Interview de Jonaz (Juin 2008)

Salut Jonaz, qui es-tu ? Peux-tu te présenter ?

Bonjour les lecteurs. Moi ? Je suis Jonaz. Avec un juste un « z » à la fin. Je fais du « punk’n rap » sauce électro kitch. Je braille des textes sur des boucles que je fais avec mon ordinateur. Et sur scène, je le fais en courant et au sautant partout ! Mes textes sont drôlement engagés. On dit que je fait du rap « décalé », « dégagé », « sincère ». Moi j’en sais trop rien, c’est pas mon métier de faire de la musique. Dire ce que je fais c’est un autre métier et j’ai pas de BTS « analyse de musique ».

Je viens du punk, je suis passé par le « post rock », je faisais de la basse avant.Sur scène je suis tout seul. Je donne un truc assez brut, peu formaté, sincère et énergique. J’écoute un peu de tout. Ce qui me branche dans la musique, c’est tout sauf la musique : la pêche, les tripes, le charisme, l’engagement, la sincérité, les dérapages. Je déteste les chanteurs qui chantent trop juste, les groupes qui jouent trop dans « un style », la chanson française qui roule les « r » et de manière générale la démagogie trop systématique.

J’aime bien les gens qui ont des trucs à dire, qui apportent du nouveau. Je déteste les « fonctionnaires de la musique », les trucs trop calibrés et les études de marché. J’aime les gens engagés, qui se mettent en péril parfois. On m’a dit un jour que je faisais un truc de niche et que ça ne marcherait jamais avec le grand public parce que c’était parfois trop complexe. Je n’aime pas ce discours. Je trouve que c’est prendre le public pour un chien. Les gens qui tiennent ce discours ne l’ont pas rencontré je pense.

J’aime le jazz engagé, pas celui de maintenant avec la reverb sur la guitare et la chorus sur la basse. Je comprends rien à l’art pour l’art. J’aime pas le joli juste parce que c’est joli : ça me fait vomir. J’aime les émotions fortes en concert. Globalement cet échange, donner et recevoir.

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Le prophète, Didier Super, a déclaré que "La musique est peut-être la seule branche artistique où il y a des mecs capables de voter à droite". Tu as voté pour Sarkozy, c’est ça ?

Didier Super tu disais ? C’est quelle religion ? Je ne connaissais pas ! Sarko, moi non, Ségo non plus d’ailleurs. C’est vrai que le monde de la musique a tendance à être super capitaliste et que ça peut être tentant pour certains (pour les artistes qui roulent). Je crois que le public lui y perdrait un peu, puisqu’il n’aurait plus accès aux trucs pas rentables qui sont super subventionnés et qui sont souvent les plus créatifs, en tout cas les moins « calibrés ».

On y arrive de toutes manières, la Drac cesse de subventionner beaucoup de lieux, les musiciens « smicards » comme moi vont bientôt plus avoir de lieux où jouer. Comme on est trop petits pour louer des salles et faire payer 20€ l’entrée, on jouera dans les bars, au black souvent à nos frais. Donc on devra trouver un boulot pour payer le loyer, donc on aura moins le temps pour faire des concerts…

C’est qui qu’a voté pour lui déjà ? En tout cas les manifestations contre le désengagement de l’Etat dans la culture laissent les gens indifférents. C’est vrai que c’est moins important que le pétrole. Ceux qui n’auront bientôt plus le choix en concert qu’entre Sardou, Pagny et Garou a 40€ la place. De la merde, mais en plus de la merde chère (un peu comme le Mac Do, ou l’UGC,  parce que la médiocrité, je comprends le concept, mais au moins qu’elle soit bon marché) !

Après il y a l’alternative des squats. C’est illégal mais ils ont le mérite de fonctionner en marge des subventions, donc de ne pas dépendre d’une  politique de subvention ou non. Il y a que les expulsions qui les concernent. Malheureusement je pense qu’avec notre président on est mal barré de ce côté-là aussi. Au moins ça rendra des gens de la Sacem plus simples !

Tu es plutôt du genre à te taper un fou rire ou à pleurer en regardant notre Président prononcer un discours ?

