
Pourtant, Driving Out Of Focus n’est pas un album aisé d’accès. Difficilement étiquetable si n’est du côté d’un noise rock quasi-expérimental, le trio (qui comprend dans ses rangs un membre de Knut) s’établit un univers totalement personnel, véritable brainwashing d’envies et d’influences donnant naissance à une belle série de morceaux virevoltant entre décharges d’électricités tonitruantes et atmosphères aux encornures hautement planantes. Car malgré une gestation que l’on devine inhabituelle, le trio se pose là en maître, pondant des compositions cohérentes et pleinement envoûtantes une fois les quelques écoutes nécessaire à une adhésion complètes et totale passées. Se dépeignent alors des horizons follement bizarroïdes, étrangement distordus par les multiples expérimentations sonores dont témoigne Driving Out Of Focus et ses huit morceaux extraterrestres. Les dissonances fusionnent pour devenir mélodies (l’excellent « Don Starsky », « Dune », l’introduction « Liquid Fire »), les titres établissant de véritables accroches sans pour autant sombrer vers des schémas usités jusqu’à la corde ou des gimmicks faciles. Commodor construit sans modèle pré-existant, collant des échappées éthérées sur des embardées saturées, la colonne vertébrale habituelle étant délaissée au profit d’ambiances qui appelleront d’avantage au ressenti et à la sensibilité de l’auditeur. Car une fois pénétré, Driving Out Of Focus procure d’enivrantes et attachantes effluves, en grande partie grâce à cet aspect mélodique quasi-décharné (« Goats On The Cliff », le contraste d’émotions apporté par « Drifting Figures »).
Nettement plus difficile à suivre qu’un rock’n’roll de base, moins écorchant pour les tympans que du metal pur et dur, cet objet musical non identifié pioche un peu et avec bonheur dans tous les camps. A ces terrains de jeu soigneusement électrifiés, le son de guitare ne s’attardant jamais vers des sons écrasants, le trio adjoint quelques interventions de claviers vrombissants, l’électronique s’accordant parfaitement avec la basse groovy de Tim-Robert Charrue (les boucles hypnotiques d’un « Panavision » sous extasy). Adriano Perlini habille ces biens énigmatiques instrumentations d’un timbre de voix satiné, néanmoins pas exempt de ce qui pourrait paraître chez les autres comme des défauts. Car si le chant n’est pas parfait et présente logiquement, à l’image des chemins instrumentaux battis par le groupe, de nombreuses et volontaires dissonances (les voix doublées de « Don Starsky »), celles-ci s’accordent à merveille à l’ambiance si spéciale et propre à ce premier essai.
Driving Out Of The Focus n’est pas un album évident. Il n’en reste pas moins passionnant. A l’instar d’un Sonic Youth des premières années, Commodor expérimente vers des horizons novateurs, et parvient à faire muer les sonorités les plus écorchées en mélodies troublantes. Chapeau bas.
.: Tracklist :.
01. Liquid Fire
02. Panavision
03. Don Starsky
04. Goats On The Cliff
05. Drifting Figures
06. Dune
07. Tolt
08. Everlasting Swamps Of Sorrow

