Salace porte bien son nom : une musique sale, poisseuse, et irrémédiablement attirante. Amateur de doom bien cradingue, aux riffs qui suintent la décomposition, tu devrais prêter une oreille attentive à ce premier album de la formation venue de Seine-et-Marne. Entre les larsens telluriques de Yob, les cavalcades sludge de High on Fire, et les murs sonores plombés de Conan, Salace creuse sa propre tranchée dans un paysage sonore en ruine.
Les membres du groupe ne sont pas des inconnus pour les amateurs de la scène underground. On les a croisés au fil des années dans des projets tels que Call Us As You Wish!, Sarkazein, ou encore Beast, traînant leurs amplis et leur colère sur les routes depuis plus de deux décennies. Autant dire que Salace connaît la grammaire du genre — ses codes, ses pièges — et sait les détourner avec intelligence.
Dès la fin de l’intro, Icarus débarque comme une massue : un chant habité, abrasif, qui te décape la face sans ménagement. Mais Salace ne se contente pas d’enfoncer un seul clou ad nauseam : ils savent varier les atmosphères pour éviter la monotonie, un piège fréquent dans ce genre. Le jeu de guitare, par exemple, s’autorise quelques échappées plus aériennes sur Lies, ou flirte par moments avec des ambiances plus froides, presque black metal dans l’esprit. L’apothéose lugubre survient avec Silence, titre au parfum post-apocalyptique, baigné d’une noirceur Lovecraftienne. L’atmosphère y est écrasante, comme un ciel bas saturé de cendres. Le chant, cette fois, semble peiner à émerger du marasme sonore, comme englouti dans une marée noire — un choix artistique sans doute délibéré, accentuant la sensation d’étouffement. La production volontairement lo-fi ajoute une rugosité à l’ensemble, sans nuire à l’intensité. Au contraire : c’est justement dans cette épure, ce « less is more » revendiqué, que réside leur force. Les morceaux s’enchaînent avec une cohérence vénéneuse, oscillant entre fulgurances écrasantes (« Madness », « Icarus »), et plages plus troubles, voire psychédéliques (« Lies », « Pariah »), qui laissent entrevoir une facette plus progressive. Enfin, « Curse », morceau de clôture, sort de l’ombre avec une touche inattendue : des nappes de claviers dissonants, presque industrielles, enveloppent une rythmique frontale avant de s’effondrer dans une lente descente doom d’une violence terminale.
Salace propose un disque aussi impitoyable que fascinant, quelque part entre sludge toxique, doom abrasif et hallucination post-metal.

.: Tracklist :.
- Madness
- Icarus
- Lies
- Pariah
- Silence
- Confession
- Brain Crack
- Curse
- Sadness


