De façon surprenante, la plus grande influence sur les thèmes de l’album provient de quelqu’un que beaucoup auraient jugé improbable. « Un soir, j’écoutais Brian Eno parler d’abandon, » explique Jeremiah. « Aujourd’hui, dans notre société, l’important c’est d’avoir le contrôle, et d’acheter de nouvelles choses pour nous donner encore plus de contrôle : un téléphone qui nous maintient en contact, une maison qui nous met en sécurité. Mais peut-être qu’on peut atteindre un état tout aussi merveilleux en lâchant prise : ‘Je me fous de ce qui va arriver, c’est juste ce qui va se passer.’ C’est pour ça qu’on aime l’alcool, les drogues ou l’art, parce qu’ils nous font perdre le contrôle. Et peut-être que c’est ce dont parle le gospel : ‘J’ai perdu le contrôle, mais ça va aller’. Je vois donc l’abandon comme quelque chose d’assez délicieux. »
C’est probablement ce qui donne à Good Day sa qualité déterminante, son côté décontracté. Rien n’est précipité, et tout donne un sentiment d’authenticité, de ses émotions à ses sonorités intimistes. Ecoutez « Hurt No More », une pépite au parfum gospel, écrite d’un point de vue athée. Ou « The Stars Are Out » et « Deadweight », qui sonnent comme des reliques poussiéreuses d’un âge oublié. Essayez « Foot Track Magic » ou « U-Bahn (It’s Not Too Late For Us) », qui offre le même calme serein que l’enregistrement par Glen Campbell d’un classique de Jimmy Webb, et dont le texte parle de la liberté qui vient avec le fait de s’en remettre au destin. « Je pends parfois le métro la nuit, » chante Jeremiah, « juste pour me perdre », avant que son voyage ne se conclue d’une façon décidée, de bon augure : « C’est toi que je veux, tout simplement ».
Cette dernière chanson se termine avec l’enregistrement de dix des plus proches amis de Jeremiah chantant autour d’une table, lors d’un dîner à Londres, au Jour de l’an 2017, « faisant notre ‘truc à la Hey Jude’ ». Ce qui résume parfaitement l’essence de Good Day : le son de gens ensemble, s’abandonnant à ce qui va advenir, célébrant la vie telle qu’elle est. Peu de choses sont meilleures que le fait d’être avec ceux qu’on aime, et personne ne saisit cela mieux que Jonathan Jeremiah…



