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Interview de Joseph Chedid dont l’album “Source” sort ce vendredi 21 juin 2019.

“Soyez le changement que vous voudriez pour le monde” Gandhi

C’est aujourd’hui que sort la troisième et dernière partie de l’album de Joseph Chedid, « Source », désormais disponible dans son intégralité. Après les Trois Baudets, Joseph se produisait dimanche dernier au festival « les nuits des arènes » à Paris. Après le concert, nous avons parlé en toute liberté et toute simplicité. Un bien joli moment, cadeau pour les lecteurs de Vacarm.

Bonjour Joseph, tes impressions sur le concert ? J’ai eu le sentiment que c’était plus « rock » qu’aux Trois Baudets. Je me trompe ?
Non. Mais c’est vrai qu’on avait une personne supplémentaire avec nous, le truc s’étoffe. Mon sentiment c’est que c’est incroyable comme c’est fort et fragile à la fois, comme c’est facile et compliqué, beau et en même temps déroutant. Mon sentiment c’est que c’était un bon moment. Il y a eu une vraie magie avec tous ces jeunes qui sont arrivés pour danser, j’ai ouvert les yeux je les ai vus arriver je me suis dit « qu’est ce qui se passe ? » et ça c’est trop bien. L’idée c’est justement de se dévoiler, le travail c’est de prendre de moins en moins de temps à être soi même sur scène. Tu arrives et puis tu es toi même et tu y vas. C’était peut-être plus rock parce que sans doute qu’à un moment il y a un truc qui se débride encore plus.

Qu’est-ce qui est en même temps facile et compliqué ?
Ce qui est compliqué c’est que ça prend du temps tout ça, beaucoup d’énergie, c’est des économies fragiles, on se met vachement à nu aussi, ça sensibilise, ça fragilise et en même temps c’est magnifique de donner, de recevoir, et puis il y a une zone d’inconnu comme ça mais heureusement c’est la vie qui est comme ça. Tu vois là j’ai fait trois concerts d’affilée et j’ai pas vécu un concert du tout de la même manière, il y en a pas un qui était le même déjà, j’ai même pas joué dans les mêmes formations et j’ai eu des réactions complètement différentes. Toutes positives. Il se passe toujours un truc positif donc ça c’est quand même hyper cool. Donc c’est ça, c’est trouver l’équilibre, se renforcer mais tout en restant fragile à la fois, s’éclater et en fait dédramatiser tout et être dans un bon état d’esprit. Ça c’est l’angle de vue, un super bel angle de vue sur la vie sur les choses, même si ça reste compliqué, même s’il y a des moments où on se prend la tête, toujours garder quelque chose de lumineux, de positif et relativiser tout, se rendre compte que la vie est tellement belle en plus. Quand on a la chance de manger à sa faim, d’avoir un toit, des amis, une famille en bonne santé, déjà je ne vois pas ce qu’on peut demander de plus. Donc trouver le bon équilibre entre son mental, ce qu’on donne et ce qu’on reçoit.

Tu as l’air plutôt zen et équilibré. Parle moi de ce choix de chansons comme « Paranoïa » sur le premier album « Maison Rock »  et « Bipolarité» sur « Source » ?
Oui c’est ça la fragilité. Paranoïa c’était plus des critiques de la société, de la peur des autres, de la montée du racisme. Paranoïa c’est je griffe les murs, j’en ai marre de ces dîners d’amis, tout le monde s’embrasse, la comédie. Je griffe les murs pour me faire les ongles. C’est la prison. Il y a un truc personnel de prison intérieure, d’avoir envie de trouver sa place par rapport à sa vie, sa famille, son histoire, ce monde etc et puis il y a aussi toujours un écho avec le monde. On ne se regarde plus, on ne se parle plus, on a peur les uns des autres, on se dit que ça va mal se passer, que de toutes façons c’est fini et « Bipolaire » c’est ça mais différemment, c’est plus le côté j’en peux plus, ça me saoule, le côté on consomme, on est heureux, ah oui super on est hyper excité on veut un jouet depuis tellement de temps, on a envie de manger ci de faire ça on est contents et puis après pfff ce monde de merde, ça me fait chier, « bipolaire » c’est plutôt ça.
Et l’oscillation. On est des vibrations, le monde c’est une vibration, la musique c’est de la vibration donc la bipolarité c’est juste pour parler de l’oscillation et cet album parle en filigrane de plein de choses comme ça. « Dévoilez-vous » ça parle aussi justement du voile, où on place le voile, quel est le voile, moi c’était plus une réponse intérieure. Cette histoire de port du voile, ces histoires de religion. Je ne dis pas qu’il faut mettre ou ne pas mettre le voile justement je dis dévoilez vous à l’intérieur, soyez vous mêmes. Si vous êtes en accord avec vous même, si tu veux mettre un voile parce que c’est bien dans ta vie, dans ta religion, vas-y, si c’est pas bien pour toi, si c’est imposé, ne le fais pas. Soit toi-même, dévoile toi.

