Interview Stolen Memories – « Tout fan de metal qui se respecte a envie de découvrir. C’est une musique de curieux. »

Rencontre avec Baptiste du groupe Stolen Memories, à l’occasion de la sortie du nouvel opus « Paradox » le 27 octobre 2017. Baptiste, guitariste et claviériste au sein du groupe, assure également la basse sur l’enregistrement de « Paradox ». C’est aussi lui qui compose la musique.

On va présenter brièvement le groupe. C’est toi et ton frangin qui l’avaient formé ? C’est plus facile de former un groupe avec son frère ?

Non ce n’est pas plus facile au contraire parce que quand tu es frangin faut quand même bien s’entendre pour ne pas être en compétition. C’est plus mon projet à la base donc Antoine, qui est en plus le « petit » frère, s’il ne l’acceptait pas ça ne pourrait pas coller. Mais heureusement on n’a pas cette rivalité, ça se passe bien.

Vous aimez la même musique ?

Oui on a carrément les mêmes goûts. On a commencé par le rock comme Queen, U2, les groupes vraiment grand public et puis on a rapidement viré au metal avec Metallica et Megadeth à l’adolescence.

C’est le metal qui vous a donné envie de jouer d’un instrument ?

Non moi j’avais déjà commencé à jouer de la guitare sur du rock et j’ai eu envie d’approfondir quand j’ai découvert le metal. Ce qui m’a fasciné et que j’ai aimé dans le metal, c’est que c’est une musique qui va plus loin, qui ose. Et puis il y a beaucoup de virtuoses dans le metal, énormément d’excellents musiciens, plus que dans d’autres styles.

C’est toi qui compose la musique ?

Oui. Les paroles c’est Najib le chanteur. Antoine écrit quelques textes aussi. Moi c’est que la musique. Je compose la musique grosso modo, je leur fais une maquette sur laquelle il y a un petit peu tout, boite à rythme, basse, tous les arrangements qu’il y aura sur l’album niveau clavier, guitare, même les solos, y a vraiment la totale, les lignes de chant que je fredonne sans paroles pour qu’ils aient vraiment la vision du truc. Après ils s’en imprègnent et font leurs arrangements persos, proposent des choses et la plupart du temps ils subliment le morceau en apportant quelque chose en plus. Ensuite, Najib se pose vraiment pour écrire les textes. Il a d’abord la mélodie avant d’écrire les paroles.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour composer l’album ?

Presque un an et demi. C’est un gros boulot. Surtout pour moi. J’avais hâte que l’album sorte ! Jouer plusieurs instruments demande beaucoup de travail. Guitare, basse, clavier ça fait vraiment beaucoup de boulot.

Pourquoi ne pas avoir recruté un bassiste ?

Depuis le début du groupe, on est trois à avoir été vraiment impliqués, on est le noyau fort du groupe. On avait changé de bassiste peu de temps avant l’enregistrement donc j’ai fait la basse sur l’album. On a cherché un bassiste pour la scène et on l’a trouvé. Et ça se passe bien donc il va peut-être vouloir s’intégrer dans le groupe pour l’album suivant.

Pour la scène vous aurez un claviériste ?

Non. On joue avec des samples. C’est peut-être une solution de facilité mais c’est déjà compliqué à 3 ou 4 dans un groupe alors à 5 ! La plupart des groupes aujourd’hui n’ont pas de clavier sur scène et utilisent des samples. Tout le monde s’en fout. On vit avec son temps.

Dans quel sens cet album est-il plus ambitieux que les précédents ?

Il est plus ambitieux déjà parce que les morceaux sont plus courts par rapport aux deux premiers, plus courts mais dans un même morceau tu as un concentré un peu de tout notre univers. Il y a énormément de facettes représentées dans un même titre et encore plus dans tout l’album. Parce que chaque titre a un lien avec les autres mais en même temps est différent de celui d’avant et de celui d’après. C’est ça qui est plus ambitieux. De faire quelque chose de plus poussé mais plus accessible aussi, histoire qu’il y ait quand même avant tout une chanson. C’est vraiment ça qu’on voulait. Donner pour le chant. Une grosse musique de base mais avant tout une chanson.

