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Interview : Philip Selway (Radiohead)

Rencontre avec Philip Selway, le batteur de Radiohead, ce vendredi 9 février, quelques heures avant son concert en solo à la Maroquinerie à Paris. L’occasion de découvrir un homme peu avare en anecdotes, ouvert et plongé corps et âme dans la musique.

Vacarm : Initialement, vous vouliez être chanteur-compositeur. Comment en êtes-vous venus à la batterie et qu’est ce qui vous plait dans cet instrument ?
Phili Selway :
Et bien, quand j’ai commencé à m’intéresser au jeu en groupe, je pensais avant tout à faire de la batterie. Mais dans le même temps, j’ai commencé à vouloir apprendre la guitare, écrire des chansons. Quand nous avons formé Radiohead, au milieu des années 1980, je me suis concentré sur le fait de faire émerger ce groupe local, en faisant tout pour passer les étapes et devenir un musicien professionnel. Mais, au fur et à mesure, je me suis mis à écrire, entasser des pistes de chansons et je suis arrivé à un point où je me suis dit « c’est maintenant ou jamais ». Du coup, c’est en ayant les chansons à disposition que je me suis dit qu’il était temps d’enregistrer et de me lancer en solo. C’était vraiment très personnel à faire, rien à voir avec Radiohead. J’ai du tout apprendre pour me débrouiller entièrement seul. Le plus important étant d’apprendre à chanter (rires).

Aujourd’hui, êtes-vous content du résultat ?
Je suis content de la manière dont ma voix évolue. Mais ça n’en reste pas moins un travail à perfectionner, comme n’importe quel instrument. Cela dit, ça me permet de m’exprimer musicalement, en faisant un maximum de choses. C’est également ce qu’il y a d’excitant dans la musique, il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre. Donc oui, je suis content, mais c’est un parcours complexe.

Aviez-vous un professeur pour apprendre à chanter ?
J’avais, oui, au début. C’était vraiment bien et très utile. C’est une enseignante vraiment brillante, également chanteuse d’opéra (Christine Cairns). Elle m’a appris la technique en restant très naturelle, en m’encourageant. Elle me disait « c’est super, allez, vas-y ! » (rires). J’ai été très chanceux.

Du coup, maintenant, vous pouvez chanter dans un opéra…
Non… (rires)

La pochette de Weatherhouse est vraiment réussie. Pouvez-vous nous en dire plus sur sa création ?
Ca a vraiment été un échange avec l’artiste, Ted Dewan. Quelqu’un de très clairvoyant, créatif. Quand l’enregistrement été bien avancé, j’ai commencé à lui envoyer des pistes et il était très réceptif. Nous avons parlé d’énormément de choses. Il avait une idée très précise de ce qu’il voulait faire pour illustrer Weatherhouse. Pour moi, c’était vraiment comme ajouter un petit plus supplémentaire. On a beaucoup échangé, je lui montrais les illustrations d’autres disques que j’aimais, vers quoi s’orientaient les chansons, etc. Il y a énormément de détails sur la pochette et il a su donner un sens à chacun d’eux.

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J’ai lu quelque chose de marrant concernant votre biographie française sur Wikipedia. Vous êtes le membre le plus vieux de Radiohead. Ca signifie encore quelque chose pour vous aujourd’hui ?
(rires) Non, pas vraiment. Radiohead était un groupe formé durant notre scolarité. Ca avait un sens à ce moment là, puisque je n’étais pas dans la même classe qu’eux. Mais après un certain nombre d’années, ça n’a plus trop de sens. Nous continuons à parler du bon vieux temps, mais on a tous plus de quarante ans maintenant (rires).