Etre soi-même c’est peut-être la chose la plus difficile ?
C’est ça c’est dur d’être soi-même. Je crois que c’est terrible.

Tu es passé de Selim à Joseph Chedid, j’en déduis que tu deviens toi-même ? La maturité peut-être ?
Voilà c’est ça. La maturité, l’envie justement de se dévoiler mais c’est un chemin, je suis en chemin. Selim c’était une façon d’être tranquille et puis c’est le prénom de mon arrière grand-père, c’est quand même mes racines mais personne ne sait ce que c’est. Bizarrement, depuis que je m’appelle Joseph Chedid, c’est à dire depuis toujours mais depuis officiellement, publiquement même si ça ne veut pas dire grand chose, les gens sont beaucoup plus en phase avec ce que je fais j’ai l’impression. Parce qu’ils me sentent plus en phase avec moi-même. Parce qu’il y a toujours ce truc compliqué de se dire voilà tu as une famille d’artistes, tu as des gens talentueux et ah oui il y a lui aussi qui veut faire de la musique, c’est pas facile. Il y a la comparaison, on vit dans ce monde là. Dans mes chansons j’en parle, dans la chanson « Différence », on est tous un peu les mêmes et puis en même temps on est tous hyper différents, aussi différents que similaires, ça parle de ça mais je dirais que c’est dur d’être soi-même, dur de ne pas se comparer. Je me raccroche toujours à cette phrase de Gandhi « soyez le changement que vous voulez voir pour le monde ». Si tu ne veux pas de comparaison, tu arrêtes de juger les gens, tu arrêtes de comparer tout le monde. C’est l’idée de prendre du recul et justement d’être soi-même et de plus en plus. Je suis sur un chemin et ce n’est pas du tout fait mais j’avais envie que les gens se disent « tiens il ne se compare pas à son frère, il fait son truc et peut-être se dire c’est super moi aussi je ne vais pas me comparer, moi aussi je suis capable. C’est aussi pour traduire des messages. Ce monde qui se compare trop, qui est toujours dans le regard, des instagram etc combien j’ai fait de vues ?

Y a du boulot !
Oui mais c’est pour ça qu’on est là.

Tu as choisi de sortir cet album en trois parties.
Deux parties sont déjà sorties et le 21 juin, via mon site internet, on peut se le procurer en physique et la troisième partie sort en même temps que l’album intégral. On l’a un peu communiqué comme ça, c’était le projet à la base. C’est ça qui est fou, avec ce truc d’indépendance tout change tout le temps. Là on doit sortir le disque le 21 juin et on ne l’a pas, c’est ça qui est génial.

Mais moi je serais complètement stressée !
Ça m’a stressé mais il sortira en digital sur les plate-formes, on pourra le pré-commander le 21 juin et l’avoir deux semaines après, c’est la petite entreprise tu vois, on ne peut pas faire plus, on fait tout ce qu’on peut. Au lieu que tout soit toujours parfaitement fait, que rien ne dépasse et ben non désolé on va attendre deux semaines. C’est la maison rock quoi, on fait nos trucs, on est trois .

