
Avez-vous déjà eu un retour sur l’accueil de ce deuxième album ?
Au niveau des médias, j’ai pris l’habitude depuis que je travaille avec Ross Robinson de ne pas lire la presse. Et je m’en porte vraiment mieux. Il est vrai que quand on me demande de lire ce qu’on dit sur nous je le lis mais ce qui m’intéresse surtout c’est la vraie vie, c’est à dire l’impact sur le public. On a déjà eu un très bon retour par les personnes qui viennent nous voir en live. Certaines fois ils ont été un peu décontenancé, un peu surpris. Les retours sont bons mais parfois l’album a du mal à être compris ou apprécié.
Du fait peut être que vous êtes un groupe de métal mais sans guitare, simplement une voix, un piano et une batterie ?
Oui, il y a ce côté là mais il y a également des personnes qui se sont focalisées sur le premier EP éponyme qui avait une « chartre musicale » très définie, un petit peu dans un esprit screamo même si finalement, je n’ai jamais eu trop une voix screamo. Du coup, avec Amen, ils ont pensés que nous avions changés: « oh là là ça a changé, mon dieu mon dieu ! »(Rires).
Je suis content quand les gens apprécient ma musique mais il y a un grand danger à lire tout ce qui se dit sur toi, il faut savoir prendre de la distance.
D'un côté je respecte le travail de journaliste pro ou pas pro mais d’un autre il y a une certaine décence à avoir. Si je compare ça a du sport, par exemple, je suis quand même outré quand les journalistes sportifs traînent dans la boue des athlètes qui se sont entraînés comme des malades pour faire une compétition. Quand tu vois que le journaliste est un gros de 120 kilos qui ose dire ces méchancetés, je trouve ça vraiment outrageant. Même si les athlètes n’ont pas été optimums, je pense qu’il faut quand même un peu de distance un peu de respect. Et surtout pour en revenir à la musique, on met moins de temps à écrire une chronique qu’à enregistrer un album. Après je suis prêt à me remettre en question mais parfois c'est tout simplement méchant.
Pour ce deuxième album, vous vous êtes entourés de Ross Robinson pour la production et d’Alan Douches pour le mixage. Comment se sont déroulés les différentes étapes de l’enregistrement ?
On a bossé juillet-août 2008 à Venice Beach, Los Angeles, au studio de Ross Robinson. Les quinze premiers jours, on a joués les « heavy rehearsales », les répétitions lourdes comme il disait, donc sept à huit heures de répète par jour. Il nous donnait beaucoup d’indications, il y avait beaucoup de dialogues entre nous.On commençait un peu a rentrer dans le processus de ce qu'il appelait les« mentals surgeries », les chirurgies mentales, pour comprendre pourquoi tu fais ce morceau à quoi ça sert le sentiment que tu veux dégager.
Il voulait que ce sentiment ne soit pas dégagé que par la voix mais aussi par l’instrument , donc il fallait qu’on transcende ensemble le sentiment que l’on voulait faire partager. Il fallait qu’on soit symbiotique, qu’on veuille amener la même émotion. Après, tout s’enchaîne, prises batterie, prises piano, prises chant avec tout un tas d’exercices de « mentals surgeries ». J’ai vu des psys, et je pense que Ross Robinson c’est mieux qu’un psy, ça va bien plus loin. C’est bien plus profond, bien plus fort à vivre. Toujours sur le même questionnement de pourquoi tu fais ça et pourquoi tu dis ça, et fais attention à ce que tu vas dire. Ross Robinson nous disaient qu’il était toujours temps de changer les paroles, et surtout qu’il ne fallait pas chanter quelque chose à laquelle tu ne crois pas à 800%.

A l’issue de l’enregistrement, on a mixé pendant au moins deux mois, septembre/octobre avec Ryan Boesch et Ross Robinson. Il a été mastérisé quatre mois plus tard chez Alan Douches à New York.
