| Interview de Wax Tailor (Avril 2008) |
C’est donc dans la petite salle Lorientaise du Manège que j’ai rendez-vous avec un certain J-C Le Saout alias Wax Tailor. Première nouvelle en arrivant, toutes les interviews ont été annulées car il est malade, sauf une autre et la mienne. Donc je remercie tout d’abord J-C pour avoir bien voulu me consacrer un peu de temps malgré son état de fatigue (qui ne se ressentira absolument pas durant le concert). Je le retrouve donc, pour parler de son nouvel album Hope & Sorrow et de sa tournée, dans sa loge, tout recroquevillé dans son fauteuil. Et c’est parti pour un entretien raccourci mais qui commence sur le ton de la bonne humeur.
Peter : Première question de convention, on doit se tutoyer ou se vouvoyer ?
Wax Tailor : Je tiens à ce qu’on me vouvoie. (Silence, puis rire) Nan je rigole, on va se tutoyer bien sûr.
Ok ça marche, alors c’est parti, ma première question sera sur la formation du groupe. Peux-tu expliquer la genèse de groupe, car tu étais bien producteur avant c’est ça ?
Oui tout à fait.
Donc comment es-tu venu dans le monde de la musique, et qu’est-ce qui t’a poussé à faire des disques solos ?
C’est une suite logique de ce que j’avais fait auparavant. J’avais plusieurs projets qui étaient dans des chapelles et par la suite j’ai eu l’envie de regrouper tout ça, de trouver un fil conducteur. De faire un projet autour de tout ça.
Tu avais un label aussi un moment ?
Oui, je l’ai toujours d’ailleurs. Les disques sortent toujours, tu vois aujourd’hui ça fait dix ans que le label a été monté. Je travaille avec Atmosphérique en licence, mais c’est toujours moi le producteur.
Le public a découvert l’univers de Wax Tailor avec la sortie du premier album en 2004. L’album a bien été accueilli dès le départ, est-ce qu’en tournée tu as retrouvé la même chose ?
Je dirais même que c’est un des facteurs importants en fait de ce qu’il se passe. Tu vois il y a le bouche à oreille sur le disque, mais à un moment donné c’est un projet qui existe aussi et qui a un temps important par rapport à la scène. Il y a le projet disque et le projet scène qui se déclinent différemment; dans la mesure où sur scène je suis accompagné, c’est plus un projet collectif où les gens qui sont sur scène avec moi sont partie prenante. Je pense qu’il y a un retour des choses, le disque amène des gens en salle, mais peut être même plus encore, les concerts amènent les gens à acheter le disque et à découvrir le projet par rapport à cette dimension là. C’est un équilibre en fait.
Sinon au niveau de ton style qui est très éclectique, peux-tu-m’en dire un peu plus sur tes influences ? Dans tes CD on entend aussi bien du Hip-Hop old school, comme du Beastie Boys en intro de chanson ou bien des vieux groupe des 80’s, ou encore de la Soul, du Jazz… ? Comment mêles-tu tout cela en studio ?
Je crois que c’est un processus naturel, dans le sens où tu utilises le sampling. Pour moi c’est presque un postulat, je ne vais pas dire que c’est un postulat militant, mais il y a une démarche qui va vers le son, la texture etc. A partir de là la force du procédé pour moi, elle est véritablement de pouvoir aller fouiller à droite à gauche. De ne pas être sur une formation basse, batterie, guitare et donc de pouvoir ouvrir sur n’importe quel type de musique. Donc ma méthode de travail en 15 ans elle n’a pas foncièrement évoluée, c’est plus les référentiels qui se sont élargis, l’envie d’aller explorer d’autres choses et puis tu découvres d'autres musiques. Il faut souvent un peu de temps pour les digérer, et c’est ça qui fait la différence entre ce que je faisais avant et ce que je fais aujourd’hui. Le fait de pas faire quelque chose de nouveau, mais d’avoir maintenant quelque chose de plus personnel.
Et donc au niveau du studio comment se passe le travail de composition, mais tu viens en partie d’y répondre ? Je trouve qu’il a une certaine ambiance cinématographique dans tes albums. Est-ce qu’il y a un concept qui régit l’album ou bien les idées viennent comme ça petit à petit ?
