| Ecrit par Peter,
le 19-05-2009
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Favoris : 68 |
À l'occasion de son passage aux « Découvertes » du Printemps de Bourges, nous avons pu assister au concert, d'un talent, pas si nouveau que ça, car ça fait déjà plusieurs années que Boogers tourne, en solo ou avec des groupes en tant que batteur (notamment avec Rubin Steiner). C’est le lendemain de son show survitaminé que nous sommes revenus avec lui sur sa carrière, son avenir et sa vision de la musique. Un entretien sympathique, en compagnie d’un artiste humble et fort intéressant. Depuis combien de temps fais-tu de la musique, et particulièrement le projet Boogers ? Je fais de la musique depuis que j’ai huit ou neuf ans, je bricolais tout seul dans ma chambre, avec une batterie faite de cagettes et boites en fer. Á partir de là, mes parents ont décidé de m’acheter une vraie batterie. Mais en vrai, c’est à quatorze ans que j’ai découvert la guitare et le synthé. Pour Boogers c’est depuis que j’ai quinze ans, toujours dans ma chambre. Et c’est devenu plus sérieux depuis sept ou huit ans, grâce à un bon copain Rubin Steiner. C’est lui qui m’a donné un ordinateur, un bureau, une chaine et qui m’a dit maintenant tu vas faire de la musique. Donc je fais Boogers surtout à cause de lui. Pourquoi tu travailles tout seul, c’est un choix ou pas du tout ? Je suis fils unique, je ne sais pas si ça a un rapport ! En fait, je travaille dans des groupes en tant que batteur, je préfère être exécutant dans les groupes. Et quand je travaille tout seul, c’est tout le temps des couches et des recouches. Je passe des nuits devant l’ordi et à deux ce n’est pas facile, il y en a toujours un qui est passif. Au départ on était deux avec un super pote, mais j’ai toujours fait toutes les versions et au final je ne voulais pas qu’il soit uniquement instrumentiste, en plus il ne jouait pas super bien. J’avais besoin de lui surtout au départ, pendant six mois, pour faire les démarches… il y avait aussi le côté famille, tu te soutiens mutuellement. Après je l’ai dégagé, j’ai compris que je pouvais le faire tout seul, j’avais plus d’assurance. Et là je tourne en Twingo avec tout mon matos : un ampli guitare, une boite à rythme… Quand je joue devant deux cents personnes que je ne connais pas, psychologiquement il faut être armé.  Tu n’as jamais pensé à former un groupe sur scène pour jouer ta musique ? J’y pense depuis toujours, il faudrait les bonnes personnes déjà et puis pour l’instant vu combien je suis payé pour mes concerts ce n’est pas possible. Je ne parle même pas de payer les gars, mais juste de louer un camion pour les emmener jusqu’à la salle. De plus, le fait que je sois tout seul, ça plait au programmateur, ça ne coûte pas cher et il n’y a pas de plateau à changer entre deux sets. Évidemment, je veux jouer avec des cuivres, une basse, une batterie, que l’on soit dix-neuf avec une superbe mise en scène. Le minimalisme n’est pas seulement volontaire. De quoi tu t’influences pour ta musique ? De tout, je suis un grand consommateur de musique dans tous les styles, même quand je n’aime pas je cherche à connaître un peu tout. J’aime bien le côté sociologique, expliquer les trucs par la musique. Il y a un moment j’avais fait une exposition avec des pochettes de vinyles qui retraçaient des années soixante-dix à maintenant. Tu peux expliquer tout le contexte politique comme ça, en fait tu peux expliquer pleins de trucs. Quand on t’écoute, on sent que tu es beaucoup influencé par le rock des années 90… Ben pour résumer, quand Kurt Cobain est mort j’avais 16 ans ! J’ai pris des claques entre 1992 et 1995. Tout ce qui est gros rock FM américain j’adore. J’écoute Weezer tous les jours, je suis fan du Blue Album et de Pinkerton, après, ils ont toujours deux ou trois bons titres sur chaque album, mais c’est moins grave qu’avant. Sinon, beaucoup de trucs Lo fi, K Records… les trucs mal enregistrés ça m’a fait trembler. En hip-hop les gros tubes, en électro j’ai tout le temps dix ans de retard, je découvre tout juste Fatboyslim. J’ai compris grâce à lui, que tu peux faire du rock tout seul, que tu as le droit de sampler, même un morceau des Pixies. Ta musique est très énergique, ce n’est pas difficile sur scène, tout seul, d’assurer le show, même quand tu es crevé ? En fait, le lecteur laser, c’est le groupe qui ne flanche jamais ! Je mets Play et après je peux me rouler par terre, faire une dépression, le truc il tourne, il ira jusqu’au bout. Après, c’est vrai que c’est un peu frustrant, je ne peux pas faire partir mes compositions en improvisation. Mon morceau de 3:41, il fera toujours 3:41, je ne peux pas faire grand-chose pour le rallonger. Ça fait longtemps que les morceaux sont sous cette forme là et que je les joue, quand je répète c’est au kilomètre, ma répétition me prend trois minutes.  