Difficile et plutôt inhabituel de chroniquer un groupe dont la fin est déjà écrite… en effet, c’est après la décision de Vidda, le guitariste fondateur, de quitter le groupe né en 2003 de la réunion de membres de Psykup et Leiden, que Manimal a décidé d’enregistrer et de produire cet ultime effort, avant une tournée d’adieu. Étrange timing donc, mais il eut été impossible de ne pas chroniquer ce qui est tout simplement l’un des meilleurs albums métal de cette année 2012. Et comme on a déjà énormément regretté la fin de Psykup, de par son apport à la scène française, Manimal va également manquer à cette scène par sa folie et la classe de ses compositions.
En trois albums, Eros & Thanatos en 2004, Succube en 2006, et donc cet ultime Multiplicity, Manimal a réussi a imposer sa vision du Métal, aux confins du Hardcore. Là où on comprend que le groupe ne peut continuer, c’est évidemment parce que Vidda, alias David Castel, compose musicalement les titres du groupe, et, à la teneur complexe et très marquée de ceux-ci, on ne voit pas comment Manimal pourrait conserver l’identité de ce son très reconnaissable en changeant l’auteur et le processus de création. Bref, c’est donc un peu la mort dans l’âme qu’on écoute ces neuf titres ayant le prénom de personnages fictifs dont on raconte l’histoire, et qui vont nous souffler par leur originalité et leur puissance.
La base de Manimal est très Death; donc on ne s’étonnera pas de retrouver des compositions dans ce style, mais avec des éléments du Hardcore (chant et jeu de batterie, par exemple) à vous casser la nuque toutes les trente secondes («Christian»), ou des éléments plus groovy très typés 90’s évoquant Faith No More, Korn premier album ou encore Watcha («Laura», avec un chant féminin très bien choisi pour l’occasion, celui de Lussie de MyPollux). Les rythmes sont souvent inattendus, les breaks dans l’esprit de Psykup, c’est à dire exceptionnellement originaux et bien placés («Michael») et le chant alterne du Screamo purement Hardcore à des parties chantées totalement maîtrisées («Frank»). On espère d’ailleurs retrouver très vite dans d’autres projets, cet exceptionnel chanteur qu’est l’ex-Psykup, Julien Cassarino, au grain, à l’univers et la technique unique en son genre.
Les neufs titres de l’album nous emmènent donc très facilement entre vagues de violences («Scottie») et délicieux moments plus doux (le refrain de l’excellent «Ben»), qui fait que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Le voyage s’achève avec une sombre ballade acoustique («Edmond») qui persiste dans l’idée de diversité des styles, voguant vers l’univers de Mike Patton, et qui finira de nous convaincre d’aller voir une dernière fois le groupe en concert lors de cette tournée d’adieu qui s’achèvera fin décembre 2012 et qui les verra notamment ouvrir pour Gojira sur certaines dates, Joe Duplantier ayant produit le second effort du groupe, avant l’ultime concert au Bikini de Toulouse. Et d’espérer revoir très vite, ensemble ou non, les auteurs de cet énorme Multiplicity interpréter d’autres brûlots Métal de cet acabit.
.: Tracklist :.
1. Michael
2. Nicholas
3. Ben
4. Corey
5. Christian
6. Laura (feat. Lussie, of MyPollux)
7. Franck
8. Scottie
9. Edmond