Qu’elle est l’histoire qui se cache derrière votre apparition dans le film Harry Potter et la Coupe de Feu, dans le groupe The Weird Sisters avec Jonny Greenwood (guitariste de Radiohead) ?
C’était incroyable de faire ce truc…et tellement marrant ! On a donc été invités à faire partie du groupe de musique formé par des magiciens, les Weird Sisters. Au début, il s’agissait seulement d’enregistrer les chansons que Jarvis Cocker avait composées. C’est ce qui s’est passé. On a ensuite été invités à incarner le groupe à l’écran. Du coup, on a été à Poudlard pendant trois jours, c’était fou ! Je ne voudrais pas dire magique, parce que ce serait un mauvais jeu de mots (sourire). C’était une expérience hallucinante où on a eu l’impression de littéralement passer de l’autre côté du miroir et de se retrouver à évoluer tranquillement dans un autre monde. Jouer au beau milieu de Poudlard…j’en rêve encore.

Voudriez-vous écrire pour des films ?
Oui, pourquoi pas. Je n’ai pas cette envie actuellement, mais j’aimerais sûrement, oui ! Mais bon, je sais comment ça se passe. On se dit : « tiens j‘aimerais bien faire ça, ça et ça aussi quand j’aurais appris telles et telles choses » et puis finalement tu dois y renoncer, parce que tu n’as pas eu le temps d’apprendre tout ce qu’il te fallait pour réaliser ces projets.

Ne ressens-tu pas une certaine pression dans ton projet solo vis-à-vis de ce que les fans de Radiohead connaissent de toi et la manière dont ils peuvent t’admirer ?
Je pense que des gens doivent être surpris de me voir débarquer en solo. J’ai mis énormément de temps à me lancer. Les gens ne savaient pas à quoi s’attendre. Mais le plus dur, pour moi, était vraiment de jouer en live, par rapport à l’enregistrement de l’album. Je pense surtout à ces personnes qui venaient en ayant en tête les concerts de Radiohead. Mes concerts n’avaient rien à voir. Maintenant que j’en suis à mon deuxième album, je me sens un peu plus établi en tant que projet solo. Pour moi, c’est important de développer ma musique et qu’on l’associe vraiment à un travail qui ne concerne que moi, qui se développera d’album en album.

Vous parlez justement de vos concerts. N’était-ce pas compliqué de transposer l’ambiance de vos albums en live ?
Avec Familial, c’était assez difficile, parce que les chansons étaient particulièrement « délicates ». Cela nécessitait de jouer dans des lieux très intimistes. Tout lieu de concert qui était un peu trop grand amenait une grande difficulté. Weatherhouse est un album différent à jouer en live, parce que c’est un album plus « bruyant ». Du coup, j’ai du opérer des arrangements sur les chansons de Familial, pour cette nouvelle tournée. J’ai un groupe fantastique qui joue avec moi et nous avons la chance d’avoir des moyens technologiques vraiment appropriés. Je suis très excité d’aller jouer ces chansons en live et les entendre sonner différemment.

Vous parlez des arrangements. Il y a une sonorité très moderne dans ce deuxième album. Quelle direction vouliez-vous donner à cet enregistrement ?
Il n’y avait pas forcément de vision d’ensemble, au début. Je savais surtout avec qui je souhaitais travailler et je voulais voir ce qui allait sortir de tout ça. Nous avons fait énormément de tests, mais finalement nous voulions surtout sonner comme un groupe.

Vous avez parlé de votre projet avec les autres membres de Radiohead ? Vous ont-ils donné des conseils ?
Je ne leur ai rien fait écouter avant que l’album ne soit fini. Mais ils étaient très compréhensifs avec moi, pour m’écouter, me laisser du temps, en me proposant le matériel et le studio du groupe. Mais ils n’ont pas joué un rôle direct dans l’enregistrement lui-même des chansons.

