau représentait bien ce que je suis aujourd’hui. J’aime toutes les chansons de mon album, donc j’aurais été d’accord avec n’importe lequel premier single proposé.

 

Dans cette chanson tu parles de ta relation très personnelle avec ton compagnon. A ce moment-là vous essayiez de recoller les morceaux. Ce n’est pas trop « bizarre » de parler de ça avec des journalistes par la suite et de mettre son cœur à nu devant son public tous les soirs ?

Les journalistes sont souvent assez pudiques envers moi, ce qui est bizarre, mais c’est vrai. Donc quand ils en parlent, je leur réponds. Je ne peux pas ne pas répondre car j’en parle dans mes chansons. En même temps, toutes les réponses aux questions sont dans mes paroles. J’essaie cependant de ne pas trop aller dans les détails dans mes morceaux, pour que l’auditeur puisse se sentir concerné.

Les paroles de « Green & Gold » décrivent la petite Lianne à l’âge de six ans qui se regarde dans le miroir. Si tu pouvais aller la rejoindre et lui dire quelques mots, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais de toujours rester curieuse et aussi de prendre soin de ses grands-parents.

 

Enfin notre question rituelle : Beatles ou Rolling Stones ? Et pourquoi ?

Les Beatles sans hésitation ! A cause de leurs chansons indéniablement belles ! Ils ont toujours été très honnêtes et très innovants dans leur façon d’écrire. Ils ne m’ont jamais déçue. A vrai dire, je pense qu’ils n’ont jamais déçu personne.

 

 

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