Tu as l’air vraiment à l’aise sur scène, que retiens-tu de ton concert d’hier (Les Découvertes du Printemps de Bourges ndlr) ? C’était un peu comme une éjaculation précoce, tu y vas et puis voilà c’est déjà fini et tu rentres chez toi. Nan, c’était bien, mais je me suis fait avoir par la chaleur, au bout du second morceau déjà, mais sinon c’était un classique ! En fait, j’ai fait un condensé de cinq ans de concert en trente minutes, j’ai tout enchaîné, d’habitude je prends beaucoup plus le temps, je raconte pas mal de conneries, je déboule sur scène avec un café ou une pomme. Je parle dix minutes aux gens et après j’attaque le concert. Tu prépares ton premier album en ce moment ? Oui, il est fini là, il doit sortir en octobre, chez… la personne qui voudrait bien le faire, on ne l’a pas encore trouvé. C’est un travail de trois ans, j’ai tout fait tout seul, au départ je devais faire ça dans un studio, mais je me suis frité avec le mec du studio. J’ai récupéré toutes les pistes, quatre-vingt-dix pistes par morceau. Avant, je n’avais jamais mixé de ma vie, j’ai juste un petit ordinateur et donc j’ai découvert. Au final, j’ai pris un an, j’ai appris ce que c’était les Noise Gate, les compresseurs et pleins de choses que je ne connaissais pas. Mais là, je suis content, parce que c’est ma moelle, ça aurait dû sonner beaucoup mieux avec les compresseurs studio et tout, mais bon je l’ai fait à ma manière, c’est mon jus. Là on sort le mastering et je suis hyper content ! Tu enregistres avec de vrais instruments en studio sur l’album ? Oui, alors les bases, comme d’habitude je fais mes maquettes, toutes les batteries c’est des samples et après en studio j’ai refait beaucoup de batteries, toutes les basses, toutes les grattes… Il y a à-peu-près huit pistes de grattes par morceau, il n’y avait pas de problème de temps, j’enregistrais au kilomètre. Le gars avec qui j’ai bossé, il avait à chier de vieux synthés vintages, j’ai mis la tête dedans, des trucs à 20 000 balles, mortel, des Rhodes, des vieux amplis à lampes, des cabines Leslie…  Penses-tu qu’aujourd’hui on a besoin d’énormément de matos comme avant pour enregistrer ? Pas forcément, ça dépend ce que l’on veut faire. Tu vois avec les moyens qu’on a là, avec un ordinateur portable et une bonne carte son, tu fais un album. Il y a pleins de mecs qui sortent direct de Garage Band ou de n’importe quel logiciel, qui envoient ça au mastering et on en parle plus ! La phase de mixage est en train de disparaître un peu. C’est con, car je me suis rendu compte en allant mixer en studio de l’ampleur que prend ton morceau, ce n’est pas du tout la même chose que quand ça sort de ton pauvre logiciel à dix francs. Mais ça dépend de ce que t’as besoin et de la personne sur qui tu tombes. Le studio c’est quand même mortel, déjà l’idée de ne pas être chez soi, de changer d’endroit, c’est bien que quelqu’un écoute ton morceau avec des oreilles neuves. Après, j’enregistre chez moi avec un micro, une carte son, d’ailleurs avec n’importe quel micro, je n’ai pas compris les différences entre les micros. Du moment que tu as ton son, après en studio tu compresses tout, tu nettoies tes pistes… J’écris mes morceaux au mètre en fait, quand je commence un morceau, je fais l’intro, après je vis ma vie, je reviens une semaine après, je fais le début du premier couplet… Je n’ai jamais voulu mettre en cause cette structure là, donc j’ai deux ou trois morceaux où c’est des suites de riffs, ça dure six minutes. Passer pleins de styles différents ça me fait jouir, j’adore ça ! Pour finir, peux-tu nous expliquer ton nom de scène ? Boogers, ça vient de quand j’étais ado, j’avais acheté le magazine de Krusty le Clown, et dans le courrier des lecteurs il y avait un gamin qui parlait de… Je parlais très mal l’anglais à l’époque, toujours aujourd’hui… Enfin, il disait qu’il ne savait pas quoi faire de sa collection de Boogers. En fait, à cette époque je me servais du courrier des lecteurs pour faire mes paroles. J’ai bien aimé le son « Boo », ça faisait « booradless » quelque chose dans le genre et même Goo de Sonic Youth dans la sonorité. Je l’ai donc adopté, je suis très onomatopées, même quand je chante et que je ne connais pas les paroles. J’ai choisi ce nom-là, sans jamais regarder dans le dictionnaire. Je fais mon premier disque et là je croise un copain anglophone qui me dit : « putain, tu t’appelles crottes de nez, ça fait bizarre ». J’étais surpris, mais bon voilà, ça faisait quatre ans que je m’appelais comme ça. Et récemment en cherchant un peu « Boogers » c’est le « Dupont » ou le « Martin » du Danemark, c’est très drôle, il y a des tonnes de gens qui s’appellent comme ça en Europe du Nord. Un grand merci à Boogers, pour cet entretien très intéressant, et pour le temps qu'il nous a accordé ! |
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