J’ai une question à propose de votre vision des copyrights…
« Right ». (rires)

Pour l’album de Radiohead, Rainbows, vous aviez mis à disposition la totalité des chansons en téléchargement libre sur votre site. Les gens étaient invités à payer la somme qu’ils souhaitaient pour cet album. Pourquoi ? Feriez-vous la même chose avec votre projet solo ?
A cette époque, nous étions dans une position où il était possible pour Radiohead d’expérimenter cela. La question se posait autour de la distribution de la musique. Il y avait une volonté de voir quelle valeur le public donnait à un album, la musique. Vous passez du temps à enregistrer un album, réfléchir, le construire, mettre de l’argent dans cet enregistrement, il était donc intéressant de voir comment cet investissement était perçu et évalué par les fans. Car la musique à une valeur intrinsèque, dans tout ce processus nécessaire de création. Me concernant, j’ai travaillé avec le label Bella Union, sur cet album, pour avoir un qualité vraiment excellente et ça me force à rester dans un système plus classique de distribution de l’album. Mais, dans le futur, qui sait…

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Qu’est ce que représente la musique pour vous ?
(il réfléchit). La musique est une partie de la personnalité, ça touche à ce qu’on appelle « l’esprit ». C’est une part de qui tu es et la manière dont tu l’exprimes. Ca va au delà des mots, il s’agit de quelque chose de très viscéral, si c’est fait correctement. Je sens si je suis sincère avec ce que je fais, si je suis complètement engagé dans la musique que je réalise. Ca produit une espèce d’écho émotionnelle en moi. C’est quelque chose que je respecte énormément, qui est extrêmement puissant. C’est très particulier comme mode d’expression. La musique, tu ne peux pas tricher avec elle. Il y a une vraie part sociale dans la musique, dans ce que tu peux transmettre. Mais ça se ressent très vite, quand ce que tu fais n’est pas pensé, profond.

Vos chansons me rappellent le travail de Lee Ranaldo (ex-Sonic Youth) dans son projet solo…
Oh ? OK ! C’est gentil !

…Vous avez déjà écouté ses albums ?
Non, pas encore. Mais je vais devoir maintenant !

J’étais impressionné par votre chanson, Don’t go now, que je trouve vraiment dramatique. Vous pouvez-nous en dire plus sur l’idée qui sous-tend le morceau ?
Les paroles prennent inspiration dans ces moments lors desquels vous perdez quelqu’un de proche. Il faut expliquer à votre cerveau l’absence de cette personne, trouver un sens à cet état de fait. Et au fait que le cerveau pense aussi parfois comme si cette personne était toujours là. Il y a un peu ce sentiment de perdre à nouveau cet être cher, en te rendant compte qu’il a bien disparu. Mais quand quelqu’un n’est plus là, c’est aussi sa présence physique qui disparaît.

A quoi rêvez-vous pour votre futur ?
Oh…euh…plus de musique (rires). Oui, beaucoup de musique, j’espère ! Et faire de la musique dans de bonnes conditions. Avec de bons musiciens. Et avoir une famille, bien sûr, car c’est particulièrement important. Travailler tous ensemble me rendrait heureux.

Ma dernière question. Préférez-vous les Beatles ou les Rolling Stones et pourquoi ?
J’aurais dit probablement les Beatles, quand j’ai commencé à me plonger dans la musique. Mes parents avaient l’album Rouge et l’album Bleu. Disons que cet album bleu était pour moi la période « light »  des Beatles. Je me rappelle de la période relative à l’album Rouge. Ils avaient des jolis costumes, des jolies coupes de cheveux et des chansons très pop. J’ai adhéré à ça tout de suite, à l’époque. Mais les Stones dégagent autre chose, qui m’a parlé bien plus tard. Ils ont créé une sorte d’adoration autour de leur groupe, une vraie rupture avec ce qui existait auparavant, avec ce groove et cette attitude qui leur était propre. Initialement, oui, j’étais très Beatles, mais bon, je suis venu aux Stones, et je me suis rendu compte à quel point ils avaient des chansons incroyables. Vous écoutez leurs chansons et vous réalisez qu’ils transcendent les périodes musicales. Tout n’est pas parfait dans leur parcours, mais finalement, tout me passionne dans leur discographie. Voilà, j’espère avoir répondu à la question !

Propos recueillis par : Ugo Schimizzi
Merci à Marie pour le décryptage de subtilités anglo-saxonnes.

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