Vacarm.net
Image default

Entretien avec Zéro Absolu

À l’occasion du Outbreak Festival où nous étions en mai dernier, nous avons pu rencontrer Nak, fondateur du one-man band Zéro Absolu qui s’y était produit pour une date unique en France.

***

Bonjour et merci de nous accueillir, est-ce que tu peux commencer par une petite présentation ?

Bonjour, je m’appelle Nak, je joue dans Zéro Absolu, un projet solo que j’ai depuis 2006, qui a débuté dans ma ville natale, Annecy. J’ai ensuite déménagé à Lyon et depuis quatre ans, j’habite à Mayence en Allemagne.

Pourquoi le choix de l’Allemagne ?

Au niveau de la musique, beaucoup plus de facilité là-bas. En fait depuis 2011-2012 j’ai eu pas mal d’occasions de jouer en Europe et je me suis fait un très très bon pote là-bas et j’ai donc eu l’occasion de m’y installer en colocation. En fait quand j’ai déménagé à Lyon avant de me retrouver en Allemagne, j’ai trouvé que c’était une super ville mais pas assez éloignée d’Annecy, j’avais encore trop de visages familiers, non pas que cela me dérangerait mais j’avais besoin d’un vrai renouveau. Au moment où j’habitais à Lyon, il y avait une salle de concert en reconstruction, une salle importante en termes de programmation. Du coup, je suis arrivé à un moment de creux, même si l’offre restait quand même très bonne. Je me rappelle y avoir Cult Of Luna, Shannon Wright…

© Flora Riffet Photographie

Je suis pas parti de Lyon parce que je m’y plaisais pas, au contraire, mais parce que j’avais besoin d’un plus gros changement. En plus, j’adore les langues et j’ai eu une super expérience en Allemagne, j’adore leur mentalité, même s’ils se plaignent beaucoup tout comme les français adorent râler… Mais je les aime bien quand même (rires) ! Bref, donc dès que j’ai eu l’occasion je ne me suis pas posé de question, jy suis allé !

Tu sens que dans ta musique ça a changé quelque chose sur ta façon d’appréhender, de composer ? Tu as déjà pensé à chanter en allemand ?

Je n’en sais rien. C’est vrai que depuis que je suis en Allemagne, je suis moins actif avec Zéro Absolu. Je m’influence toujours de la musique que j’écoute. Je ne pense pas que vivre là-bas ait changé quelque chose, je suis toujours aussi ouvert et avide de nouveaux sons, j’essaye toujours de pas juger ce que j’écoute.

Tu disais que c’était plus facile en Allemagne de faire de la musique, pourquoi ? Il y a des barrières en France ? Je pense au cas de la SACEM qui pose parfois problème…

Il y a un équivalent de la SACEM en Allemagne, c’est la GEMA. Mais ce n’est pas ça dont je parlais, il s’agit surtout du nombre de lieux pour jouer, il y en a beaucoup plus qu’en France. L’Allemagne est quand même un peu plus rock’n’roll que la France. Les gens comptent moins leur argent quand il s’agit d’aller à un concert, ils allouent un plus gros budget, même si globalement le prix d’un concert là-bas est plus cher. En France il y a les SMAc qui bénéficient de financements, donc tu as des prix souvent inférieurs. Mais les consommations sont plus chères en France, les loyers sont plus chers. Gérer une salle de concert coûte plus cher en France. L’Allemagne a une position centrale en Europe, donc le passage est obligatoire, en plus d’être bien accueilli.

Mais le vrai problème de la France, ce sont les péages. Je me souviens en 2012 j’avais fait une petite tournée avec Maserati. Première date à Lyon, puis on est allé à Toulouse pour la seconde. Quand on est arrivé, le péage avait tout bonnement fait doublé le montant de nos frais. Quand t’es un peu short sur les budgets de tournée, c’est un énorme frein.

Zéro Absolu existe depuis 12 ans, tu te rappelles de ce que tu écoutais à l’époque en comparaison de ce que tu écoutes aujourd’hui ?

J’écoute toujours plus ou moins les mêmes choses en fait. Il y 10 ans, j’étais pas ado (rires) ! En 2006 j’ai pas vraiment écouté de trucs un peu honteux que t’écoutais jeune et que tu énoncerais un peu honteusement comme ça maintenant. J’écoutais donc des groupes des groupes assez inscrits, si je puis dire. Ma façon d’écouter a changé je pense, il y a 10 ans j’étais un peu plus boulimique de musique, maintenant quand j’ai un album, je l’écoute plusieurs jours, une semaine ou plus encore, plus en détail, ça me fait plus de bien. Je vais moins à la recherche, je laisse un peu plus les choses venir vers moi. Et puis il y a le fait que quand tu t’intéresse à un artiste, tu suis de près ou de loin son actualité, ses nouvelles sorties, au fur et à mesure du temps tu remplaces ta recherche de nouveautés par de nouvelles sorties de groupes que tu connais déjà. C’est naturel en fait.

© Flora Riffet Photographie

Tu aurais quelques exemples, juste pour la petite parenthèse, de groupes un peu honteux de ton adolescence ?

Ouais, enfin… J’écoutais Faith No More, Nine Inch Nails…

Pas très croustillant, ce sont des groupes qui ont toujours été sérieux…

Ben… Ouais, je suis pas trop tombé dans les trucs trop commerciaux, enfin je me rappelle que la première fois que j’ai écouté du rock, c’était ma mère qui m’avait emmené dans un supermarché et qui m’avait dit que je pouvais aller choisir une cassette audio… J’y connaissais rien, j’ai pris plutôt au hasard deux cassettes, une de Haddaway, l’autre de Ugly Kid Joe… Et j’ai retenu UKJ. Ensuite j’ai écouté Nirvana, Kurt Kobain était encore en vie ! Bon après je suis allé un peu plus vers le metal d’ado, genre Lost Prophets… Hum.