Fou rire non. Chirac me faisait bien rire. Il avait une tessiture vocale qui correspondait bien au personnage. Son timbre évoquait l’arnaque. Son nom aussi. Ça m’a fait plaisir récemment lorsqu’il a proposé un discours pour l’ouverture d’une fondation pour la culture universelle (ou un truc du genre) au bidule du quai Branly (là où il y a le musée de la colonisation). Le type on sait que c’est un gros voleur, qu’il devrait être en prison. Mais on sait qu’il va s’en sortir quand même avec un gros baratin. Chirac nous faisais vraiment marrer, c’était là sa force et son principal levier. Tout le monde a voté pour lui parce qu’il nous distrayait. C’était l’ère du président bouffon !

Pour Sarko c’est plus de la fascination. J’ai passé du temps à enregistrer ses discours, au départ pour les samplers, et au final pour essayer de décortiquer ses mots, sa diction, sa structuration. Il a un vrai talent d’orateur. Un subtil mélange de démagogie,  de fermeté, de simplicité. Il sait rebondir en improvisant. Lui son levier, c’est pas le comique à la Danyboon. C’est quelque chose de plus complexe. Il a percé en politique, mais ses talents d’orateur l’auraient fait percer en Slam aussi par exemple. C’est une drôle de forme de séduction mais c’est de la séduction.

Il a su imposer un style assez intelligent et je comprends son succès. D’autant que les gens de l’opposition campaient sur le style de l’avant-guerre, alors que notre (futur à la bonne époque) président importait directement la nouvelle technologie des States.

J’ai toujours été intrigué  par les vieux renards de la communication. Ces politiciens qui ont du bagou et qui se sortent de chaque situation sans problèmes dans un débat… Là où moi j’ai un discours plutôt passionné, parfois bancal. Eux aussi sont parfois bancals, mais ils ne le font pas souvent paraître.

Après sur le fond, oui, ça fait flipper. La gauche aussi d’ailleurs (un peu moins mais quand même). Pour l’avenir du monde, je ne préfère même pas y penser, c’est pour ça que je ne pleure pas.{multithumb thumb_width=450 thumb_height=320} 

 Jonaz

 C’est qui qu’a voté Sarko ? T’as l’air aussi paumé que moi sur le sujet, t’as une hypothèse ? Tes fans t’ont apporté des éléments de réponse ?

Une fois un type est venu me voir à la fin d’un concert. Il a super accroché au bidule, et il était super sympa. Il m’a dit, par contre, « moi, je dois te dire un truc, j’en suis désolé, mais j’ai voté Sarko ». Discussion politique de comptoir. « Oui, tu comprends, moi, le PS, Ségolène, ils m’ont pas convaincu, j’ai voté un peu au pif et c’est donc tombé sur Sarko ». Moi au second tour, dans la même situation, j’ai voté blanc.

On nous bassine avec ce semblant d’engagement depuis le Mondial Chirac / Le Pen. Même les plus rebelles disent d’aller voter ! De s’engager. Le vote blanc c’est aussi un engagement. Peut-être que c’est d’ailleurs un moyen de faire avancer la démocratie là-dessus aussi. Voter « contre » c’est la fin de la démocratie.

L’engagement ce n’est pas que voter. C’est trier ses déchets, c’est boycotter certaines marques, ça peut aller jusqu'à crever les pneus des 4×4 ou les brûler. C’est des choix de carrière, de consommation, de comportement. On nous bassine avec ça parce que c’est le mode de voter à la mode, c’est comme ça qu’on élimine les gens à la Star ac’. Sarko c’est loin d’être un jeu (quoi que parfois…).

Une autre fois je faisais cette chanson dans un bar. Ça mettais les gens mal à l’aise. Je pense qu’il y en avait dans le groupe. Il s’est instauré un micro sujet tabou. C’est rigolo quand même dans certains milieux d’avoir honte de ses choix de société. Moi, par exemple, je n’ai pas honte de mes idéaux, c’est même plutôt ça qui me porte. Après c’est peut être que dans le milieux des concerts, mais c’est vrai que, si je ne sais pas encore qui c’est qu’a… , je peux affirmer qu’ils l’assument pas vraiment.