En fait il y a un peu deux aspects, il y a un côté archiviste monomaniaque par rapport à tout ce que je récupère, parce qu’il faut une grosse matière pour pouvoir construire des choses, où là je suis assez ordonné. Et puis il y a la matière musicale, là pour le coup c’est quelque chose de beaucoup plus spontané, j’ai tendance à essayer de collecter des choses, mais en définitif je m’en sers très peu. C’est dans l’instant où tu découvres un son, tu réagis par rapport à celui là, donc je marche pas mal à ça. C’est la texture qui guide un peu tout ça, tu as un son entre les mains, tu as envie de le sculpter, et c’est ça pour moi au final la mélodie que je vais composer, c’est plutôt une sculpture de textures. C’est surtout une mélodie qui réagit par rapport à un son, et puis dans un deuxième temps il y a vraiment une sorte d’épine dorsale, quelque chose d’important. Comme un gimmique ou une ritournelle, quelque chose qui fait un peu l’armature et qui permet après d’aller vers des arrangements, d’aller vers des ponts, en ayant en tête de garder cette épine dorsale.
Dans le nouvel album Hope & Sorrow, on sent qu’il est beaucoup plus construit avec moins d’interludes, et aussi plus riche en couleur ?
Je dirais qu’il est un peu plus concis, et surtout beaucoup plus contrasté par rapport au premier. Mais le premier c’était une volonté de le faire vraiment sur un fil, quelque chose d’assez constant, de mélancolique. Je dirais même que les quelques moments où ça remontait un peu, j’avais presque du mal à le gérer, au niveau du disque en tout cas. Et là par contre il y avait une volonté, du genre un truc comme Open solo tu vois, de couleur et de me différencier et donc voilà comment ça a été construit.
Ok, vu que t’es malade je vais élaguer quelques questions. Donc le groupe vient de commencer une nouvelle tournée, comment ça se passe au niveau des différentes collaborations présentes sur l’album, vous arrivez à avoir la même complicité en live qu’en studio ?
Je dirais qu’aujourd’hui la formation scénique c’est Mlle Savary. (Il montre donc Charlotte qui est assise pas loin de moi).
Elle était déjà présente sur le premier album c’est ça ?
Oui absolument, le monsieur là-bas aussi, mister Mattic, notre rappeur et les deux demoiselles Ludivine à la flute et Marina au violoncelle. Et enfin le monsieur qui se sert un verre, qui nous fait des dessins dans le dos. Donc voilà par rapport à ta question sur la complicité sur scène je dirais que c’est surtout là qu’elle existe, le studio c’est toujours un temps différent où c’est souvent un instantané. Tu vois tu fais quelque chose de figé, alors que là, la scène en se retrouve vraiment. Tu dis que c’était une nouvelle tournée, mais c’est en fait une troisième partie de tournée.
Oui vous avez fait une pause là, et vous reprenez ce soir.
Oui il y a eu une pause, mais maintnant c’est plutôt une troisième partie. De plus les pauses entre chaque partie ça permet de faire évoluer le concept, de faire évoluer les titres, je crois que c’est même véritablement là qu’il y a un échange.
Depuis que le groupe s’est formé tu as joué un peu partout dans le monde, est-ce que partout dans le monde il y a la même ambiance, et est-ce que la réception est à peu près partout similaire ?
J’ai la sensation qu’il y a un peu trois temps. Il y a le concert en France où il se passe vraiment quelque chose de particulier, parce que le projet a pris une dimension et on a quelque chose d’un peu privilégié par rapport au contact qu’on a avec la scène en France. Après il y a les territoires « vierges », comme quand on va au Chili, au Mexique ou des pays comme ça, où le disque n'existe pas. Là je trouve que l’appréhension est plutôt forte, ce qui est intéressant c’est qu’il y a pas mal de gens qui nous interpellent : « tiens vous allez dans ce pays là où ils n’écoutent pas ce genre de musique… ». Avec des à prioris qu’on pouvait avoir nous même, et en fait ça c’est super bien passé, c’est un public qui arrive frais, sans aprioris sur le projet et qui découvre, ça c’est très bien passé. Après il y a les Etats-Unis où là pour le coup j’ai le sentiment à échelle différente que la réception est meilleure.
Il n'y a plus la barrière de langue déjà…
Ouais c’est ça, il y a le côté anglophone qui fait que c’est plus facile de rentrer directement dans le projet.
Sinon est-ce que tu préfères être en studio ou en tournée, ou bien alors les deux se complètent ?
En fait les deux, c’est le point d’équilibre. Quand t’es en tournée comme ça depuis très longtemps t’es toujours content d’être en tournée, mais tu as la frustration de pas avoir le temps de faire de la musique en studio, de faire des nouveaux morceaux. Et puis tu es content de retrouver ton studio, de faire de la musique, et ensuite tu en as marre d’être enfermé dans ton studio à faire de la musique tout seul, et t’as envie de faire découvrir les morceaux, de les retravailler avec tout le monde et c’est un bon équilibre.
