Dorian (Blues Pills) : « Mon père me disait qu’il fallait partir ! »

Le nouvel album des suédois Blues Pills, Lady In Gold est bientôt de sortie. A peine un premier album et un EP sortis, le groupe connait une popularité ahurissante à travers le globe et s’est faufilé à l’affiche de nombreux grands festivals et salles de concerts, comme le Hellfest, Rock en Seine, et des dizaines de dates à travers toute l’europe, parfois sold out comme ce fut le cas à Nantes en mars dernier, où le groupe a rempli la salle principale du Stereolux alors qu’ils étaient initialement programmés dans la salle secondaire. Bref, un deuxième album déjà enregistré, qui n’attend qu’à sortir le bout de son nez mais devra attendre le 5 août prochain.

L’occasion pour nous, après avoir écouté quasi en boucle cette petite bombe au bon goût de douces remontées d’acides et de touches soul, d’avoir pu toucher quelques mots à Dorian Sorriaux, le guitariste.

Dorian bonjour, est-ce que tu peux te présenter en 5 mots ?

Oui. Dorian. Breton. Guitare. Blues. Pills ?

Breton ! Mais j’ai cru comprendre que tu vivais ailleurs à présent ?

Oui, en fait j’habite en Suède, pour le groupe !

C’est comment la vie là-bas ?

J’aime beaucoup ! Il y a la nature, qui est très jolie, les gens sont très sympas. Il y a une ambiance beaucoup plus réservée qu’en France tu vois, il y a pas notre côté grande gueule qu’on peut parfois avoir. Les suédois sont plus réservés, dans le sens plus respectueux. Il y a une différence de comportement collectif, clairement. Musicalement aussi, il y a énormément de très bons musiciens ici.

La différence est vraiment flagrante ?

Oui, surtout dans le traitement, la considération de la musique en fait, ce qui est très conséquent sur beaucoup de plans. Les groupes suédois qui s’exportent dans les styles rock et metal sont extrêmement plus nombreux. Ici tu peux beaucoup plus facilement être impressionné par un petit groupe que tu peux voir dans un bar. Il y a une autre grosse différence aussi, c’est que les français ne savent pas parler anglais correctement, et musicalement ça résonne mal sur trop de plans aussi. Ça peut être une barrière de chanter en anglais. Le système éducatif suédois donne une importante supérieure à l’anglais comparé à la France, c’est presque parlé comme une langue maternelle ici. Donc la richesse n’est pas la même, clairement. C’est beaucoup plus porté sur le créatif… Tu sais bien comme moi que quand tu sors du collège/lycée en France, ton niveau d’anglais est assez insignifiant, t’es pas vraiment aidé quoi…

Amen. Du coup ton anglais a du énormément progressé…

Oui, mais j’apprends aussi le suédois ! J’arrive à tenir quelques discussions, les personnes âgées notamment ne parlent pas forcément bien l’anglais. Ça fait bientôt 4 ans que je vis là-bas déjà !

Question qui turlupine un peu, et qui va peut-être envier la plupart d’entre nous… T’es super jeune ! Tu disais il y a deux ans, lors de votre passage au Hellfest, qu’après les festivités tu partais passer le bac…

Oui c’est ça, je suis arrivé à l’âge de 16 ans en suède !

Comment ça se passe, quand à 16 ans t’annonces à tes parents que tu pars vivre en Suède pour faire de la musique ?

(rires) C’est pas banal, c’est clair ! Ça a été un tournant très marquant. Partir jeune, vivre loin, dans un autre pays, rencontrer une autre culture, une autre langue… C’est une expérience très enrichissante. Je suis plus jeune que le reste du groupe. Ils avaient 24-25 ans quand moi j’en avais 16… Ils m’ont considéré comme l’un d’eux depuis le début, malgré une différence d’âge qui se voit. Mes parents m’ont beaucoup aidé dans ces démarches et décisions, ils l’ont toujours fait. Evidemment, il a fallu en parler, ça s’est pas fait du jour au lendemain.

Tu es issu d’une famille de musiciens peut-être ?

Oui, si on veut ! Mon père joue de la cornemuse (rires) ! Mes deux parents sont très sensibles à la musique. Ce n’est pas leur métier, ils travaillent tous les deux à la poste, mais la musique a toujours fait partie de leur vie. J’ai baigné dans leur musique. Mon père me disait déjà avant même que l’opportunité de partir en suède se présente, que la France était « fermée » et qu’il fallait partir ! Ce n’est pas le fait d’être français en fait, c’est surtout la présentation médiatique de la musique. La radio c’est fait presque qu’avec de la musique formatée sans âme et sans cœur. Et c’est pas ça que je veux faire.
Ma mère elle, avait l’impression de pas avoir le choix, je leur ai pas donné trop le choix en fait… la décision était déjà prise de mon côté avant même que je leur en parle. J’ai eu de la chance qu’ils me mettent pas de bâtons dans les roues mais qu’ils choisissent de m’aider.