La spécialité des médias, c’est de mettre les artistes dans des boites. Tu te sens proche de quels artistes ? On peut te rapprocher de qui ?

Une de mes grosses claques c’est le chanteur vidéaste artiste performer Jean Louis Costes (www.costes.org) mais je suis loin de lui. Lui c’est un vrai artiste majeur de notre époque,  « jusqu’au boutiste » avec une carrière exemplaire d’honnêteté et de cohérence.

Dans la musique, on n’est pas vraiment des artistes. Certains parlent de « showbizz » car on produit de l’art qu’on transforme aussitôt en « produit ». Pour les petits, comme moi, on est proche de l’artisanat. Et donc dans l’artisanat, il y a les imperfections, le « do it yourself » qui fait un truc façonné « à la main ».

On me parle de Super, Stupeflip, les Svinkels, les Wampas. J’aime bien ce que font ces gars. Je ne suis pas sûr parfois d’être conscient d’être proche d’eux. Mais, l’idée de comparaison m’honore car j’aime bien ce que font ces gens. Je crois qu’on associe vite un style de trucs « décalés ». ça y est, l’étiquette est crée depuis les pionniers. Après, ça c’est que de la forme. J’utilise moi aussi cette forme. Après, pour le contenu, on a tous des propositions différentes et personnelles. Donc, si on me rangeait dans une boite. Ce serait du « décalé ». Mais bref, si on doit retenir une influence pour « ceux qui savent » dans mon bordel, écoutez et creusez l’œuvre musicale de Jean Louis Costes. Et puis même si vous ne voyez pas le rapport (parce qu’on est assez loin), vous aurez découvert un artiste majeur de notre époque.

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Si tu devais imaginer un monde qui correspond à ta musique, ça ressemblerait à quoi ? Peux-tu nous le décrire un peu ? (quelle(s) matière(s) ? quelle(s) couleur(s) ? quelle(s) forme(s) ? quel(s) habitant(s) ?….)

Sans héritage. Où on n’a pas le droit de posséder plus d’une maison par personne. Où les automobilistes payent une amende pour chaque place vide dans son véhicule quand il se déplace. Où on produit localement. Où la pub est surtaxée (même pour les disques), voir interdite, où les journalistes doivent au minimum savoir lire. Où on fixe un salaire maximum. Où les progrès technologiques ne servent plus à produire plus, mais à travailler moins. Où pendant ce temps on a accès à d’autres activités. Bref, un truc de babos parfois extrême gauche, c’est la mode.

Pour arriver à ça, dans l’état actuel des choses, faudrait que je sois un dictateur pour imposer ma vision des choses. Un monde où on connaît son voisin. Où on partage ses objets, donc on met en commun et on possède moins. Où on paie dignement les retraites de ses anciens combattants, où les grosses entreprises respectent les lois. Un monde où je suis numéro un au Top 50 sans qu’on me voie à la télé. Un monde où y a pas de télé d’ailleurs. Ah oui, aussi, un monde où y a pas de disque, où la musique se joue que live, où y a plein de musiciens live partout, à domicile ou dans la rue. Où tout ça c’est pas spéculé mais ça garde une simplicité du quotidien. Retour à l’artisanat, aux troubadours.

Dans ta biographie, on te qualifie d’artiste entre punk et rap à « l’anticonformisme protéiforme » qui a recours à des « délits verbaux ». Quel fut ton acte le plus anticonformiste ? Tu t’es déjà pris un PV pour outrage à agent de la fonction publique ?

J’ai été tellement traumatisé par les contrôles au faciès étant ado que je n’ai même pas imaginé commettre un crime. Le fait de sortir de chez moi sans ma carte d’identité me met mal à l’aise… Le conformisme, y a les lois d’en bas (la police et Sarko) et celle d’en haut (Dieu pour ceux qui y croient, ou celles qu’on s’impose). Les lois d’en haut sont parfois plus restrictives que celles d’en bas, et parfois plus injustes. C’est contre celles que je trouve injustes que je « me bat ». En fait juste ce conformisme me gonfle. En tant que public, il m’endort. Le conformisme sort des cerveaux (malades) de gens qui font des études de marché trop théoriques.

