| Les Eurockéennes de Belfort - 4, 5 et 6 juillet 2008 |
Les Eurocks, ce n’est pas un festival comme les autres. Pionnier du genre en Europe, rare sont les évènements qui parviennent à transmette une telle charge émotionnelle et entretiennent un rapport aussi fraternel avec ses spectateurs, depuis 20 éditions, depuis 20 ans. Les Eurocks c’est donc une histoire de famille. Une famille qui pour fêter le 20ème anniversaire du rejeton prodige, délaisserait la réception convenue, complaisante et bourrative pour un pique-nique gargantuesque à la cuisine raffinée, parfois délurée et toujours risquée. Cette 20ème programmation semblait avoir quelque chose en plus, comme une énorme pièce montée où l’on devine les pinups cachées à l’intérieur n’attendant qu’un signal pour sortir en chœur et engager un festin bacchanal. Durant ces 3 jours, la liste des invités de ce festin acoustique affichait alors l’ambition de mélanger la jeune garde du moment avec ses guides matures et spirituels, inspirateurs de ces mêmes jeunes pousses. Le banquet s’annonçait savoureux, il fut exquis.
Cette 20ème programmation semblait avoir quelque chose en plus, comme une énorme pièce montée où l’on devine les pinups cachées à l’intérieur n’attendant qu’un signal pour sortir en chœur et engager un festin bacchanale. Durant ces 3 jours, la liste des invités de ce festin acoustique affichait alors l’ambition de mélanger la jeune garde du moment avec ses guides matures et spirituels, inspirateurs de ces mêmes jeunes pousses. Le banquet s’annonçait savoureux, il fut exquis.
Vendredi 4 juillet : The Lovescat.
Première journée de festivité, encombrements routiers et entrée du site surchargée nous font rater quelques scènes alléchantes, mais peu importe, l’enthousiasme à débuter ces trois jours par le set de Cat Power nous aveugle d’impatience. Malgré un dernier album un peu pépère et des ennuis de santé responsables de concerts désastreux, le retour de Chan Marshall demeure à nos yeux la tête d’affiche de ce festival. Le concert est alors à la hauteur de nos attentes, tendue, courbée à la limite de la rupture, l’intensité et l’énergie gestuelle délivrée par la chanteuse est impressionnante et nous laisse sans voix, la gorge nouée à plusieurs reprises. Une séduction charnelle envers un public conquis, qui laisse entendre le sens du spectacle que possède désormais la belle, mais la sincérité dégagé par cette jeune femme rayonnante efface le moindre soupçon de mercantilisme.

Le parfum du félin est à peine dissipé qu’on se dirige vers Massive Attack, le duo de Bristol est venu en grande pompe accompagné des nombreux intervenants semés au cours de leurs différents projets. Le live est efficace et d’une esthétique plutôt bluffante, les illuminations s’accordant parfaitement aux rythmes chaloupés des morceaux. En arrière plan, des messages indiquent clairement les positions du groupe quant à l’avenir politique et écologique de la planète, engagement vertueux teinté par certains moments d’une ironie piquante vis à vis de Ségolène Royale, Karl Lagerfeld ou encore Justin Timberlake. Léger détour vers dEUS, énergique et enthousiaste, mais la nouvelle direction prise par le groupe lasse rapidement, et on se glisse en suivant le courant vers Ben Harper & the Innocents Criminals. Ces faux voyous ne nous convainquent guère plus avec leurs reggae geignard, agrémenté de prouesses instrumentales prétentieuses et plutôt molles du genou. On termine alors la soirée à la loggia, où l’hideuse tente en toile a été délaissée pour une charpente lumineuse permettant de redécouvrir ce lieu à l’ombre de la grande scène. Nortec Collective, collectif mexicain, délivre un électro jouissif, mélangeant allégrement fanfare de Tijuana et digressions AphexTwinnienne, où Pacman se bourre de tacos et défonce les fantômes à coups de jets de tequilas.
Samedi 5 juillet : Black Proud.
2ème journée, toujours écrasée par un soleil resplendissant, on arrive cette fois en avance, mais la colonne des pèlerins acoustiques avance déjà, déterminée comme seuls le sont les convertis passionnés en l’attente d’une révélation. On croise Nick Cave dans l’espace presse, géant impressionnant de calme et d’indifférence à la curiosité des regards, on attend alors avec impatience le sermon promis par son groupe programmé dans la soirée, sûr de ses capacités de prêcheur survolté.
Tuung entame les hostilités de la journée, pop artisanale et sophistiquée, l’ensemble est sympathique et met de bonne humeur. Le charme indéniable de la chanteuse en robe de dentelle blanche nous fait oublier la chaleur ambiante, au même titre que l’ingénieuse reprise de Judas Priest délivrée en fin de set. Chaleur et poussière en font vraiment baver aux amateurs de bière-ricard-joint qui s’accumulent dans les coins ombragés pour une sieste réparatrice, mais la foule dense ne fait que s’intensifier transformant peu à peu les abords des scènes en quai de métro à l’heure de pointe. Découvert sur la BO du film Juno, Vampire Weekend investit la plage pour y délivrer sa speed-pop nerveuse et bon enfant. La dégaine de ces gentils garçon en polo fait sourire à l’écoute de leurs titres "A-Punk", tube du groupe, c’est ironique nous dit-on, mouais…
C’est au chapiteau que l’on se presse pour assister au show de Sharon Jones & The Dap Kinks, la soul explosive de cette ancienne gardienne de prison dont la présence médiatique a été malheureusement éclipsée par la non-moins talentueuse Amy Winehouse, est là pour rappeler à l’ordre ceux qui ne l’avaient pas remarquée. Dans la plus pure tradition Motown, un set précis et explosif, et une attention particulière au public dont plusieurs membres mâles en feront les frais, invités à monter sur scène par une chanteuse sur ressort. Entouré de requins de studio, impassibles et visiblement habitués aux extravagances de cette maton reconvertie, le concert se termine sur un rappel inespéré face à une foule extatique ne désirant que de se faire enfermer dans le pénitencier visiblement le plus funky du monde.

