Interview de NAVARRE : « Il est hors de question de voir ma passion pour la musique s’éteindre. »

A quelques jours de la sortie de Eurotrash Summer, son premier album solo, Jérôme Coudanne, qui se cache sous le nom de NAVARRE, a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avoir décidé de faire un projet solo après avoir joué pendant des années avec Deportivo ?

Je n’avais jamais pensé à me lancer dans un projet solo. Mais Julien, Richard et moi n’avons pas réussi à nous retrouver tous les trois ensemble, ces deux dernières années. C’était donc compliqué d’envisager un album pour Deportivo. Mais, avec ou sans mes deux potes, ma passion est d’écrire des chansons. NAVARRE est donc né de ces compositions. Sans préméditations.

Est-ce que ce n’est pas trop déstabilisant de porter un projet en solo quand on a l’habitude de jouer et de fonctionner avec un groupe ?

Je suis souvent assez seul lorsqu’il s’agit de composer la base d’une chanson. A vrai dire, ça n’a pas beaucoup changé de d’habitude. Seulement, cette fois, j’ai fait appel à Stéphane Briat pour co-réaliser et mixer l’album. L’idée de base était de conserver le côté « fait maison » de mes enregistrements. Après, quand mes prises étaient trop peu soignées, on a fait appel à des potes à nous pour rejouer ça plus soigneusement. Ensuite, on a pensé que ça pourrait être pertinent de faire arranger 3 ou 4 titres de l’album par d’autres personnes. Ça participait à l’idée de ne pas tout contrôler et donc de laisser la place à l’étonnement et à la surprise. Stéphane a donc sollicité Dodi El Sherbini, Lucien Krampf et Ricky Hollywood qui ont chacun participé aux arrangements de certaines chansons. Comme ce sont des musiciens talentueux, ça a été, à chaque fois, de belles surprises. On est très rarement complètement seul, même dans un projet solo.

Peux-tu nous expliquer pourquoi avoir choisi le nom de Navarre ?

J’ai choisi NAVARRE car c’était le nom de ma grand-mère. Je trouve que ça sonne bien et ça représente aussi un trait d’union entre l’Espagne et la France.

Eurotrash Summer n’a rien à voir avec ce que l’on avait l’habitude d’entendre avec Deportivo. L’album est très electro et les boîtes à rythme ont remplacé la guitare. Pourquoi ce changement de style ?

Simplement parce que le piment de ma vie c’est l’émerveillement, l’étonnement. Seul le changement peut apporter ça. C’est la manière que j’ai trouvé de respecter ma passion pour la musique. On peut faire un parallèle avec un couple. Il faut savoir laisser une place à la surprise sans quoi on s’ennuie et l’amour risque de ne pas résister longtemps. Il est hors de question de voir ma passion pour la musique s’éteindre. C’est l’une des deux ou trois choses les plus précieuses dans ma vie. Je suppose aussi que je suis un mec curieux et que c’est dans ma nature de vouloir découvrir de nouvelles choses et ça se ressent dans ma musique au bout d’un moment. J’aime rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits. Et puis j’aime faire des choses dont je ne me sentais pas capable.

Mais le changement est aussi guidé par l’instinct. Mon instinct est mon instrument de prédilection. J’ai beaucoup travaillé à savoir écouter ce qu’il avait à me dire. Parfois je ne parviens pas à l’entendre mais quoiqu’il arrive, je tends l’oreille.

En commençant à travailler sur cet album, je savais où je voulais aller avec ce disque. Je voulais essayer de faire quelque chose de singulier. Mais les circonstances, les contraintes, le lieu et mon évolution personnelle ont encore une fois décidé de la route à prendre pour y parvenir. Il faut savoir jouer avec le matériel qu’on a à disposition, par exemple, même si c’est le minimum. Il faut savoir accepter ses limites et valoriser les accidents. Il faut savoir apprécier l’inattendu et le fait de ne pas tout contrôler. Bref, le changement est issu de tout ça.

 

Les réactions des fans de Deportivo ont été très partagées, entre ceux qui n’accrochent pas et ceux qui continuent de se retrouver dans Navarre. Qu’en penses-tu ?

Je ne sais pas. Peu importe. Je ne fais de la musique que pour le pur plaisir que j’ai à la composer. Mais bien sûr, je suis content quand les gens aiment bien. Mais quand les gens n’aiment pas, ce n’est pas mon problème.  D’ailleurs, je n’ai pas fait ce disque pour avoir du succès. J’ai fait ce disque pour essayer de proposer quelque chose de singulier et inspirant. A travers ce disque j’essaie de jouer avec les codes du vide ambiant mais d’y donner un peu de fond. Avec Stéphane, on a joué avec les codes de la musique Eurotrash, celle des campings et des karaokés, comme sur les chansons « Comment fait-on ? » et « Eurotrash Summer ». Ça nous semblait cohérent avec le propos de l’album.

Peut-être que mettre en avant une chanson comme « Comment fait-on? » en deuxième single n’était pas très malin. Elle n’est pas très représentative de l’humeur de l’album. Mais, même ça, ce n’est pas grave. Ce qui m’importe c’est l’album, les chansons et le voyage musical que je tente de proposer, dans son ensemble.

Mais oui, aujourd’hui, il faut du contenu et aller vite. Et internet n’est fait que de contenu et de vitesse, ce n’est pas très compatible avec le sens ou le fond. Je ne veux pas être trop complice de ça, du vide. J’espère que les gens qui achèteront le disque apprécieront l’expérience et le voyage. Dans mes rêves, j’aimerais qu’ils puissent découvrir ce disque avec la pochette entre les mains…

Tu as passé un moment à Barcelone pour écrire Eurotrash Summer. C’est une ville qui semble avoir joué un rôle important dans l’album, comme le montre « Radio Bogatell » par exemple. Pourquoi as-tu choisi cette ville ?