On va finir par quelques questions plus générales. Quels sont tes projets pour l’avenir, t’as un nouvel album en préparation ?
Il y a pas mal de nouveaux titres, là comme on est une petite salle on a commencé à travailler sur des titres. Et sinon principalement des dates en France, une tournée en Europe, en Amérique centrale au mois de juin. Il y a un tiers du mois de mai qui est déjà complet. Pas mal de gros festivals d’été qui arrivent donc ça c’est plutôt cool. Et après la fin de l’été on va tirer le rideau pour pouvoir travailler sur de nouvelles choses et l’envie de travailler sur un prochain disque.
Terminons par un débat d’actualité. Quelle est ton opinion sur la situation actuelle de l’industrie du disque par rapport au téléchargement en ligne, comme Radiohead… ont pu le faire, est-ce que c’est dans tes projets d’exploiter internet ?
C’est assez complexe, je ne suis pas Nostradamus sur ce genre de question, tu vois d’une année sur l’autre ça évolue. Tu vois par exemple le cas de Radiohead, il y a pas mal de professionnels qui s’appuient là-dessus pour faire un cas d’école et c’est une connerie. Objectivement Radiohead c’est un groupe qui a une grosse base de fans, et on se rend compte quand tu regardes les résultats des téléchargements, c’est qu’il y a un prix moyen qui n’a aucun sens. Car il y a en je sais pas combien qui ont payé quelques centimes ou rien et des gens qui ont payé jusqu’à 150 $, des trucs complètements délirants que personne ne paiera pour Wax Tailor ou x, y. Je pense pas que ce soit représentatif.
On voit bien que c’est avant tout la renommée et des très grands groupes qui peuvent se le permettre…
Ouais voilà… Mais par contre ça a le mérite de poser la question, de mettre un peu les professionnels devant cette question qui est récurrente et qui évolue. Je crois que c’est Charlotte qui me disait hier que iTunes est passé premier magasin de musique aux Etats-Unis. Les choses évoluent, le questionnement sur le support, c’est le support physique qui est question, après la question c’est un peu aussi savoir comment l’industrie du disque se positionnera derrière tout ça. Parce qu’il y a beaucoup d’hypocrisie, bien sûr c’est une industrie il faut pas nier le truc tu vois, on va pas tomber dans le manichéen, mais il faut essayer d’être juste et de trouver une articulation avec tout ça et que si on passe sur une logique un peu plus digitale, peut être trouver de nouvelles règles, que l’artiste ait un rapport un peu plus direct à sa musique aussi.
Ca peut aussi permettre de produire plus, vu qu’il y a des étapes qui sont sautées…
En effet il y a pas mal d’étapes qui sont raccourcies. Tu vois le schéma tel qu’on le connaissait il y a quinze ans, il est plus du tout le même quoi. C’est des cas de figures qu’on retrouve constamment, des producteurs veulent racheter des albums tout produits pour ensuite devenir leur producteur. Là pour le coup ça questionne sur les producteurs, on connait leur position par rapport à tout ça. Maintenant à mon avis les artistes ne se prennent pas toujours assez en main par rapport à leur musique, c'est-à-dire qu’ils sont là assez attentistes, enfin certains en tout cas. Un peu dans le cliché de l’artiste qu’est pas capable de se prendre en main par rapport à ça et de réfléchir. Tu vois je peux comprendre qu’un artiste n’aie pas du tout envie de s’en occuper, après faut pas s’étonner qu’ils soient prit dans l’engrenage de l’industrie du disque.
Chacun fait ses choix.
Ouais voilà exactement.
Je vais donc te laisser te reposer et te soigner pour le concert de ce soir.
Ok ça marche et merci pour l’entretien, je te dis sans doute à ce soir au concert.
Ca marche, en plus vous avez une excellente réputation scénique…
On va essayer de pas ternir cette réputation alors…
…avec les jeux d’images…
…pour ça je garantis rien, le mec (qui se trouve à 1mètre de lui) qui se charge de ça est trop naze, il a aucun talent. (Rires)
Son ingé. images : Ouais je fais que des trucs déjà vus, et j’ai aucun style. (Rires)
L’entretien se termine donc prématurément, mais comme il a commencé, c'est-à-dire avec bonne humeur. Quelques heures plus tard Wax Tailor fera un show magique, visiblement remis sur pieds.
Un grand merci au groupe et à J-C Le Saout pour m'avoir reçu en interview malgré qu'il n'était pas au mieux de sa forme, merci aussi au label Atmosphériques et surtout à Alexis Callies qui a organiser la rencontre.






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