Finalement il y a eu pendant ce temps là huit mois, un an de tractations avec différents labels, différentes boîtes de distribution pour voir comment on allait sortir l’album pour finalement bosser avec la structure de Ross Robinson qui est IAM Recording. Il est peut être beaucoup moins organisé que plein de labels avec qui ont a discuté,peut être moins pro mais il laisse une grande liberté aux artistes et une plus grosse marge financière aussi. On été libre de pouvoir travailler avec qui ont voulaient pour la promo dans tous les pays France, Russie, Slovaquie etc… Donc on une fois qu'on a choisi les acteurs différents de la promo dans tous les pays et ça nous amènent à février 2010 sortie collector d’Amen, mars sortie digital et avril sortie physique de l’album.
Et pourquoi ce titre Amen ?
Après l’enregistrement, on avait toujours pas le titre de l’album et c’était tellement extrême ce qu’on avait donné, on est tellement allé au fond de nous même. On s’est tellement remis en question pour savoir ce qu’on faisait ce qu’on chantait comment on chantait, je savais plus comment chanter en faite, à la fin (rires). Car toutes mes habitudes vocales, mes techniques ont volés en éclats. On a été au fond des choses, on n’a jamais abdiqué et on avait tout donné et c’est tellement investissement financier, bien sûr mais aussi physique, psychologique, social.
On a des membres de l’équipe pour ce projets qui ont dû quitter leur boulot, qui ont posé toutes leurs RTT tous leurs congés, ils n’auront pas de vacances avant je ne sais combien de temps. Et psychologiquement c’est tellement un investissement énorme qu'à la fin on s’est dit bon ben là on a fait notre job. A partir de là ça marche ça marche pas on ne peut pas faire plus on ne peut pas faire mieux, on a fait ce qu’il fallait faire.
Ca aurait pu s’appeler « Inch Allah » c’est pareil. La fin de l'enregistrement de l'album,c’est la fin de la prière, la messe est dite, on fait confiance à la vie, allons y. On avait déjà un morceau qui s’appelait « Amen » pour d’autres raisons et puis on a vu que amen est un mot qui existent dans toutes les religions. Il a comme signification la foi alors bien sûr dans le sens divin mais aussi pour nous le sens de la vérité, voilà l'album ne peut pas être plus que nous que ce qu'on a donné, on s’est mis vraiment à nus et pour nous tout est là.
Quel est le sentiment principal que tu as essayé de faire dégagé de l’album ?
Ca dépend des morceaux vraiment. Pas mal de titres on été écrits il y a longtemps et faisaient références à diverses parties de moi, des autres, les plus autres. Les côtés humains les plus crades que j’ai pu voir, jusqu’à ce que ça m’anéantissent complètement. Quand j’ai composé l’album, j’étais en dépression pour de vrai. C’est un détail intime certes, mais j’en parle parce que pour moi c’est fini, j’ai arrêté de prendre ce qu’il fallait prendre et je me suis dit que là c’est bon je n’ai plus besoin de rien pour avancer, il faut que j’y arrive. Donc j’étais vraiment au fin fond de la rivière de je ne sais ou quand j’ai écrit certains titres, avec de la colère, de la haine et il y avait ce côté excessivement noir, sombre au premier degré, agressive, une sorte de violence pure qui a été ensuite métamorphosé avec Ross Robinson.
Au lieu de me faire penser au problème Ross me faisait penser à la solution de ce problème et de se servir des expériences passées comme un cadeau de la vie pour être plus fort et pour ne plus retomber dans les mêmes pièges et du coup prévenir autrui. Il y a des phrases que disaient Ross Robinson que je n’ai compris qu’après coup.