Et en ce moment ?

Là je me suis mis à écouter Mogwai ? Thrice, Converge, Chelsea Wolfe… J’écoute vachement moins de trucs bourrins quand je suis tout seul, ça je les réserve pour les concerts… Chez moi, je me réserve les moments plus calmes.

Pour en revenir à Zéro Absolu, quelle est l’actu ? Tu fais une tournée ?

Pour situer un peu, quand j’étais en France j’étais prof de musique. La musique passait avant le boulot pour moi. Je faisais toujours en sorte d’avoir du temps pour ma passion. Maintenant j’ai un boulot plus stable, donc j’ai moins le temps de partir en tournée. Je devais faire une tournée avec Comity et puis Yann, le guitariste, s’est cassé une côté, donc on est juste resté sur cette date à Blois. J’ai un autre groupe aussi basé à Lyon, Spore, avec qui j’ai tournée pas mal ces derniers temps. L’année prochaine j’aurais plus de temps pour Zéro Absolu, peut-être un enregistrement.

Je bosse dans un bar maintenant, c’est un boulot plus prenant. Quand le bar est fermé, je pose mon matos et je fais du son, je répète. Mais je suis moins à la recherche de tournées. Je fais plus de concerts un peu plus proches géographiquement de chez moi. Je démarche pas mal dans le pays pour jouer avec des artistes que j’aime ou des groupes avec qui je suis ami. J’ai déjà pu me faire des petits plaisirs, comme ouvrir pour Rosetta, Chelsea Wolfe…

Tu as toujours voulu être tout seul dans Zéro Absolu ?

© Flora Riffet Photographie

À Annecy, il n’y a pas non plus tant de musiciens que ça… Je pense que ça répond pas mal à la question. Quand j’ai commencé ce projet, c’était tout seul. Puis ça a démarré comme ça, j’ai commencé un ou deux concerts et puis c’était lancé. Je me suis rendu compte qu’il y avait pas mal de choses pratiques à être tout seul. Niveau composition, le fait de fonctionner sur des boucles comme je fais puisque je suis tout seul, c’est un paramètre intéressant. T’es libre dans tes décisions et tu dépends de l’emploi du temps de personne pour organiser une tournée. Voyager tout seul, organiser tout tout seul, ne pas avoir la « sécurité » d’être en groupe pendant plusieurs semaines, c’est super constructif, t’apprends à te connaître. J’ai déjà fait une tournée de 21 concerts sur 21 jours. Le seul truc, c’est que tu n’as pas grand monde à qui le partager.

Est-ce que tu gères aussi tout seul ta promotion ?

Oui. Moins qu’avant aujourd’hui, le business actuel de la musique m’a beaucoup déçu je crois. Quand tu commences à être un peu connu, tu te fais gratter le peu de thunes que tu te fais. Je vois pas l’intérêt d’investir dans un truc de relation publique si t’as pas déjà un booker ou le label qui va avec, si t’as pas un projet professionnel et un rythme de sortie stable. C’est ça la question, est-ce que ça vaut le coup d’être professionnel dans la musique, ou est-ce que ça vaut pas plus le coup d’avoir un job et que la musique soit une passion à côté ? Grande question, avec réponse strictement personnelle. Après voilà, quand tu fais toi-même ton truc, il faut accepter qu’il y ait une fois ou deux un risque que tu joues devant 10 personnes.

Aussi, une autre expérience un peu négative que j’ai vécu, c’est qu’avant les webzines demandaient beaucoup de format CD pour les chroniques. J’en envoyé en grosses quantités, sur le lot si j’avais 10 chroniques de publiées c’était chouette, mais ça coûtait trop cher et la grande question que je me posais, quand la chronique était négative, c’est pourquoi les mecs publiaient ça ? Je suis pas connu, ça n’a aucun intérêt (rires) !

Si tu devais inviter un seul artiste à jouer avec toi pour Zéro Absolu ?

Thom Yorke. Il pourrait y en avoir d’autres : Mike Patton, Trent Reznor, Björk… Mais je pense que d’un point de vue capacité à communiquer et à se comprendre, humainement parlant, thom Yorke serait le plus facile.

Et si toi tu devais intégrer un groupe pour un concert ou une tournée ?

C’est difficile ! Je pense direct à Tool mais je sais pas si humainement ça passerait, je les connais pas après tout. J’adore leur musique, mais j’aurais un peu peur de Meynard, je connais pas son humour, son caractère, je serai un peu trop impressionnable je pense (rires) !

© Flora Riffet Photographie

Une petite annonce avant de nous quitter ? Un dernier mot ?

J’attends de voir quand le cinquième album viendra, je ne suis pas pressé, cela prendra le temps qu’il faudra que cela prenne… Je suis comme ça ! En tout cas, merci pour l’interview, ça fait longtemps que je n’en avais pas faite !

Merci à toi surtout de nous avoir accueillis, on se retrouve tout à l’heure lors de ton passage sur scène !

Remerciements : Nak / Zéro Absolu, Élisa / Outbreak Festival et Flora / Flora Riffet Photographie.

Laissez un commentaire

Le webzine qui fait du bruit
Vacarm.net est un site d'actualité musicale. Chaque jour retrouvez de nouvelles chroniques des dernières sorties d'album, des interviews de vos artistes rock / metal favoris et des live report des meilleurs concerts et festivals français.