Interview du groupe marseillais Furiapolis le 22 février au Hard Rock Café (Paris)

« Nous sommes persuadés que les groupes français ont un savoir faire « Made in France » dans le Rock au même titre que l’électro française qui s’exporte dans le monde entier. »

Le 22 février, au Hard Rock Café (Paris), Vacarm a pu s’entretenir avec Pierre-Brice (guitare/chant) du groupe marseillais FURIAPOLIS, venu parler de leur premier album « Déesses », pour lequel les Marseillais ont choisi de composer et chanter dans la langue de Molière, entendant bien donner tort à John Lennon lorsqu’il déclarait que « le rock français c’est comme le bon vin anglais, c’est dur à trouver… ».

Le message de FURIAPOLIS est clair : « Le Rock français est vraiment à la traîne, aucun groupe rock chantant en Français ne parvient à dépasser les frontières de l’amateurisme ni même les portes des boîtes de production ! Nous sommes persuadés que nous (les groupes en général) avons un savoir faire « Made in France » dans le Rock au même titre que l’électro française qui s’exporte dans le monde entier. »

 D’où vient le nom du groupe ?

De Marseille. Quand on cherchait un nom pour le groupe on s’est dit que ce serait cool qu’il y ait une référence à Marseille. Comme c’est une ville dans laquelle il y a souvent des meurtres, on s’est dit que c’était un peu la fureur ici. Cité et fureur ça a donné Furiapolis. « polis » comme « cité » en grec et « furia » comme « la fureur ».

Vous avez enregistré 3 Ep avant de sortir votre premier album. Est-ce le passage en français qui vous a permis de franchir le cap du premier album ?

Vouloir composer en français a amené l’album mais pas l’inverse. On ne s’est pas dit que pour faire un album il fallait qu’on passe au français. C’est un vrai challenge de composer en français. Peu de groupes dans notre style de musique chantent en français, on a eu envie de relever le défi. C’est très compliqué de faire du rock en français, notre langue ne coule pas aussi bien que l’anglais. C’est ce défi qui a induit l’album. C’est difficile quand tu écris dans ta langue de ne pas être gnan-gnan. Il faut essayer d’être plus profond, c’est compliqué.

Ce projet d’album en français est né quand ?

Ça s’est un peu fait sur le dernier Ep. On avait une chanson avec les couplets en français « Wheel » et je me suis dit que finalement le français ce n’était pas une mauvaise idée. Sur scène, quand on chante en français on est beaucoup plus connectés avec le public. L’idée est toute bête, je suis allé voir Renaud en concert au Dôme à Marseille. Il a raconté l’histoire de John Lennon qui a dit que le vin anglais c’est comme le rock français, c’est dur à trouver. Quand j’ai entendu ça, je me suis dit, il a raison pourquoi on n’essaierait pas de le faire. J’en ai parlé à mes potes, ils n’étaient pas chauds. Je suis arrivé avec ma gratte acoustique, je leur ai joué « La Cause », dans ma tête l’idée avait germé, j’avais déjà composé, je leur joue ce titre et ils ont été d’accord pour tenter l’album en français. Sur le 3e Ep on avait un titre avec les couplets en français pour lequel on avait eu des bons retours. Les gens nous demandaient pourquoi on n’écrivait pas en français, que c’ était vachement mieux. Il y avait donc déjà une petite amorce et la phrase de Lennon a été le déclic.

Humainement et artistiquement, le groupe a évolué comment entre les Ep et l’album ? c’est le même line-up ?

C’est le même line-up excepté sur le tout premier Ep où on n’avait pas le même batteur. J’ai l’impression qu’on s’est un peu « popisés », au début on était plus metal et avec le temps on a appris à essayer de se calmer et de mettre l’énergie avec parcimonie, c’est-à-dire des moments dans nos chansons où on envoie parce qu’on aime ça, on vient de là à la base et savoir se calmer pour rendre la musique plus accessible. Ce n’est pas vraiment volontaire mais c’est comme ça qu’on a évolué.

Vos influences musicales ?

Nickelback, Biffy Clyro, Foo Fighters, Bukowski. Au départ on était à fond sur System of a Down, on a toujours écouté de la disto à fond mais on est musiciens donc on aime bien explorer de nouveaux univers.

Un mot sur le titre de l’album « Déesses » qui ne correspond à aucun des titres ?

Quand on a composé l’album, on avait une bonne vingtaine de chansons. On en a choisi douze, on a monté l’album et on a commencé à réfléchir à la pochette. C’était en plein « balance ton porc » donc un peu en mode « girl power », on s’est sentis un peu touchés par tout ça, on a décidé de mettre les femmes en avant et on a mis une déesse en artwork. Un mot français pour un album en français, le projet était tout trouvé.

 L’anglais revient quand même dans certaines chansons. Pourquoi ?