Par exemple, il me disait « les anges sont des nazis », dans le sens où la vie va te donner des beignes et t’envoyer dans une direction ou tu n’aurais jamais pensé aller. On a transformé toute cette douleur, toute cette violence en une sorte de rédemption et en pardon. C’était assez intéressant d’arriver à dire pardon aux personnes qui t’ont fait les plus de mal et sur lesquelles tu a écris les choses les plus crues et les plus durs et de montrer à quel point ta vraie victoire sera que tu arrives à pardonner et que tu en a plus rien à foutre. L’autre reste dans les marécages et toi t’arrives à être au dessus, et quand tu chantes cette chanson là tu repenses à ta merde de l’époque, tu vas chanter pour un pote à toi que tu sens sombrer dans le même merdier que toi.
Ross Robinson vous décrits comme « les précurseurs d’un son nouveau. La musique est vitale. Sans de tels groupes, elle meurt et devient inutile ». Qu’en penses-tu ? Vous êtes les précurseurs d’un son nouveau ?
Oh oh (Rires), bah écoutes si il le dit. Moi, j’ai plutôt du mal à prendre de la distance par rapport à ce que je fais, je n’ai pas trop envie de commenter de dire que ce que je fais, c’est bien. J’ai peut être une trop grande humilité, alors certains diront que c'est une fausse modestie mais c’est vrai que ça me dérange de plus en plus de commenter ce genre de phrases. Il y a dix ans j'aurais été surexcité par une phrase pareille. Aujourd’hui ça me touche toujours autant bien sûr mais la seule vérité qui compte pour moi c'est la scène, ce que tu donnes. Sans être égoïste, du moment que je sais ce que j’ai fait, que j’en suis content et que le public apprécient, que l’album leur apportent quelque chose c’est tout ce qui compte.

Sur scène justement certaines critiques, vous décrivent comme de véritables acteurs dans une pièce de théâtre. Es- tu d’accord ? Comment vis tu ta musique sur scène ?
Je dirais oui et non car une pièce de théâtre,tu joues un rôle et nous sur scène on joue notre propre rôle, comme Jean Claude Van Damne dans "JCVD" (Rires). Moi ce que je chante ce n’est pas des paroles et mes partitions ce n’est pas des notes. J’ai une grille de lecture de base mais un jour je vais crier les paroles, un autre jour je vais les prendre une octave en dessous, je ne sais pas pourquoi parce que je le sens comme ça à ce moment là . Et c’est là où ça rejoint le théâtre, le jeu d’acteur au sens pas joué quelqu’un d’autre mais être dans la vérité de l’émotion et je crois que c’est ça le plus dur pour moi. D’ailleurs, j’ai commencé à prendre des cours de théâtre, il y a un an et demi, à la place de cours de chant pour pouvoir jouer justement au plus près mes textes. Parce que quand tu chantes une phrase style « would you die for me if i… » Il faut savoir y ajouté une certaine émotion, une présence.
Pas faire de la star Ac’ en gros…
C’est bien pour ça qu’il y a plein de mecs, qui ont pas de techniques et que l'on croient nuls à chier et qui vont mettre des branlés à tous les abrutis de la Star Academy et tous ces trucs là. Enfin, un jour le public va comprendre mais brûlons les quoi ! (rires). La musique c’est vraiment chercher autre chose. Il y a des mecs qui ont rien qui vont te sortir trois notes et tu vas être bouleversé, le mec il a rien mais il a juste la vérité du truc, la justesse.
Et juste un mot pour finir la tournée européenne pour cet album ? Vous allez tourner avec Nous Productions ?
Alors finalement non notre tourneuse a eu un bébé donc on a pu travailler avec eux. C’est Jerkov qui s’occupe maintenant de toute la tournée. On va faire les pays de l’est, la France au mois de Mai, on part aux Etats Unis côte Est en septembre. Le Royaume Uni a été décalé de juin à octobre, après l’Allemagne en décembre, puis on retourne aux Etats Unis pour faire la côte Ouest. Et on a déjà des propositions pour aller jouer en Chine et au Japon. On va essayer de planifier tout bien à l’avance. Mais nous serons là le 16 mai au Nouveau Casino pour vous servir !

