Deux mois après un concert confidentiel au BT59 de Bègles, les nantais d’IDEM retrouvaient les terres Bordelaises à l’occasion d’une prestation de fin de tournée. L’occasion pour le quatuor de partager la scène avec une valeur confirmée de la scène électronique en la personne de Brain Damage, étrange combo aux compositions mutantes signé sur le label lyonnais Jarring Effects. Rendez-vous était pris à l’Espace Tatry, salle présentant une architecture classieuse rompant avec les salves urbaines délivrées par les trois formations programmées ce vendredi 15 mai.

Malgré la renommée et le bon accueil réservé aux deux formations de tête d’affiche, le public Bordelais ne s’est une nouvelle fois pas véritablement déplacé en masse. C’est donc devant un parterre clairsemé d’une petite trentaine de spectateurs que Twilight Motion lance ses premières boucles électroniques. Originaire de Tours, le groupe s’accapare la grande scène de l’Espace Tatry pendant près de quarante minutes, et présente en une poignée de compositions un potentiel plutôt intéressant. Mené par Etienne aux machines, clavier et samples, Twilight Motion évolue en formule trio, sans guitare. Par conséquent moins rock qu’IDEM, la formation évolue entre trance et électro-dub, les principaux motifs mélodiques demeurant froids et hypnotiques. Au fil des étendues sombres et entièrement instrumentales, le trio présente encore quelques faiblesses de retranscriptions, malgré des morceaux inspirés et rarement répétitifs. Très impressionnantes, les parties de batterie deviennent parfois légèrement trop techniques et ont tendance à desservir certaines atmosphères par une présence trop marquée. Les samples se voient de ce fait en partie recouverts, ce qui restera particulièrement flagrant sur un « Urban Under » aux enluminures relativement brouillonnes. Des défauts minimes qui devraient se voir rapidement gommés avec l’expérience, Twilight Motion disposant de plus d’excellents titres dans son répertoire.

Si quelques curieux supplémentaires gagnent le devant de scène au fur et à mesure des envolées de Twilight Motion, l’assistance reste tout aussi limitée lors de la montée des excellents musiciens d’IDEM sur les planches. Avec une petite heure de concert, le quatuor vient proposer une séance de rattrapage qui restera fortement tournée autour des tribulations sonores de leur récent The Sixth Aspiration Museum Overview. Moins longue qu’au BT59, la performance occulte de ce fait d’avantage les anciens albums, malgré quelques réminiscences de ci et là (un fabuleux et envoutant « Dum Agree »). Pour le reste, le spectacle ne varie guère du très bon niveau dont avait témoigné le groupe deux mois auparavant, et s’avère tout aussi transcendant et imagé. A l’aise, incroyablement carré, mené par la rythmique robotique d’un Baz en trance, IDEM emporte son public dans un voyage sombre et stratosphérique. Toujours imprégné d’une dimension visuelle aussi soignée que fabuleusement adaptée à la musique des quatre musiciens, IDEM évolue dans une pénombre musicale retranscrite par un light show obscur et intimiste.

Habillé par le timbre rauque et androgyne de Isabelle « Pitch » Ortelli, la musique atteint des cimes inaccessibles au fur et à mesure que les compositions extraites de The Sixth Aspiration Museum Overview s’enchainent, à l’instar d’un « E.C.O.W. » cotonneux et délicieusement ténébreux ou encore d’un très bon et atmosphérique « Wake Up Wake Up ». Lorsqu’elle vient à exploser, l’électricité n’en est que plus salvatrice et transcendante, IDEM maitrisant les contrastes musicaux à l’extrême perfection. Un trip complet, seulement gâché par une « photographe » particulièrement zélée. Cette dernière n’hésite pas investir la scène en l’absence de Pitch, ou à effectuer un ridicule ballet aux pieds des musiciens. Difficile de rentrer pleinement dans l’univers si spécial d’IDEM lorsque de telles clowneries sont imposées aux spectateurs, la sécurité ayant ce soir brillée par son absence.

La fin de soirée sera réservée à la prestation de Brain Damage, qui va transformer les lieux en rave party improvisée. Constitué de deux musiciens, Martin aux machines et Raphaël à la basse, le groupe vient présenter son dernier disque Short Cuts, concept-album ne proposant que des compositions de moins de deux minutes. Face à face, les deux destructeurs soniques et rythmiques se voient accompagnés d’un light-show conséquent et original, les spots étant montés sur une structure circulaire en fond de scène. Complètement azimuté, déambulant comme un robot sur le devant de scène, Martin laisse échapper des sonorités flirtant avec les horizons les plus acides ou encore les basses tonitruantes alors que son comparse habille les multiples superpositions électroniques de lignes de basse groovy.

Plutôt étrange, le son du groupe reste plus difficilement abordable que les étendues planantes d’IDEM, et mue rapidement vers des sphères relativement extrêmes de la musique électronique. Si le duo avait ouvert sa prestation sur des compositions relativement contrastées, plus proches d’un électro-dub tantôt agressif mais souvent planant, la seconde moitié du set tourne à une communion Drum’n’Bass aliénante. L’occasion pour quelques teufers bridés par la performance des prédécesseurs de Brain Damage de se lâcher sur les assauts répétés et agressifs des maitres de cérémonie. Une ultime bastonnade de basses vrombissantes en guise de rappel, Brain Damage quitte la scène heureux de son concert, malgré un public malheureusement bien restreint.

Comme le déclarerait Pitch en conclusion du concert d’IDEM, « Si la quantité n’a pas été au rendez-vous, la qualité était bien là ». Des mots qui s’associent pourtant pour définir le talent des formations qui auront partagées l’affiche ce vendredi 15 mai, chaque groupe ayant fait preuve d’un très bon niveau ainsi que d’une véritable envie de se livrer entier aux quelques Bordelais qui auront fait le déplacement.
Photos : Tfred / Page Myspace

