| Casey - Ennemi de l'Ordre |
Depuis 1996 Casey s'évertue à redorer le blason du street rap, que ce soit en compagnie de La Rumeur ou d'Anfalsh. Encrée dans une démarche underground, elle s'efforce de répondre à l'intransigeance d'une ligne de conduite qu'elle s'est elle-même fixée. Plus de dix ans après son premier freestyle, en featuring avec Ekoué et Polo sur « L432 », la dame accouche enfin de son premier opus solo. B-boys survoltés, punks sanguinolents et autres dépressifs en puissance, vous pouvez sabrer le gin tonic. En parfait petit pigiste ébouriffé, j'ai consciencieusement explosé le boitier du cd à grand renfort de coups-de-poings afin d'insérer au plus vite la précieuse galette dans ma platine.
Dès les premières secondes, quelques notes de synthés froids viennent littéralement se faire défoncer la gueule par une déferlante de scratchs agressifs et de riffs ravageurs. Une heure et demie du mat', en pleine semaine, le moment me semble parfaitement choisi pour tester l'isolation sonore de mes murs en placo-plâtre. Défilent alors six pistes gorgées de basses et toute triturées de cuts. Six tracks carrées à la construction limite cheap, mais bigrement efficace. Des instrus martelés de percussions et ponctués de samples soul en retrait, voilà à quoi se résume Ennemis de l'Ordre. Un maxi tapageur aéré d'excursions funky, une tape perfusée de loops et pulsée de caisses claires bien marquées. Les productions abruptes d'Hery et Laloo servant véritablement d'écrin à la voix rauque et légèrement sur-mixé de la rappeuse. Mention spéciale à « Dans nos histoires », sorte de work-song au beat saturé d'accords mineurs capable de bousiller les amortisseurs de n'importe quelle Cayenne.
« Je marche sous les voûtes et les arches, galère sous les porches, crache sur les marches les mains dans les poches, canette dans la manche ». C'est cette nonchalance, cette allure désinvolte qui a su séduire les puristes et offrir à Casey ses lettres de noblesses. Soutenu par une plume rigoureuse, son flow se veut maîtrisé et cassant. A la fois teigne et serein, il établit un équilibre fragile entre fluidité et précision. Forte d'une écriture ciselée, très structurée dans sa découpe, Casey se distingue par des placements de voix impeccables. Doublé d'une articulation parfaite, le débit millimétré du mc accentue encore la fragmentation, presque machinale, de ses vers. Couplés à de régulières anaphores, les textes de Casey font la nique au superflu. Directs et sans fioritures, ils sont incisifs et sévères. Alliant punchlines, technique et recherche de sens, la rappeuse fait graviter par dizaines les assonances autour d'un sujet central : l'exclusion. Chaque morceau reflète ainsi l'autre, de par son discours, formant au final un continuum thématique homogène.
Bilieux à souhait, le maxi de Casey, est un hymne à l'allitération, au rap hardcore et à l'indépendance. Cohérent et dépouillé de jingles dancefloor, le disque est le prélude nerveux qu'il fallait à Tragédie d'une trajectoire. Une tape aux antipodes de ce hip-hop castré et consumériste qui joue les pucelles en tête des charts, et tout spécialement dédicacé à ceux qui ont eu la présence d'esprit d'avoir des oreilles. Pressés de retrouver sa patte stylisée et son flow haché et agressif, les fans de Casey devront encore ronger leur frein dans l'attente de ce qu'on annonce déjà comme un formidable album.
.: Tracklist :.
01 L'exclu
02 Le Fusil Dans L'étui
03 Ennemi De L'ordre
04 Comme Un Couteau Dans La Plaie
05 Dans Nos Histoires
06 Travail De Nègre (feat. B. James, Prodige)






Vos commentaires (1) |
![]() 08-09-2008, Super chronique! » Répondre à ce commentaire |
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