Vous l'aurez compris, que ce soit en album ou en live, Mono, on aime bien. Les quatre japonais distillent depuis maintenant 10 ans un post-rock émotionnel et touchant, coulé à l'or fin, musique qui les aura amené à une reconnaissance mondiale, par leurs pairs comme par les oreilles averties en matières de musique instrumentale. Leur dernier album poussant encore plus loin les limites de leur univers, c'est tout naturellement qu'avant d'appréhender leur prestation à l'Olympic, nous nous sommes permis de rendre visite à Takaakira "Taka" Goto, tête pensante et compositeur du groupe, pour parler musique, forcément. Pas facile de se comprendre entre français et japonais, surtout lorsqu'aucune des deux parties n'excelle dans la langue de shakespeare, mais la rencontre n'en aura été que plus humaine...
Alors, pour commencer, pouvez-vous juste vous présenter, nous dire comment le groupe est né, votre univers musical... ?
On s'est formé en 1999, à cette époque je voulais jouer dans un groupe instrumental. J'ai recontré Yasunori Takada, le batteur, et j'ai vraiment adoré son jeu. On a monté un groupe tous les deux, avant de former Mono. On a joué qu'un seul show. Après cela, on s'est dit qu'il nous fallait plus de membres. On a pris Yoda, l'autre guitariste. On se connait depuis très très longtemps, c'est un peu comme mon petit frère. La dernière à intégrer le groupe a été Tamaki à la basse, que je connaissais aussi.
Vous venez juste de sortir votre dernier album, nommé Hymn To The Immortal Wind, tu pourrais nous en dire un peu plus ?
En fait, on avait sorti 4 albums studio jusqu'ici. L'année dernière, on a fini les tournées pour l'album d'avant. Depuis qu'on a sorti le 1er album, on a pas arrêté, sans prendre de pause. Donc l'année dernière c'était la première fois qu'on arrêtait les concerts, qu'on se posait, qu'on se concentrait uniquement sur la composition de nos morceaux. C'était vraiment inédit pour moi, d'habitude je composais dans l'urgence, entre deux tournées, dans le bus... Donc la j'ai vraiment pu penser au meilleur chemin à emprunter pour le groupe concernant cet album. Aujourd'hui, il y a vraiment beaucopu de groupes instrumentaux, ce qu'on appelle le post-rock, et beaucoup de ces groupes deviennent de plus en plus similaires, dans leur style. Donc on a vraiment eu envie de marquer notre différence, de rechercher des nouvelles choses, de nouvelles idées. On a intégré un orchestre complet, je voulais que le son soit plus cinématique, plus empreint de musique classique, en plus noisy. J'ai vraiment voulu faire un truc pas entendu, pas Hendrix, pas Led Zeppelin, pas Radiohead...
Juste Mono...
Voilà, tout simplement. On a mis en avant le côté un peu spirituel qu'on retrouve dans le classique, sans pour autant tomber dans un style trop Requiem, chanson d'adieu, ce genre de choses, je trouvais ça trop calme et on voulait faire un album fort. Un truc émotionnel et puisant à la fois. J'espère que les auditeurs de l'album ressentiront la même chose.
 Ce n'est pas la première fois que vous travaillez avec Steve Albini à la production. Vous travaillez toujours selon une alchimie qui fonctionne entre vous, ou vous avez essayé de nouvelles choses ?
Ça fait cinq ans qu'on bosse ensemble, et maintenant, il sait exactement comment placer les amplis et les micros ! (rires) En fait, j'ai découvert vraiment beaucoup de scènes musicales grâce à lui, c'est un peu mon prof de musique. Ce coup-ci, on avait donc un orchestre de 27 personnes à enregistrer. J'ai écrit la partition, et, comme vous le savez sans doute, Steve utilise uniquement de l'analogique pour enregistrer. Et même avec 27 instruments, Steve a enregistré ça avec 2 pistes, vous voyez un peu le truc ? Si quelqu'un se plante, ou si un instrument ne joue pas assez fort, on ré-enregistre. On ne peut rien éditer. Du coup, vu que nos chansons font tout le temps autour de dix minutes, je priais à chaque prise pour qu'il n'y ait pas d'erreurs ! (rires) Steve et nous adorons vraiment le côté live de l'enregistrement. Pas d'ordinateurs, de redécoupage. C'est quelqu'un avec qui il est facile de communiquer, on l'apprécie beaucoup.