Simplement parce que je voulais quitter Paris. J’aime beaucoup Lisbonne et Berlin mais je ne connaissais pas Barcelone. J’avais besoin de changement, de nouveauté et d’une ville en bord de mer. J’avais envie de ciel bleu et de douceur de vivre. Voilà. C’est devenu ma ville préférée, après Rio, peut-être. J’adore Barcelone. A Paris les gens sont tous bien habillés mais ils vivent dans des appartements de 15m2. Au bout d’un moment, cette promiscuité permanente te fait détester tes voisins. Barcelone m’a rappelé que l’on pouvait être gentil et poli avec des inconnus. Que l’on pouvait passer une journée sans avoir envie de taper sur quelqu’un. J’ai vécu des choses fantastiques à Paris mais il était temps de changer, pour un moment.

La chaleur de la ville et la torpeur ont influencé grandement l’humeur du disque et le tempo des chansons. Les choses vont beaucoup moins vite dans la chaleur.

Quand tu parles des textes ou de l’ambiance de Eurotrash Summer, tu parles beaucoup de la fin d’une période. On ressent d’ailleurs une certaine tristesse et une noirceur dans tes textes, comme par exemple dans « Banlieue Vortex Club » ou « Ma Colère ». Peux-tu nous dire dans quel contexte tu as fait ce disque ?

Le disque parle de fin d’époque, d’une manière générale et aussi plus personnelle. Juste avant de mourir, mon pote Owen Stewart bossait sur un documentaire basé sur le travail de Oswald Spengler, dans lequel il s’agit de déclin de civilisation (The Decline Of The West). Je n’ai pas lu Spengler, ceci dit. Mais je suppose que j’ai voulu rendre hommage à Owen à travers cette idée de fin d’époque et mon interprétation de cette idée. Ça a coïncidé avec beaucoup de petites fins personnelles, aussi.

« Banlieue Vortex Club » est une chanson qui décrit mes 17 ans. Et j’ai volé les paroles de chansons que j’écoutais à l’époque. Notamment Miossec avec «non,  je ne suis plus saoul » et Nirvana aussi avec « tous les soirs ma mère mourrait ». Toutes ces phrases avaient alors une résonance dans mon existence.

C’est un peu déstabilisant quand on écoute l’album d’avoir ce décalage entre les paroles et ce son electro plutôt festif. C’était voulu ?

Ça s’est fait en parti de manière inconsciente. Mais ça représente bien mon état d’esprit du moment et le contraste entre la noirceur qui enveloppait le monde et ma vie à ce moment-là et la douceur de vivre, les palmiers, la mer et le ciel bleu de Barcelone.

 

La chanson « Mon Nom » n’a pas de paroles. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

C’est une reprise de Rodrigo Amarante. J »ai beaucoup écouté cette chanson à une époque assez sombre. Elle m’a accompagné. Il me semble qu’elle est presque devenue la bande originale de cette époque de ma vie.  Stéphane Briat et moi avons donc décidé d’en faire une vrai B.O. De toute manière, Amarante la chante superbement, avec son merveilleux accent brésilien et je n’aurais jamais pu l’interpréter aussi bien.

La pochette de l’album reflète bien l’ambiance de Eurotrash Summer : un mélange de soirée festive, sous les palmiers, et d’obscurité, voire de noirceur. Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Gustavo Torres ?

J’ai toujours aimé les peintures de vanités. Ça a toujours eu un effet positif sur moi. Ça renvoie à l’éphémère et ça me rappelle de ne pas négliger mes rêves ou mes envies et à ne pas m’encombrer de mauvaises choses, de mauvais sentiments. J’aime particulièrement les vanités de Richter ou de De Champaigne et ça m’amusait de réactualiser ça. Humblement.

En me baladant sur internet, je suis tombé sur le travail de Gustavo. Il m’a semblé que ça collait parfaitement aux propos de mon album. On a travaillé à distance. Je lui ai envoyé les thèmes de l’album, les symboles que je voulais voir apparaître sur la pochette et il m’a renvoyé plusieurs propositions. J’ai choisi celle-ci car elle représentait parfaitement le contraste de sentiments et d’images qui m’a accompagné pendant la composition du disque. Entre palmiers et funérailles, entre ciel d’été et fin d’époque.

Les premières dates de concert sont tombées. A quoi doit-on s’attendre sur scène ?

Ne vous attendez à rien et vous passerez un bon moment. Ces dernières années, j’ai vu beaucoup de concerts où les musiciens, et le chanteur en particulier, sont plus G.O. du Club Med que vecteur d’émotions ou de culture. C’est la seule chose qu’on évitera de faire. Les gens qui viennent aux concerts de Deportivo ont toujours eu la responsabilité de faire comme bon leur semblait. Et, avec NAVARRE, je ne changerai pas ça. Le monde passe son temps à nous expliquer ce qu’il faut que l’on fasse et comment se comporter. Les concerts de NAVARRE doivent rester un espace de liberté. J’ai toujours ressenti plus de plaisir à voir une audience bordélique et anarchique qu’un public qui danse du même pas.

Vous pourrez retrouver NAVARRE en concert au mois de mai 2017 : le 5 à Bordeaux, le 6 à Niort, le 9 à Lyon, le 10 à Lille et le 11 à Paris.

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