C’est un choix de ta part d’être indépendant ? Ou tu n’as pas trouvé de label ?
C’est un peu les deux. Je n’ai pas de maison de disques mais en même temps c’est mon énergie aussi, je n’ai pas de maison parce qu’il faut que je sois indépendant. Je ne me suis pas dit « je veux être indépendant, fuck le système ». Moi je me suis dit je fais un disque, je vais aller voir une maison de disques et on va le sortir et puis les mecs m’ont regardé et m’ont dit « mais non on ne va pas le sortir ton disque ». Merde qu’est-ce que je fais ? ça c’était mon premier album « Maison Rock ». J’ai commencé à dessiner mes albums à la main, à envoyer tout par la poste et puis je me suis dit c’est cool c’est une autre manière, c’est bien et je me suis dit mais en fait c’est mieux, ça prend du temps mais c’est mieux parce que les gens se reconnaissent là dedans, se disent « mais ça c’est comme nous on peut le faire », un côté on revient aux choses simples. Tout est tellement industrialisé, très formaté. Ils ne voulaient pas signer mon disque parce que je ne passe pas à la radio. Je ne peux pas passer à la radio parce que mon son n’est pas radiophonique en ce moment. Alors peut-être qu’à un moment, il suffit qu’il y ait un engouement, que les gens aiment de plus en plus, ça c’est la magie c’est comme quand ils sont venus danser tout à l’heure, tu fermes les yeux, tu te dis on n’y est pas et puis tu ouvres les yeux et d’un coup « mais qu’est ce qui se passe on y est en fait ! » et ça tu ne peux pas le prévoir, moi je ne peux pas maîtriser ça. Peut-être qu’à un moment il va y avoir l’étincelle, qu’on va pouvoir mettre ce truc en valeur et que plein de jeunes artistes vont se dire « nous aussi on va faire ça, on n’a pas besoin de ci ou ça » et tu le vois d’ailleurs dans la musique urbaine, le hip hop, le rap, c’est beaucoup comme ça, les gens sont vachement autonomes, ils font leurs trucs, ils montent leur structure et c’est ça la musique qu’on écoute aujourd’hui. Encore une fois c’est aussi formaté et les maisons de disques se sont formatées à ça.

Tu as joué à la Seine Musicale en première partie de ton frère, comment ça s’est passé ?
C’était génial mais c’est le public de mon frère donc c’est comme une extension du concert pour eux. On a un petit Chedid en plus qui nous fait l’apéro ok cool ! Ils nous ont déjà vus, ils me connaissent un peu et moi c’est vrai que tout ce travail, Joseph Chedid tout ça, ça a été aussi un truc d’affranchissement par rapport à mon frère. J’ai commencé à le voir jouer j’étais en salopette, à quatre ans. Je me disais « waow » il est génial ce mec je l’adore ». Il nous faisait délirer avec ma soeur, il faisait de la musique, on faisait les chœurs et chaque fois qu’il faisait de la musique on se disait « c’est trop bien, on a envie de venir jouer ». Tu grandis avec ça, le succès, les concerts et au bout d’un moment tu te dis « c’est ça la vie ! » mais c’est sa vie en fait. Il faut trouver son équilibre, être soi-même là-dedans et accepter que ça ne va pas être ça ta vie, que ce sera tout aussi bon mais autrement. En plus en tant que frères on a des gémellités de visage, de voix même si c’est très différent. Pour trouver ton identité quand t’as un espèce de mec immense, un géant, ça prend de la place. Un mec qui fait un disque, tout le monde est au courant et le conseille, des milliers de personnes viennent le voir jouer. Toi t’es là, tu te dis moi aussi je fais de la musique. Faut pas se comparer. Justement avec ce travail de « source » et de Joseph Chedid qui sont vraiment profondément liés, j’arrive là et maintenant je profite, je vois mon frère, je suis fier de lui. J’ai toujours été fier mais avant j’avais un petit frein que je n’ai plus maintenant. J’ai envie de faire des concerts de fou, d’embarquer les gens. Il y a eu une nouvelle étape.

A quoi est due cette étape ?
A un moment de repli, de recul. J’ai acheté une maison, on a fait des travaux, j’ai fait un album, j’ai écrit des chansons, je me suis réapproprié mon nom, j’habite maintenant dans ma maison de campagne, j’ai pris de la distance aussi avec les projets de mon frère. Je bosse toujours avec lui de temps en temps mais j’ai réalisé l’album de ma sœur en même temps. La méditation m’a énormément aidé à trouver mon espace et à me centrer sur ma voie. La respiration, méditer, l’altruisme. Pas besoin de flipper, en fait tu leur apportes énormément, ils sont dans leur réalité alors évidemment tu arrives avec ta fraicheur et ça leur fait du bien. Ils en ont besoin, toi aussi. En fait tout a un sens mais on complique tout parce qu’on ne peut pas voir, c’est trop d’émotion, on est des êtres d’émotion, on est saturés d’émotion à un moment on bloque. C’est un travail à long terme et ça fait tellement de bien de se dire qu’il y a des solutions pour être heureux pour être ouvert aux autres, à soi-même, ça c’est la chance de la vie, encore faut-il en avoir conscience.

Et s’aimer soi-même déjà ?
Comment aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même ? c’est la base. C’est un travail, il faut prendre le temps, on est sollicités, on n’a pas le temps, on ne le prend pas parce qu’on ne se le donne pas, les téléphones, les machins, tant d’ écrans et tu te rends compte que tu as passé la moitié de ta soirée sur ton téléphone, c’est un truc de dingue. Je ne dis pas c’est bien c’est pas bien, c’est aussi notre outil de travail mais ce que je veux dire c’est prendre ce temps pour soi. Qu’est-ce qui me fait du bien ? De courir, de méditer, de jouer au tennis, de regarder un film ? Fais ton truc, trouves ton espace, fais toi du bien, nourris toi de bonheur pour en donner. Les gens sont souvent mécontents, mais qui a réellement l’essentiel ? Qui a réllement les fondamentaux ?