Tu as dit que les titres avaient un lien entre eux. C’est un concept album ?

Pas du tout. Quand je parle d’un lien c’est une ambiance commune.

Parce que les textes sont quand même très sombres, pourquoi ce choix ?

C’est le style d’écriture de Najib. On n’a pas choisi véritablement un thème pour les textes jusqu’à ce que Najib écrive le premier « Red Spring » où il parle du printemps arabe, un sujet pas très gai, un peu d’actualité, le monde d’aujourd’hui qui est complètement fou et finalement, il a enchainé les compos en restant sur des sujets d’actualité qui ne sont pas funs c’est sûr, notamment le morceau du clip, « Exile », qui parle des ravages de l’homme sur la nature. Le titre d’ailleurs « Paradox » c’est un peu ça. Parce que le monde d’aujourd’hui c’est un gros paradoxe. Tu regardes Donald Trump par exemple, c’est un paradoxe. C’est fou ! Un mec comme ça aujourd’hui, un des plus puissants du monde, c’est un paradoxe. C’est un paradoxe aussi que des millions de mômes crèvent de faim pendant qu’on sort des millions d’euros pour le transfert d’un joueur de foot. C’est de la folie, on est dans un monde de déglingués aujourd’hui. Et l’album traite un peu de ça.

De chanter sur ces thèmes, c’est un exutoire ?

Non c’est juste qu’on n’avait pas envie de chanter des conneries pour une fois. Je ne dis pas qu’avant c’était des conneries mais le premier album c’était plus des histoires paranormales, des trucs un peu mystérieux pour s’évader, le deuxième était un peu un concept album avec une histoire racontée et là on s’est dit pourquoi ne pas évoquer un peu ce qui parle aux gens aujourd’hui, de ce qu’on voit tous les jours. Et là Najib n’avait que l’embarras du choix tant les thèmes sont nombreux

 Sur « The badge break », il y a un passage presque jazzy, tu peux m’en dire un peu plus ?

Je dirais que c’est un passage fusion. Il intrigue d’ailleurs ce passage, depuis ce matin tout le monde m’en parle. Parmi mes influences, il y a beaucoup de guitare héros et notamment Greg Oko guitariste de fusion, metal, un peu jazz, qui m’influence pas mal. Steve Vai aussi qui fait de l’expérimental et qui est un peu mon « maître » et ma grosse influence en matière de guitare. Du coup c’est des choses que j’aime jouer ou en tout cas essayer de jouer et j’ai envie de le mélanger au reste. Je crois que c’est aussi pour ça qu’on fait du metal progressif, c’est parce que tous autant qu’on est dans le groupe, on n’aime pas que le metal. Et dans le metal progressif tu peux réunir beaucoup de choses. On aime mélanger mais on garde quand même en priorité le metal dont on aime le côté un peu énervé et grosse guitare.

La guitare est très présente dans l’album, on sent qu’il y a une grande maîtrise de l’instrument mais par moments ça fait presque démonstration tellement c’est technique non ?

Sur le premier album j’aurais peut-être été dans la démarche de montrer ce que je sais faire, sur le deuxième c’était plutôt l’inverse et sur celui là, aucune question, j’ai plus pensé à jouer ce que j’avais envie de jouer. Je me fais plaisir. Je me suis rendu compte que de trop réfléchir ça servait à rien. Qu’il valait mieux réfléchir sur la répercussion de l’album, comment il va être présenté, sur tout ce qu’il y a autour, la production, la pochette, le clip, les agents de promo, le management et que si je prenais naturellement la musique c’était là que j’arrivais à faire quelque chose qui me plaisait davantage.

Un clip a été réalisé pour « Exile ». Pourquoi le choix de ce titre ?

Déjà parce que de toutes les compos de l’album on trouvait que c’était celle qui représentait le plus le groupe, c’est vraiment l’univers de « Stolen Memories », ce côté un peu groove catchy mais très sophistiqué, très futuriste, à la fois puissant mais mélodique. Ensuite parce que le texte avait un côté engagé sur la nature. Ça nous parle peut-être davantage que le reste parce que c’est quand même la base de tout. Le titre du morceau était facile à retenir, tout était là pour que cette chanson soit choisie pour réaliser un clip.