Pourquoi les chanteurs français roulent tous leurs « r ». Pourquoi les rockeurs à mèche chantent en anglais ? Pourquoi le rap parle toujours de la même chose. Pourquoi une idée « originale » est plus dure à « vendre » qu’une idée déjà assimilée. Est-ce que la distraction rime toujours avec « bêtise ». Pourquoi les chansons « à boire », ou « à fumer », ou à « rigoler » fonctionnent mieux que les analyses plus poussées du monde dans lequel on vit ? (même avec de l’humour).

Les études de marché sous estiment le public et le prennent vraiment pour quelqu’un de simple. Au final, il prend l’habitude de cette béatitude et il va aux concerts comme on va à « Disney land » : en laissant son cerveau à la maison. Moi, je veux juste déclencher des discussions, des réactions, un truc qui sort un peu plus du contexte « consommation béate ».{multithumb thumb_width=450 thumb_height=320} 

 Jonaz

Ton album critique d’une manière acerbe les médias, directement ou indirectement. Tu as multiplié les actions promotionnelles sur le web. On peut même dire que ton single « Cékika (voté Sarko) » a créé le buzz. Internet représente-t-il le seul espace médiatique encore accessible pour un artiste indépendant ?

Internet est un outil super qui permet à tout le monde de montrer des informations et à tout le monde de les voir. La technologie est arrivée à une certaine maturité et on peut lire un peu tout (du son, du film, il manque que l’odeur, je crois que pour beaucoup c’est un avantage…). Pour un média il est aussi accessible à tous. La limite, c’est que, au début, tout le monde s’y est mis et au final, on fini quand même par retrouver la même hiérarchie que dans les autres médias : si tu as le budget, tu te paies la pub sur MySpace et puis tout le monde va venir voir ta page. Avec un budget tu te paies une équipe de « friend adders » ou de marketing viral et plus de monde ira voir ta page. De manière artisanale et « do it yourself » c’est plus dur. Heureusement, certains arrivent à passer au travers des mailles du filet (là où c’est peut être plus dur sur les autres médias puisque Internet est encore en train d’explorer ses différents moyens). C’est le seul choix, quand on n’a pas accès aux médias, pour mettre des choses à disposition. Donc, pour cet outil, c’est bien. Après, pour la couverture, et la visibilité, le fonctionnement ressemble de plus en plus aux autres médias.

C’est un média moderne que tu considères comme essentiel à ta manière « Do it Yourself » d’aborder la musique ?

Le « do it yourself » n’est pas vraiment un choix. C’est une sorte de fatalité. On fait ça parce que sinon on fait rien. Je cours ne pas après Universal, mais disons que si j’ai des partenaires qui me proposent un truc acceptable par rapport à mes principes, je serais ravi que des gens m’aident. En attendant, je vais pas dormir et attendre ce rêve. J’avance avec les moyens que j’ai. Internet est un bon outil pour distribuer de l’info. Après, en spectacle vivant, faut pas oublier que le média c’est le spectacle. Celui là ne sera jamais racheté. Un concert, devant 100 personnes, ou dix concerts devant 10 personnes, c’est transmettre au gens directement un truc, une émotion, un discours. Ça c’est la chose la plus indispensable, et ce sera toujours plus fort qu’un mailing en terme de trace (négative ou positive).

La scène, ça représente quoi pour toi ? C’est le meilleur moyen de s’exprimer ? Tu veux diffuser un message ou juste t’éclater ?

Le disque c’est pour moi un polaroïd. On bosse d’autres choses, un peu plus la production puisque il doit tenir la route sur plusieurs écoutes, dans différentes conditions d’écoute. Le concert, c’est pour moi le but de ce que je fais, et donc c’est en regardant les gens dans les yeux que je transmet mes chansons. En concert, c’est plus difficile de bluffer, et c’est sur scène que je fais mon métier : transmettre des émotions. C’est comme ça que je m’éclate. Dans ces émotions, il y a des messages. Je pense pouvoir m’exprimer ailleurs que sur scène, mais disons que sur scène c’est là qu’on peut donner un truc plus fort. Une communion entre le fond et la forme, le corps et le verbe… J’adore faire ça, après c’est pas le seul mode d’expression et d’engagement, et ça reste un spectacle. C’est carrément moins important en terme d’engagement que le tri sélectif, ou la désobéissance civique. La scène a donc des limites.