Tu as commencé à composer l’album quand tu étais déjà dans cet état d’esprit ou bien c’est aussi la composition de l’album qui t’amène là ?
Je pense que c’est un truc inconscient. J’étais dans cet état d’esprit de me poser la question « soyez le changement que vous voulez voir pour le monde ». Moi je voulais sauver le monde, je voulais la paix mondiale, c’était mon rêve, je commençais à être un peu triste parce que je me disais ça va être très compliqué cette histoire et quand j’ai vu cette phrase de Gandhi, je me suis dit au final arrête de chercher la réponse à l’extérieur, n’essaie pas de transformer les autres autour de toi mais transformes toi toi-même. Fais ton truc. Tu veux ça ? Tu le fais. Et tu te mets en face de tes contradictions aussi. C’est facile de dire je veux sauver le monde mais à un moment si tu fais tout l’inverse de ce que tu veux c’est pas très bon et puis t’es pas crédible. Voilà je me suis basé sur ça, au début quand j’ai commencé à écrire c’était Selim encore. Ce message je le porte déjà dans Selim. C’était mon 2e prénom c’était juste un second rôle. Je récupère toutes les chansons de Selim. Selim c’est Joseph. Joseph c’est Selim. Aujourd’hui c’est Joseph qui a envie de parler mais Selim est là. Selim c’est aussi relié au père, au besoin de se reconnaître dans le père. Et Joseph ça rééquilibre un peu tout ça.

Tu t’es mis à la peinture et a réalisé une toile pour chaque titre de l’album.
Je n’ai pas terminé mais j’ai fait une grosse partie. L’exposition des peintures devait avoir lieu le 21 juin pour la sortie de l’album mais est repoussée à l’automne. C’était trop. On fait comme si on était une maison de disques internationale et on est deux (rires) donc à certains moments ça bouchonne terriblement, sortir un album implique tellement de choses. Faire une pochette, un livret, chaque petit détail, chaque mot, ne pas faire de fautes sur ton livret, fabriquer ça, l’argent, le temps, les délais, et après comment tu le sors et comment tu fais en sorte que les gens soient au courant, les concerts, produire, jouer, gagner sa vie, parce que je gagne très mal ma vie en faisant ça. Je l’ai gagnée en faisant d’autres trucs, en accompagnant d’autres gens, je me suis servi de ça, c’est un peu le principe de l’intermittence du spectacle. Je vais sortir mon disque, je n’ai jamais été aussi en péril financièrement de ma vie, c’est le paradoxe des choses. J’essaie de ne plus avoir d’attentes, c’est ça qui est très dur. Forcément j’en ai quand même, j’ai envie de jouer avec mes musiciens, de faire plein de concerts, de partager ça. Je sens que ça fait du bien aux gens en plus mais on est en auto-production, il faut l’étincelle qui fait que ça s’embrase et pour que ça s’embrase il faut qu’il y ait de l’air entre les éléments mais qu’ils soient quand même suffisamment rapprochés, une alchimie.

Tableau “Des hommes des âmes” J. Chedid

Tu seras où le 21 juin ?
A Saint-Tropez pour un super festival qui s’appelle « Do you Saint-Tropez » qu’on a fait plusieurs fois. On a la chance de sortir le disque à ce moment là, on sera avec toute l’équipe ça va être marrant.

Les gens ne pourront pas l’acheter le 21 juin puisque tu n’as pas reçu les cd ?
Ils pourront le pré-commander ce jour là et ils l’auront dans les semaines qui vont suivre. On va faire en sorte que le cd soit disponible dans au moins une boutique de chaque ville importante mais il va falloir prendre le train pour amener les cd !

Ce n’est pas un peu rebutant toute cette partie logistique ?
Faut partir du principe qu’on n’a pas le pouvoir sur la vie, c’est dur d’accepter ça, j’ai envie que ça marche, j’ai envie de vendre des albums, d’en refaire d’autres, de jouer pour partager ça, pour gagner ma vie, si j’arrive à faire ça, ça va être énorme, un accomplissement de ouf dans ma vie. C’est bien de passer par là, de se trouver confronté à toutes les situations.

Un immense merci à Joseph et à Romane de l’agence Shaker pour avoir rendu possible cette rencontre.

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