C’est purement phonique, c’est qu’à un moment donné t’as beau essayer en français ça fait gnan gnan, moche, l’air n’est pas fait pour le français. Certaines chansons un peu plus anciennes, comme « 007 » qu’on joue depuis un moment, on les écrivait encore en anglais à l’époque. On a donc quelques titres en anglais qui se sont incrustés sur l’album.

Dans vos chansons, de l’humour, des sentiments intimes, des textes plus engagés, quelles sont tes sources d’inspiration ?

Il faut que ça me touche. Je compose d’abord la musique sur une guitare acoustique version feu de bois, un truc brut de décoffrage avec quatre accords et ensuite on fait un vrai travail de composition. Ensuite j’écris les textes. Même pour la musique j’ai besoin d’être touché par quelque chose, ça doit travailler en moi, après j’arrive à sortir quelque chose de musical et je couche des textes dessus. Quand je compose la chanson je sais déjà de quoi elle va parler et généralement c’est cohérent. Avec ces thèmes très divers, tout le monde peut s’identifier.

Le premier titre est séparé en deux parties pourquoi ?

Parce qu’il y a une intro musicale et on voulait la séparer de la chanson. Quand tu vas l’écouter dans ta bagnole, si tu dois te frapper une minute trente d’intro au piano c’est chiant.

Pourquoi faire cette intro si vous pensez que c’est chiant ? (rires)

L’intro est bien, quand tu l’écoutes une ou deux fois c’est cool mais pas si tu dois te la taper à chaque fois que tu écoutes le titre. Je sais pas si tu connais le groupe de rock SOMA. Ils avaient fait une intro à la mandoline et l’avaient coupée et on avait trouvé ça super intelligent.

 

Il y a un titre d’espoir « le vent nouveau ». Tu penses que l’espoir est dans la nouvelle génération ?

Je suis quelqu’un d’optimiste. Je n’ai pas envie de la faire en mode miss France « vive la paix dans le monde » mais j’espère que les jeunes vont être plus ouverts et plus éclairés sur ce qui se passe dans le monde. Aujourd’hui, avec les moyens de communication tellement différents, on a plus de mal à cacher des choses horribles même si ça existera toujours. J’espère que cette nouvelle génération va moins se faire mener par le bout du nez et qu’on arrivera peut-être à un équilibre. Cet équilibre est en progression depuis plusieurs années, on est quand même mieux aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans et j’espère que ça va continuer dans ce sens.

Vous avez fait appel à un financement participatif, ça a marché ?

Ça a grave marché. Avec ce type de financement tu te sens appuyé dans ton projet. C’est un moyen de fédérer et de financer.

C’est une certaine liberté aussi l’auto-production ?

Oui mais avoir 100 % les mains libres ça a aussi des mauvais côtés parce qu’un artiste est parfois tellement borné qu’il ne voit pas le côté business, il est plus du côté show. Pourtant c’est important cette vue sur le business pour avoir un projet cohérent. Tu disais que nos chansons abordent des thèmes différents, que ça part un peu dans tous les sens. C’est parce qu’on a vu ça d’un point de vue artistique. Je pense qu’un producteur qui veut vendre ce truc aurait préféré quelque chose de beaucoup plus cohérent. Il faut donc savoir peser le pour et le contre mais j’avoue qu’on a été super contents d’avoir les mains libres grâce à ce crowdfunding. On a fait le produit qu’on a voulu, on a essayé de ne pas mentir aux gens, on leur a dit que c’était pour faire un album de rock en français. On a des supers retours des gens qui ont participé au financement, ça justifie un peu ton taff. Ils sont d’ailleurs tous cités dans le livret de l’album.

L’album a été enregistré au Deven Prod Studio à Vernègues. Que vous a apporté Laurent Saulus ?

Laurent Saulus a enregistré nos deux premiers Ep, il nous connaît bien. Quand on a décidé de faire cet album, il n’y avait pas d’autre choix possible que d’aller chez lui. Il nous conseille énormément, donne son avis sur les chansons, sur certaines structures, reprend quelques parties et nous donne des idées pour le rendre parfois un peu plus funky.

Pourquoi le rock français ne décolle pas selon toi ?

C’est une bonne question. Je ne sais pas. On a fait des vidéos pour lancer le crowdfunding dans lesquelles je conseille aux jeunes d’aller dans les MJC. Il y a des concerts de rock partout avec des groupes qui ont un vrai potentiel, les studios de répète sont blindés de groupes de rock, tout le monde joue du rock, tout le monde écoute du rock et pourtant ça ne passe pas à la radio. La seule explication que je peux te donner c’est que je pense qu’aujourd’hui les majors du disque n’ont pas un réel intérêt à faire ça, il n’y peut-être pas assez de pognon à se faire.

Tu ressens quoi quand tu écoutes cet album ?

De la fierté !

Un grand merci à Pierre-Brice de Furiapolis et bien entendu, à Roger de Replica.

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