Pour votre second album, Lady In Gold, vous avez signé chez Nuclear Blast, un label metal. Comment ça se fait ? C’était une évidence pour vous ?

On n’était pas surpris du tout, on avait eu d’autres contacts avec d’autres labels et ils étaient tous metal. Et ça se fait de plus en plus, tu prends l’exemple des Rival Sons, Kadavar… ils font du rock  mais ils sont sur des label metal, metal très violent parfois. Tous ces groupes qu’on s’amuse à catégoriser de revival sont signés sur ce genre de label, nous c’est pareil.  Nuclear Blast nous avait bien cernés, ils avaient l’air de nous comprendre mieux que les autres, ils ont jamais dit ou fait quelque chose pour essayer de nous changer ou de changer notre musique et ça c’est vraiment un facteur qui a été très décisif pour nous. Ils font juste notre promotion. D’autres labels annonçaient carte sur table qu’ils voulaient nous changer… pour un truc orienté plus variété. L’horreur, le genre de personnes qui pourraient virer tout le groupe et ne garder que la chanteuse quoi.

Ah, merde, je croyais que c’était une légende qu’on voyait dans les films…

(rires) Non ! On a eu de la chance. Déjà on est tous potes dans le groupes, y’a une ambiance amicale et puis musicalement on est tous sur la même longueur d’ondes. Elin (la chanteuse, ndlr) a immédiatement refusé. Et puis on est tombé sur Nuclear Blast, qui nous satisfait parfaitement.

On vous voit aussi sur énormément de festivals metal… Ça vous fait quoi ?

Comme je te le disais, c’est très courant que les styles se croisent sur les labels, donc pour les festivals c’est pareil. Mais c’est vrai que le metal est une musique extrême et que spontanément, on pense qu’il est difficile de se mélanger discrètement. Mais nous, et comme pour beaucoup, ça nous choque pas du tout. C’est vrai, on a déjà partagé l’affiche avec des Cannibal Corpse, Epica… J’en passe, y’en a tellement ! J’écoute beaucoup de folk, je suis assez à l’opposé dans l’acoustique. Après ouais y’a des trucs comme Black Sabbath, Iron Maiden, Kvelertak… Je reste ouvert d’esprit. J’ai cité Cannibal Corpse parce que j’ai eu l’occasion de les voir de derrière la scène. C’est un style, mais ils sont vraiment excellents. J’apprécie, et je sens que c’est fait avec âme et amour. C’est ma base.

Parlons un peu de Lady In Gold. Comment tu le présentes, personnellement ?

Il est plus proche encore de notre style à nous. En apportant des influences plus variées qui représentent mieux les musiciens. Il a plus de soul, plus de psychédélique qu’on a mélangé avec le Blues Pills que tout le monde connaissait déjà avant. Le côté blues/rock est toujours présent, mais avec moins de distance avec ce qui nous représente actuellement, dans le son, dans les arrangements, dans les paroles. Il y a aussi un peu plus de fiction que dans le premier album. Par exemple, « Lady In Gold » représente une personne qui vient prendre la vie aux autres, c’est une chanson qui parle de la mort. Peu importe qui c’est et comment c’est fait, dans la chanson ça parle d’une femme qui donne des baisers mortels, ce n’est pas un homme bestial énorme avec une barbe jusqu’aux pieds… Ça peut être aussi une mort attirante, une belle femme blonde ici en l’occurrence.

Ces nouvelles influences sont piochées dans un socle commun ou c’est chacun qui a apporté sa touche l’un après l’autre ?

Ça vient vraiment d’une vision commune de la musique, là-dessus on s’entend vraiment très bien, on a beaucoup de choses en commun. Beaucoup d’influences soul, inspirée de Marvin Gaye, Al Green, les Temptations, Norman Whitfield, Undisputed Truth…

Tu imagines la suite comment, pour vous, pour toi ?

Là on fait une grosse tournée promo donc, on fait une trentaine de festivals cet été, on a une longue tournée avec Kadavar pendant 6 semaines à travers toute l’Europe… Ensuite, il y aura surement un autre album ! Je vois mon futur avec Blues Pills, avec beaucoup de musique de manière générale, j’espère aussi avec un petit peu de Bretagne. On jouera dans toute l’Europe… Bref, je vois de la musique, des concerts et des enregistrements (rires) !

Dorian, merci beaucoup d’avoir donné de ton temps ! Un petit mot pour la fin ?

De rien, merci à toi ! On aura l’occasion de discuter à un concert ou un festival si tu es par là!

 

 

 

 

Jean-Marie Carrée

Be confortable, Creature.

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