Sur scène, tu es toujours habillé en costard blanc. Pour le prochain album, en bon punk, tu penses le troquer contre un perfecto et des santiags ? Tu as déjà commencé à réfléchir à un nouvel album, justement ?

Oui, j’ai piqué le blanc du jogging Lacoste propre au rap. Je l’ai mis sur un costume col Mao débraillé un peu rock. J’adore les codes vestimentaires. Quand je faisais du rock, j’avais une casquette et des habits larges. Je ne me sens pas trop en perfecto avec la banane. Mais pourquoi pas (même si je trouve les santiags un peu ringardes).

Pour le nouveau disque, j’y travaille. J’essaie d’aborder un format plus long et un fil plus « conceptuel » dans la longueur. Je pense garder une part de cette facette actuelle de faire évoluer les musiques la guitare mais je n’ai pas encore exploité ces outils dans Jonaz. Ca ne devrait pas tarder. J’ai aussi envie d’explorer sur scène des trucs encore plus « live », dans le sens « joué » pour la partie musicale… mais c’est pour l’instant top secret.

Le concept de Jonaz, c’est que je n’ai pas de limites au niveau musical. Pour l’instant le côté electro cheap brasse déjà un peu, mais est assez simple et j’utilise qu’un seul outil (le sample, les synthés et l’ordinateur). Il n’est pas du tout fermé et pourra très bien donner un jour un combo « punk rock » basse / guitare / batterie, et le lendemain, une formule piano / slam, pourquoi pas. La musique est juste un support aux chansons et aux textes…

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Tu sembles être quelqu’un engagé politiquement et socialement. Pourtant, ton album reste très divertissant. Tu aimerais écrire des chansons plus longues qui mènent à une réflexion plus aboutie ou tu préfères ce format plus conventionnel ?

J’aime bien l’engagement (et je trouve que trop de groupes en manquent, et servent des trucs de pure « distraction » sans rien derrière), je n’aime pas l’art pour l’art. Je n’aime pas la morale non plus et les concerts où on se croit à la messe, où le rappeur sur scène à la casquette du « chef », et qu’il dit « répétez après moi ! ». J’aime bien les stratèges, les militants sans qu’ils ne débordent du côté trop extrémiste. Je suis engagé, mais j’assume mes compromis. Je dis dans certaines chansons que je suis contre la voiture (escargot) mais je l’utilise quand même pour faire des concerts. Je suis donc mal placé pour mettre le spectateur en situation de coupable. Je m’intègre donc avec lui pour dire « on est tous des nazes ».

Pour le format, pour l’instant, ce format « tube skyrock » m’est venu naturellement. Je viens pour mes dernières expériences en post rock, de groupes où l’on faisait des chansons instrumentales qui duraient des heures. J’ai dû saturer de ce format pour en revenir au côté punk bourrin qui attaque dans le vif. Mais je m’améliore. Je prévoie quand même pour le prochain album des parties plus longues, plus instrumentales par moment, pour laisser respirer et laisser les idées monter en musique. Le format court tient la route dans un disque super court, pour la découverte (comme mes deux premiers). Pour un truc plus long on arriverait a saturation…

Dans « V(end)u à la Télé », tu juges que les médias verrouillent les débats pour créer des discussions consensuelles à forte audience. Je te laisse autant d’espace et la forme que tu souhaites pour nous parler des sujets qui te tiennent à cœur … A prendre ou à laisser !

Je ne suis pas un grand orateur, et on risque vite de sombrer dans la politique de comptoir. Je ne serais pas à la hauteur pour tenir un argumentaire politique ou socio économique. J’ai, comme tout le monde, des idéaux plutôt instinctifs. Après, dans mes chansons je ne tiens jamais des points de vus tout noirs ou tout blancs. Le but est de donner des idées plus ou moins complexes pour générer une discussion ou une réflexion.

