Le Bataclan, un an après…

“Ce soir c’est le soir et toi avec moi
Et tu viens me voir, tu viens ouh la la
I love you all the time
Tu ne réponds pas, ah dis-moi pourquoi
This ain’t au revoir, together voilà”

(I love you all the time – Eagles Of Death Metal)

Chaque jour, je pense à vous. Je me souviens de la joie qui régnait avant le concert, vous étiez tous là, avec vos bières à la main, armés de vos sourires. Dans l’effervescence, on a pas eu le temps de se dire ‘bonjour’ mais on ne va pas s’en vouloir : j’en aurai perdu ma barbe, à tous vous taper la bise. Je me rappelle du bruit et de l’odeur enivrante de ce bain d’une foule de potes impatients de vivre un moment de plaisir. Il ne faut pas oublier que tout avait bien commencé ce soir-là. On s’amusait bien, ensemble, au Bataclan. La suite, je l’ai raconté mille fois : j’ai perdu 90 amis et les larmes me dévorent.

Mes amis, jamais je ne vous oublierai et  j’aimerais me souvenir de vous en pensant à un avenir meilleur. Les vivants n’ont pas fini de parler de vous : on vous a tiré le portrait sur de beaux papiers, on vous a couvert d’éloges ou d’émouvants dessins sur la place de la République, et, aujourd’hui, on vous souhaite un bon anniversaire avec des fleurs. Ça fait chaud au cœur de voir que ceux qui restent pensent encore à vous. Malheureusement, parfois, ça tourne à la mauvaise blague. Certains ont succombé à la peur, d’autres se sont empressés d’agiter leurs effluves amers, et les derniers farfelus ne croient même pas à notre calvaire.

Les plus érudits nous ont rangé parmi les livres d’histoires en disant « Plus jamais ça ! ». Puis, ça a recommencé à Paris, Bruxelles, Nice ou Saint-Etienne du Rouvray. Touchés en plein cœur, on nous a renvoyé à nos propres maux. Et puis, ça a recommencé encore et encore. Plus il y a de fous, moins on rit ; la liste est longue : Mali, Tunisie, États-Unis, Tchad, Royaume-Uni, Syrie, Pakistan, Afghanistan, Inde, Nigeria, Libye, Irak, Turquie, Indonésie, Burkina Faso, Somalie, Égypte, Cameroun, Arabie saoudite, Yémen, Côte d’Ivoire, Congo-Kinshasa, Israël, Liban, Bangladesh, Allemagne, Russie, Thaïlande, Jordanie, …

On a beaucoup parlé des méchants, et moins des gentils. Il y en a toujours plus pour les cow-boys que pour les indiens. Ceux qui ont agi, aidé et soutenu dans l’adversité ont été érigés en victimes et en “proches des victimes”, tout en occultant leurs combats quotidiens. Certains se battent encore pour se tenir debout. Pour d’autres, tout comme moi, nous n’aspirons qu’à un peu d’air, comme une envie de croquer la vie à pleines dents, d’oublier les angoisses et gagner la sérénité.

Mes amis, je veux croire que vous êtes encore là et que votre joie perdure, s’abonde et inonde nos jours meilleurs. Je vous vois dans la foule des gens heureux ; celle qui continue de s’amasser dans les salles de concerts, à lever les bras bien haut et à crier des mots bien fort. Vous êtes avec moi, tout comme je serais là pour vous en ce 13 novembre 2016, lors de l’hommage national.

C’est pour me souvenir de vous, que je retournerais au Bataclan.

Peace, love, death metal.

Erwan Le Nagard

Fondateur du site, épris de passion pour le stoner. Le monde ne se résume pas à une citation de Lemmy.

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