Qu'est ce que ce genre de méthode apporte au son du groupe au final ?
Tu sais, on aurait pu perdre notre aspect émotionnel sans ça. Entre la tournée et le studio, il n'y a pas de différences au final, on enregistre tout en live, en même temps, et Steve et ses machines analogiques retiennent très bien l'émotion qui se dégage de ça.
Vous êtes au milieu de votre tournée française, comment cela se passe-t-il ?
Cette tournée est fantastique ! Parce que quand on a arrêté de tourner l’an passé, pour être honnête, on était un peu inquiet de savoir si les gens se souviendraient de nous et s’ils reviendraient nous voir. Mais le public est revenu en masse et nous on fait ressentir qu’ils nous attendaient. Tout ça c’est vraiment appréciable et merveilleux.
Avez-vous prévu de jouer beaucoup de morceaux de votre nouvel album, car ils sont plus orchestrales et moins « rock » qu’avant. Comment comptez-vous présenter ça sur scène ?
Je pense qu’auparavant on était plus sombre et lourd, maintenant on commence à faire une musique avec plus espoir. Sur scène ce sera énorme et on utilisera plus lumière à l’avenir. J’espère que le public pourra percevoir visuellement et dans notre musique ce que je veux dire.  Vous allez jouer aussi au Festival de Bourges demain, dans le cadre de l’année japonaise, comment trouvez-vous le concept et avez-vous accepté tout de suite ?
Je ne vois pas de quoi tu parles…
Vous ne saviez pas que c’était l’année du Japon ?
La quoi du Japon ?
En fait à Bourges, cette année c’est l’année du Japon, ils ont invité des groupes japonais…
Wahou on n’était pas au courant, on nous a booké la tournée, mais nous ne savions pas ça, mais c’est cool, vraiment c’est super ! Quels groupes japonais sont invités ?
Envy…
Ah oui Envy ce sont de bons amis, un bon groupe.
Vous avez souvent été comparé à Mogwai, même si vous avez une conception totalement différente de votre musique. Pensez-vous appartenir à la scène Post-Rock international, ou vous sentez-vous indépendant de tous styles ? Définitivement indépendant, on continue dans notre style, parce qu’on nous a toujours encouragé dans ce que nous faisions. On est de Tokyo, mais on joue aux États-Unis, en Europe… C’est ce que l’on a voulu et on prie pour que ça continue maintenant. Ça fait maintenant dix ans que l’on fait ça, on joue devant beaucoup de monde, qui nous connaissent. On est vraiment chanceux !
Comment avez-vous décidez de jouer ce style de musique qui n’est pas très connu dans votre pays ?
En fait en tant que guitariste j’écris de la musique tout le temps, mais j’adore aussi regarder des films. J’ai toujours voulu exprimer ma pensée en musique comme pour un film ou dans un livre. Etant donné que la musique permet de faire danser les gens dans une fête, mais un film c’est un film, un livre c’est un livre, mais la musique a beaucoup plus de capacités que de faire danser, pour moi la musique peut être comme un film ou un livre. Elle peut raconter une histoire.
Est-ce important de rester proche de vos fans et est-ce indispensable pour un groupe indépendant comme vous ?
Je pense que c’est très important pour un groupe indépendant, on se sent soutenu. On est comme sur un nuage, on est là avec notre matos sur scène et des gens viennent nous voir. Je trouve ça hallucinant qu’on paye pour venir nous voir, je hais le fait de faire payer malgré tout.
 Vous avez fait un split CD avec Pelican dans le cadre de World's End Girlfriend, qu’est-ce que cette expérience vous a apporté et souhaitez-vous le refaire un jour ?
Oui, si on a le temps de faire des collaborations avec de grands artistes ce serait avec plaisir. Mais, en ce moment, nous n’avons pas le temps, on n’a aucune idée de quand ça se refera. On verra bien et on espère !
Avez-vous un dernier message pour vos fans ?
Peut-être, venez nous voir sur la tournée européenne, cet été, ou même l’an prochain… J’ai hâte de vous voir sur la route !
Un grand merci à Joris et Jérémy de Concpiracy Records qui ont rendu cette rencontre possible, ainsi qu'à Taka pour sa simplicité et sa bonne humeur ! Photos : Peter (à Bourges justement !) |
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