Malgré un rythme de parution effréné entre deux productions, chaque nouvel album de Jean-Louis Murat se vit comme un évènement depuis le choc de Mustango, en 1999. Mélange de Léonard Cohen et Neil Young pour certains, hommage aux traditions musicales américaines et françaises pour d’autres, difficile de résister à l’essence riche émanant du dernier monument rock national. Alors que Tristan, sorti l’année dernière et s’appropriant l’épopée de Tristan & Yseult sous des sonorités aériennes, douces et voluptueuses en abandonnant les chardons électriques chers à l’Auvergnat, sonnait comme l’un des meilleurs crus du chanteur, Le Cours Ordinaire Des Choses défend sa place avec grâce en condensant les immanquables influences de Murat et une symphonie d’instruments offrant de nouvelles ambiances.
Dix ans après Mustango, Jean-Louis Murat remet le couvert pour son vingt-cinquième album en s’entourant pour ce dernier d’une équipe exclusivement américaine, après un Tristan enregistré en ermite, seul dans son Auvergne. Cette fois, bienvenue à Nashville. Pas question cependant de ne voir en Le Cours Ordinaire Des Choses un étalage redondant de ce qui a pu être fait précédemment. La production est puissante, les percussions hétéroclites, et l’instrument central (la voix) toujours aussi enivrant. Les cordes, le banjo, la guitare nylon, le wurlitzer et la mandoline se fraient un chemin au milieu de cette fresque électrique et percutante en lui apportant, paradoxalement, autant de douceur que d’énergie. Murat livre un voyage de nomade, baigné dans le spleen sur les détrituts du monde (« Comme Un Incendie ») ; l'auteur cherche une échappatoire en puisant dans les sentiments humains, instables mais porteurs d’ultime espoir (« Falling In Love Again »). Les multiples dérivés de l’amour, charnel (« La Tige d’Or », aux métaphores rappelant « La Légende Dorée ») ou spirituel (« Taïga »).
Musicalement, Le Cours Ordinaire Des Choses oscille entre énergie brute et hors du temps (« M. Maudit », « 16H00 Qu’est-ce Que Tu Fais ? »), ballades mélancoliques ravivant des sens perdus (« Chanter Est Ma Façon d’Errer », « Ginette Ramade »), et curiosités déjà incontournables (« Comme Un Cow-Boy À l’Âme Fresh », rock aux simulâcres country qui ferait guincher le plus inerte énergumène). S’il est plutôt habituel de se perdre dans quelques voix féminines sur les chansons de Murat (tout du moins depuis Mustango), ici, Cherie Oakley se dévoue à la tâche avec un punch et une chaleur, eux, beaucoup plus inhabituels.
Alors n’hésitez plus, faites un geste pour la musique : savourez donc Jean-Louis Murat, votre bon sens vous remerciera. Un tel artisan de la musique, ça vaut bien mille (Jean) louis d’or.
.: Tracklist :.
01. Comme Un Incendie
02. Falling In Love Again
03. M. Maudit
04. Chanter Est Ma Façon d’Errer
05. Lady Of Orcival
06. 16H00 Qu’est-ce Que Tu Fais ?
07. Ginette Ramade
08. La Mésange Bleue
09. Comme Un Cow-Boy À l’Âme Fresh
10. La Tige d’Or
11. Taïga