Comment s’est passée la réalisation du clip avec « Block 8 production » ?

Je leur ai donné le morceau avec les paroles, ils m’ont proposé un premier scénario dont je n’étais pas trop fan et au deuxième j’ai accroché tout de suite. On a laissé « Block 8 » gérer de A à Z, ils sont très pros. Ils nous ont montré les lieux de tournage, comment ça allait se passer et on leur a fait confiance parce que de toutes façons moi je ne suis pas réalisateur de clip et c’est comme pour la pochette, à un moment donné tu es obligé de faire confiance sinon c’est pas possible.

C’était votre premier clip ? Vous avez ressenti quoi quand vous l’avez vu ?

Le premier oui. Il y a eu plusieurs jets. Un premier montage juste pour voir le plus gros, on a dit ce qu’on préférait et ce qu’on n’aimait pas, puis un deuxième montage puis le coloriage du clip jusqu’à la version finale. Mais quand on l’a vu oui on était contents. C’est tout à fait ce qu’on voulait. On le trouve assez original et il nous ressemble.

Notre arme absolue pour les démarches aujourd’hui c’est le clip. On a mis les moyens dans ce clip parce que c’est le meilleur moyen aujourd’hui de se faire connaître, c’est vivre avec notre époque. Aujourd’hui tu ne sors plus d’album sans faire un clip. Limite vaut mieux sortir un clip tout seul qu’un album seul. C’est fou, c’est le monde d’aujourd’hui. Je n’en suis pas forcément satisfait je t’avouerai mais il faut s’adapter on n’a pas le choix.

Concernant l’artwork ?

C’est Stan Decker qui l’a réalisé. Là pareil, on l’a contacté, on lui a demandé de gérer tout ça et franchement, on lui a donné le titre de l’album et à part lui dire qu’on voulait quelque chose de moderne et d’original, on ne lui a rien dit de plus. Je ne lui ai pas donné de ligne directrice pour ne pas le bloquer. C’est lui l’artiste je lui ai fait confiance. Comme pour le réalisateur du clip. Je ne voulais pas le bloquer dans un truc. Comme ça au moins le gars exprime tout son talent. Et pour l’artwork comme pour le clip on a été super contents du résultat.

A quel moment de la réalisation de l’album on s’occupe de l’artwork ?

La plupart des groupes attendent que l’album soit finalisé, nous on l’a fait avant. On voulait tellement être sûrs que tout serait terminé en même temps qu’on a pris les devants, présenté l’idée à Stan bien avant et on avait la pochette finie au moment où on rentrait en studio.

Vous êtes restés combien de temps en studio ?

Un mois. Au « Recorded studio », en Haute-Loire. C’est un ami à nous, il nous avait enregistré le premier album. Même s’il n’est pas intervenu dans les compos ou les choix artistiques il avait un certain regard pour tout ce qui est arrangements pour nous amener à en faire plus ou moins par moments, pour des choix de mixage, pour savoir ce qu’on mettait en valeur ou pas. Il a eu son mot à dire et en général il ne s’est pas trompé.

Vous avez fait un peu de scène avant la sortie de l’album ?

Non. On s’est dit que tant que l’album n’était pas sorti, pas de concert. Notre but c’est vraiment de promouvoir l’album et ne pas griller des cartes à faire des concerts qu’on pourrait faire après. C’est déjà suffisamment dur de trouver des concerts aujourd’hui.

C’est dur ? Pourtant il y a souvent deux voire trois groupes en première partie.

Oui très très dur. Et justement il y a peut être trois groupes en première partie parce qu’il y a trop de groupes aujourd’hui. Alors pour essayer d’en donner un peu à tout le monde on fait jouer plus de groupes et moins longtemps je pense. Je me rappelle y a 10, 15 ans quand j’allais voir des concerts, les mecs balançaient deux heures ou deux heures et demi de scène. C’est terminé ça. Même la tête d’affiche aujourd’hui joue une heure et demi et la plupart des groupes jouent 40 minutes. Et le problème c’est qu’il y a tellement de groupes aujourd’hui qu’on se marche les uns sur les autres.

Tu dirais qu’il y a trop de groupes ?