Pour Sarko, je dis pas il est naze ce type, j’estime que mon point de vu ne regarde pas vraiment les gens, en tous cas que ça a rien à voir avec mes chansons, et que dans les chanteurs « de gauche » tout le monde le dit, et que le public aussi donc que ça peut même être vite démago (finalement la même chose qu’on peut reprocher à Sarko). Moi je dis, « c’est qui qu’a ». Là où on vit dans un monde avec un semblant d’unification mais beaucoup plus partagé. Là où on est dans une individualité rassemblée. Des courants de trucs bien pensants selon les milieux (dans les zikos, à mon niveau, il est bien pensant de ne pas voter Sarko). Du coup le thème de la chanson, même si elle est simple et répétitive, va au-delà de Sarko. Il est juste un exemple. Parfois, devant certains publics, elle crée la discussion. C’est le but de beaucoup de chansons en général. On part sur un sujet simple, et on l’élargit (si on veut) à un sujet (plus) intéressant.

Le problème de beaucoup de médias, c’est que, si cette chanson Sarko fonctionne, ils ne retiendront que le côté « anti sarko ». C’est comme quand je joue la chanson en public, y a les gens qui discutent, y a les gens qui écoutent, et y a les gens qui sont un peu de gauche, qui sont bourrés et qui sont là pour faire la fête. Ils n’écoutent pas grand-chose et captent l’intention globale. Ils sont très enthousiastes (ça fout la pêche aux concerts et c’est une lecture possible de Jonaz, mais pas la seule). Une partie des médias (tout support confondus, le web aussi,…), c’est comme des gens bourrés : ils ne retiennent que les discours simple(iste)s, même s’ils sont tous différents et que certains vont au-delà de ce côté benêt (comme vous, par exemple, pour être démago).

Globalement, le problème, c’est le temps de parole. Comme ils sont concentrés pour la plupart à vendre de la publicité, déjà, le contenu doit correspondre à une cible « marketing » (pour servir d’arguments pour vendre la pub aux annonceurs), ensuite, l’espace de « presse » est bien réduit par la publicité, ensuite, l’expression est parfois faussée (ben oui, si je t’achète de la pub tous les mois, je suis un bon client, donc si tu parles pas de moi dans ta partie presse tu risque de perdre un bon client)… Du coup il ne reste plus trop d’espace et de temps pour l’analyse.

Dans la presse d’info, (et là c’est plus grave quand même), on lit les dépêches de l’AFP, les déboires people de notre président, et on oublie de parler de la Corée du nord ou du reste du monde. Le JT, il est mort depuis belle lurette, il est devenu un magazine assez vulgaire. Après c’est sympa cette question, mais bon, y a pas grand-chose comme discussion si je suis tout seul à parler. Le monologue, ça m’intéresse moyen. Je le fais déjà dans mes chansons. Ce qui est intéressant, c’est la contradiction, ou l’évolution des idées.

Alors comment faire pour prendre et ne pas laisser filer cette occasion inespérée de prendre la parole ?

Je pourrais essayer de te prendre au jeu et de tester les limites, les chartes étiques de votre site web pour voir si vous me publiez quand même. Non, trop risqué, et trop fatiguant. D’autant que j’ai un discours assez simple qui est assez loin des problèmes de censures. Ah si, dans les médias la place pour mettre les infos a une certaine valeur je pourrais tester votre publication sur un truc neutre : laisser des feuilles blanches. En plus sur Internet ça ne coûte rien, c’est que des espaces et ça ne correspond pas à du papier gâché. Ça ne correspond pas à une charte éthique, mais plutôt économique : on va voir si vous êtes des vendus… Bon, alors après ce mot je laisse 46 feuilles blanches et on se retrouve après. (là je parle en Word, sur le web, ça fera l’équivalent de 46 écrans blancs en scroll, un coup à faire pester votre webmaster)…

Un dernier mot ?

Voilà merci pour cet interview et à bientôt sur www.personnekiffe.com. Ah oui et excusez moi pour les fautes de français, je suis nul en orthographe. Mais bon, sur Internet on est habitué aux fautes de syntaxe.

Jonaz, Merci pour ta disponibilité et ta sincérité !

Erwan Le Nagard

Fondateur du site, épris de passion pour le stoner. Le monde ne se résume pas à une citation de Lemmy.

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