
L'amateur d'electronica et d'IDM qui aura apprécié les deux albums précédents à leur juste valeur ne se retrouvera pas, en tout cas pas tout de suite, dans Immolate Yourself. Une écoute de l'album suffit amplement pour comprendre que le duo, en cinq ans, aura eu le temps de tourner le volant, et, notamment par les nombreux remixes qu'il a pu faire, d'assimiler le nouveau visage de l'électro des années 2000. C'est donc d'electro-pop qu'il s'agit, avec une palette sonore clairement plus orientée vers les nappes, les productions rythmiques et les synthés comme seules les années 80 ont su en produire. « The Birds » donne le ton, et aguiche le client, Telefon Tel Aviv est bien là, certes changé, mais la qualité est là. « Your Mouth » se rapproche un poil plus des premiers efforts du combo, la très moyenne « M » nous laisse un peu froid. « Helen Of Troy », le single de l'album, n'est pas mauvais en soi, et est même agréable par sa spontanéité (ce qui manquait définitivement au groupe auparavant, et ce qui sera le point fort de cet album). Mais bon, on avoue, ce mélange entre voix cold-wave et pop un peu soupe à l'eau agace un poil.
Convaincre un fan de Telefon Tel Aviv n'est pas tâche facile. Deux albums de haute volée, et voilà, on a tout de suite plus de mal à accepter n'importe quoi. Mais tout n'est pas fini, loin de là. « Mostly Translucent », aquatique en diable, avec ses voix douces tout en retrait, nous prend par la main et nous fait voyager. Ca y est, on est heureux. « Stay Away From Being Maybe » est remarquablement bien foutue, la rythmique est accrocheuse et percutante, et les moments d'explosions soutenus par un synthé puissant nous font dire qu'il est pas si mal, finalement, ce nouveau visage. Le groupe posera sa voix sur chaque morceau, parfois clairement, parfois par bribes, mais avec toujours cette production chargée d'echo et de reverb et cette position assez en retrait dans le mix, qui tranche avec l'ésthétique vocale de Map Of What Is Effortless. La presque post-rock « Made a Tree On The Wold » et la très pop « You Are The Worst Thing In The World » sont les deux derniers moments forts de l'album, le morceau éponyme clôturant l'album étant assez peu motivant.
Dur d'effectuer un verdict après, d'une part, le passif discographique et stylistique de Telefon Tel Aviv, et les évènements récents d'autre part. Disons juste que le duo a su se réinventer intelligemment avec Immolate Yourself, en arrêtant un peu de triturer sa musique a l'extrême, et en devenant plus spontané, et plus pop. On peut parfois penser à un M83 période dernier album, à un côté Apparat plutôt bienvenu, se mêlant aux influences originales du combo pour un résultat qui, certes, dénote un peu par son inégalité, mais qui laisse transparaître un peu plus le coeur des deux artistes. Il ne nous reste maintenant plus qu'à le réécouter encore et encore, en se demandant ce qu'aurait pu devenir Telefon Tel Aviv si Charles Cooper était encore parmi nous, et en savourant comme on peut ce chant du cygne. R.I.P.
.: Tracklist :.
1. The Birds
2. Your Mouth
3. M
4. Helen of Troy
5. Mostly Translucent
6. Stay Away from Being Maybe
7. Made a Tree on the Wold
8. Your Every Idol
9. You Are the Worst Thing in the World
10. Immolate Yourself