Oui je pense qu’il y en a trop mais ce n’est pas forcément un mal. Je préfère qu’il y en ait trop que pas assez. Au moins y a plus de choix.

L’album sort fin octobre. Vous avez des dates de concert prévues ?

Le 24 novembre, à Décines dans la banlieue de Lyon, on jouera en tête d’affiche pour la sortie de l’album. On va avoir une date à Genève en janvier-février et puis on va voir ce qui s’enchaine, j’espère qu’on en aura le plus possible. Mais c’est le boulot de notre manager de trouver des dates.

Vous réadaptez les titres pour la scène ou ils sont très fidèles à l’album ?

Je fais partie des gens qui, lorsqu’ils vont à un concert après avoir adoré un album, ont envie d’entendre l’album. Après bien sûr de toutes façons c’est pas le même son, y a quelques petites parties où les mecs jouent pas exactement pareil parce que c’est du live, y a moins de chœurs, moins d’arrangements, même si y a des samples tu vas pas mettre tous les arrangements qu’il y a sur l’album. Mais pour moi il faut que les gens retrouvent ce qu’ils ont écouté. Et puis c’est un challenge pour nous donc c’est plaisant aussi parce que ça nous pousse à nous dépasser, à reproduire au maximum ce qu’on a fait et c’est aussi une marque de fabrique dans le style qu’on fait. C’est à dire qu’il faut assumer. Si tu as la prétention de faire un album ambitieux et sophistiqué, si c’est pour arriver sur scène et le massacrer et faciliter plein de choses, ça n’a aucun intérêt. Faut pas tricher.

Vous êtes très satisfaits de cet album ?

Pour être vraiment franc avec toi, il y a quatre ans j’étais ici pour défendre le deuxième album et si on m’avait posé cette question j’aurais répondu oui on est satisfait mais tout en me disant intérieurement que je n’étais pas totalement content. C’est de la promo, tu es un peu obligé de faire de la langue de bois. Mais là vraiment oui, dans ma vie de musicien, cet album est ma plus grande fierté. J’ai vraiment tout donné dessus, je me suis énormément investi, peut-être que je ne ferai jamais mieux mais peut-être que si. On espère sortir d’autres albums par la suite bien entendu mais dans ma vie d’artiste ce qui est sûr c’est que j’espérais un jour atteindre au moins ce niveau. Et il aura fallu attendre le troisième album mais quel que soit le succès qu’il rencontre j’en suis content. Je suis fier de ce qu’on a fait. Najib n’a jamais aussi bien chanté que sur cet album, Antoine s’est surpassé à la batterie mais après c’est le public qui choisit hein ! On n’a pas la prétention d’avoir refait le monde !

Encore faut-il avoir une visibilité pour que le public découvre l’album.

Je pense que le metal est une musique fascinante dans le sens où comme toute musique, il y a des modes, en ce moment par exemple c’est la mode du Djent, j’aime bien même si je trouve qu’ils commencent tous à se plagier mais on a eu pareil à l’époque du power metal, idem pour le thrash. Ce qui est fascinant par contre c’est ce qui relie tout ça. Dans le metal, tu as un public qui n’attend pas qu’on lui propose des choses. Il va chercher l’info, essayer de découvrir des groupes, n’attend pas d’écouter une radio ou d’allumer sa télé pour découvrir. Je suis persuadé qu’il y en a pour tous les goûts quand même grâce à ça. Parce que tout fan de metal qui se respecte a envie de découvrir. C’est une musique de curieux.

Et des curieux assez fidèles dans leur style en plus.

Oui. Le jour où tu bascules dans le metal c’est rare que tu en sortes. Tu as du mal à retrouver quelque chose d’aussi riche ailleurs. Très peu de musiques proposent autant de facettes, autant de diversité et autant de richesse.

Vous avez un public fidèle qui vous suit depuis le premier album ?

Oui on a une petite base, d’ailleurs je pensais même qu’elle était plus petite que ça et je m’aperçois que finalement on a une bonne petite base.

Le mot de la fin ?

Ecoutez notre album, regardez notre clip et venez nous voir en concert !

Un grand merci à Baptiste et à Roger de Replica Promotion !

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