Détour par l’espace presse pour deux rendez-vous, le premier celui de la guerre des festivals où différents directeurs nous exposent leur association commune regroupant aussi bien le Furia Sound Festival que le géant Sziget de Budapest. Présentée plus comme une fédération de potes qu’une stratégie économique, cette association tient à souligner son implication dans la réflexion sur les enjeux sociologiques et culturels des festivals aux identités les plus diverses. Ambition studieuse, on range vite les cahiers et les lunettes à l’approche de CSS venu en conférence. Le combo de Sao Paolo apparaît plutôt détendu, en shorts et tongs pour la plupart, ce qui les rend pour la plupart définitivement sexy, notre préférence va à la guitariste Ana Rezende qui insiste pour nous montrer tous ses tatouages… On apprend également le lien entre Paris Hilton et la poésie brésilienne du 18ème siècle ou encore les vertus de Sub Pop leur label respectif, dont les mérites ne sont désormais plus à remettre en cause. Rendez-vous en dernière partie de soirée pour une ultime confirmation.
On se dépêche de rejoindre l’autre bombe anarchiste qu’est la New-yorkaise Santogold. Encadrée par deux gardiennes stoïques rescapées de l’armée des Black Panthers, les titres s’enchaînent, l’énergie est là, et le plaisir sincère de la chanteuse se communique à une loggia très vite survoltée. On se retrouve alors devant la grande messe païenne offert par Grinderman accompagné de son pasteur irrévérencieux Nick Cave. Pure instant de rock’n’roll, le quinqua délivre une musique teintée de blues cradingue et d’expérimentation destructrice, qui confirme la rigueur et l’ambition donnée à chaque nouveau projet du génie australien. Puissance vocale et agilité sur scène qui ferait passer n’importe quel groupe de punk pour de vieux hippies folkeux, la performance est de taille. « You were fuckin’ fantaaastic », le compliment adressé au public ne fait que renforcer cette indéfectible loyauté à l’église la plus bruyante du monde.
Petite escale avec The Wombats, au show calibré mais manquant de précision, notamment sur le titre le plus attendu du public « Let’s dance to joy division » avec faux départ, décalage de la batterie et claviers complètement à côté de la plaque …
On patiente alors sur le sable fin de la plage sous les torches froides des nouvelles illuminations mises en place cette année au son de la pop interdimensionnelle de notre Sébastien Tellier national. Qu’on l’aime, le déteste ou l’adule, le personnage ne nous est pas indifférent. Le jeu de lumière sur scène y jouant peut-être pour beaucoup, les envolées lyriques nous laissent une impression de plénitude et nous arrache même quelques larmes au son du fantastique « La ritournelle ». L’humour lubrique et scatophile y côtoie une sensibilité pop certaine qu’il faut savoir creuser pour en apprécier tous les aspects.

