
Il ne suffit que de quelques secondes à Erlen Meyer pour installer un style fortement marqué des références que sont Will Haven et Botch. A l’instar de ses pairs, les élucubrations sonores de Douleur Fantôme creusent dans les tréfonds les plus ténébreux du metal, naviguant dans des flots aux teintes désespérément noires et poisseuses. La rythmique appuie sans ménagement sur les plaies béantes d’une société prônant désormais l’autodestruction, imposant un tempo ultra-pesant et appuyé sur lequel évoluent des guitares aux riffs tout aussi lourds. Erlen Meyer ne s’emballe pas dans les sphères d’un hardcore épileptique, mais joue de l’insistance et de la viscosité de ses tissus instrumentaux afin de pénétrer les esprits en profondeur, Douleur Fantôme débordant d’une tristesse sombre et presque aliénante. Bien que le son de batterie reste perfectible sur les parties les plus sobres, l’impact et l’emploi de la double sur les passades les plus viscérales renforce encore le poids d’une atmosphère déjà bien suffocante (« Triste Lune », entrée en apnée et sans préavis dans l’univers d’Erlen Meyer, « Danaka », « Chamane » et ses lignes de basse groovy).
Compacts et ravageurs, assénés avec une insistante férocité, les riffs laissent cependant parfois places à quelques évasives échappées dans des strates moins accablantes de violence. Des sursis de courtes durées, tant le quintet se complait dans ses puissantes débauches d’émotions torturées, mais des respirations en forme de breaks salvateurs et bienvenus (l’excellent pont coupant le non moins bon « Aitatxi », « G.H.B. »). Erlen Meyer accroche. Définitivement. Et entraîne sa proie dans son monde aux effluves toxiques. Le chant d’Olivier en dépeint des encornures toutes aussi négativement inspirées. Tiraillées dans les graves les plus arrachés, les lignes vocales naviguent entre témoignages semi-autobiographique à la première personne et problèmes de société actuels (la fainéantise d’une génération à la vie facile sur « Aitatxi »). Si l’efficacité d’un chant majoritairement hurlé fusionne avec les instrumentations, les tirades en clair présentent cependant encore quelques faiblesses et se greffent plus difficilement aux instrumentations (« Norman Bates »). L’utilisation du registre reste cependant occasionnelle, et ces quelques essais vers des limbes plus mélodiques ne revêtent à aucun moment une robe opportuniste.
Première copie (si l’on fait exception d’une démo quatre titres), sujet maîtrisé, Erlen Mayer se pose là en espoir plus que prometteur. Au vu d’une nouvelle compositions dévoilée sur Myspace, le quintet pourrait bien continuer à grimper. Et même bien plus haut.
.: Tracklist :.
01. Triste Lune
02. Aitatxi
03. Danaka
04. Norman Bates
05. G.H.B
06. Chamane