La température chute d’un seul coup et on se ressaisit pour courir rejoindre CSS et se rechauffer devant le feu annoncé. On est désormais loin de la blague potache entre étudiants en art, mais bien face à un groupe de rock huilé aux rouages réfléchis. C’est donc dans une ambiance furieuse que se déroulera le set, mené par la chanteuse déguisée en fée indienne virevoltante tout de skaï vêtue. Chaque titre semble revisité et instaure une nouvelle intensité au traitement plutôt garage de leur premier album. Si eux ils sont fatigués d’être sexy, c’est pour mieux réveiller la libido d’une foule entière dans le harem le plus froid du monde.
Dimanche 6 juillet : La révolution hippie n’aura pas lieu.
Pour ce dernier jour de festivité, la pluie s’invite tambour battant transformant rapidement le terrain en un bourbier pourtant (presque) vierge de tous détritus. Prouesse dû à l’ingénieux système de consigne de verre à bière, évitant pour ce troisième jour d’avoir les pieds sous plusieurs centimètres de plastique malaxé. Public plutôt familial pour cette dernière manche, cela n’empêche pas la liesse déclenchée par Sinik sur la grande scène laissant entrevoir la place de plus en plus importante accordée au hip-hop dans les festivals de tradition rock.
On se presse afin de découvrir en live le remake du Summer of Love, le retour du psychédélisme flamboyant, MGMT (prononcez Management, cela vous donnera un indéniable charme auprès de la batterie de fans féminins ou vous évitera un ridicule cuisant). Si l’album possède des qualités certaines, le concert se révèle extrêmement décevant. Le guitariste excité comme une puce tranche avec l’apathie du reste du groupe, et de fait, agace rapidement. Les morceaux s’enchaînent péniblement et seul l’enthousiasme d’un public peu difficile semble porter ce qui s’annonçait être les tubes de l’été. Les musiciens semblent se réveiller lors de l’avant dernier morceau où ils s’enlacent entre eux pris d’une soudaine affection virile … Le chanteur revêt alors ce qui semble être un poncho aux couleurs acides acheté en dernière minute au Lidl de Belfort et chante en se cachant la tête à l’intérieur, tout est dit.
La fin de Danko Jones nous rassure et nous remet les pieds sur terre, avec son rock’n’roll old school et ravageur. Un public fidèle ignore la pluie désormais battante et se voit chaudement félicité par le chanteur. Les mêmes amateurs de bière-ricard-joint désormais bien reposés sont remontés à blocs en se roulant régulièrement par terre dans une boue généreuse et conséquente. Une mère de famille est prise contre son gré dans une glissade improvisée et goûte peu à ce vif retour à la nature. On suit de loin le début de Babyshambles, malgré quelques rumeurs inquiétantes et l’annulation de leurs concerts la veille au Rock Werchter en Belgique, l’ex-Libertines est bien présent et dans une forme relative pour assurer un concert qui satisfera les convaincus.
On préfère rejoindre la scène au placement ingrat du Club Deville pour Dan le Sac vs Scroobius Pip, sensation Hip-hop made in england de l’année. L’humour des protagonistes associé à un electro fin et efficace remplit rapidement et allégrement le petit carré de terre trempé qui jouxte cette petite scène intimiste. Le chanteur Scroobius Pip saute à corps perdus dans la foule sans s’interrompre un seul instant, à ses risques et périls, la régie nous interpelle à la fin, il a perdu son portefeuille et passeport dans la boue. L’intégrité n’a pas de prix. L’air ambiant se charge du parfum d’une fin prochaine, mû par la panique de louper les derniers survivants de ce chemin de croix, on assiste impressionné au set de Holy Fuck, electro noise surpuissant et entraînant, la plupart d’ailleurs se laissent aller dans une transe non simulée, tant les mélodies acides imprègnent les dernières parcelles d’énergie de chacun.
Le festival se terminera pour nous par le show incroyable de Gnarls Barkley, fierté des programmateurs qui semblent avoir bataillé dur pour obtenir une date des deux producteurs surdoués. Soul flamboyante alliée à un rock juvénile et survitaminé, le chanteur Cee-Lo, véritable Joe Pesci du funk, tatoué comme un vieux marin, mène la barque jusqu’au bout avec comme rameurs des musiciens dopés sortis tous droits d’un film de Tarantino. Reste à la proue, son homologue Danger Mouse, génie discret mais dont la main apparaît sûre et ferme quant à la direction musicale.

Les bougies sont donc soufflées, on réveille les pochtrons endormis sous la table, on balaye les dernières miettes du gâteau et l’on se dit que l’année prochaine on refera la même, rien que pour les cadeaux.
Crédit article : Victor.
Crédit photos : Nicolas Keshvary.






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