| Saul Williams – The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust! |
Renaissant à chaque album et devenant chaque fois une nouvelle entité, tour à tour Purple Pigeon sur Amethyst RockStar, Black Stacey sur l’éponyme, Saul Williams nous revient ici sous les traits de Niggy Tardust.
Aussi cette fois-ci plus encore qu’à son habitude, l’artiste pourrait être comparé à Mumia Abu-Jamal par la qualification de :The voice of the voiceless. En effet l’homme aux multiples talents (acteur, slammeur, poète, musicien, producteur…) exprime à travers cet opus encore plus sur la rébellion noire qu’auparavant. Il se fait le porte-parole d’une génération grandissante, instruite et politiquement consciente, comme il est en vogue de le dire. Cela aux travers de textes, tous signés de sa main, lourds de sens et au combien percutants.
Après deux albums qui ont commencé à bien faire parler d’eux, cet opus était attendu avec impatience par nombres de fans, d’autant plus que l’album est avant tout le fruit d’une rencontre entre Trent Reznor (NIN) et notre homme. En effet, Saul Williams fut convié à jouer en première partie de NIN pour la tournée With Teeth, se prêtant ainsi au jeu des tournées, qui consiste chez les deux hommes à venir chanter sur les titres de l’autre. De là est né un respect mutuel entre les deux artistes qui viennent de milieux musicaux opposés, mais ayant tous deux la même volonté de repousser les barrières du capitalisme musical. Donc c’est tout naturellement que M. Reznor propose ses services à la production, il sera aidé par des comparses de longue date, avec entres autres Allan Moulder, connu pour son travail avec les Smashing Pumpkins et Atticus Ross, connu pour son travail avec Korn.
Mais laissons l’histoire et la littérature à leur place pour s’intéresser de plus près à l’album lui-même, qui à l’instar de Radiohead et son In rainbows peut soit être téléchargé gratuitement ou en payant 5$. Différents formats disponibles (dont le FLAC) pour ceux qui débourseraient la modique somme d’environ 3,50€. L’initiative rappelons-le part principalement de Trent qui déclarait peu de temps avant trouver le procédé génial et qu’il comptait le mettre en place pour le prochain NIN.
Passons donc à la musique elle-même, le disque commence fort, très fort avec des beats tant chargés en basses qu’ils feraient peurs à tous les dancefloors undergrounds du monde. Les samples sont d’ailleurs signés CX Kidtronik sur ce titre, DJ qui tourna avec Saul pour son album éponyme. C’est un titre au rythme enlevé, avec un break en milieu de chanson façon hip-hop frénétique rappelant Old Dirty Bastard à la grande époque. S’ensuivent des titres tout aussi nerveux mêlant électro, hip-hop et une bonne touche d’indus, où l’on sent les nappes de synthés venues tout droit de The fragile. Et c’est là le point qui laisse perplexe : Reznor, bien sûr sa production est parfaite, mais l’on entend vraiment trop la touche Nine Inch Nails par moment, ce qui peut être gênant pour voir l’évolution réelle de Saul, mais cela n’est qu’un détail. L’album manque toutefois d’homogénéité, cela étant sans doute dû à un départ, trop bon, avec les fantastiques Convict colony et son rythme hypnotisant, la très old-school Tr(n)igger (forcement le titre est basé sur le sample de Welcome to the Terrordome de Public Enemy) et la lourdement indus Break. La reprise de Sunday bloody sunday peut néanmoins sembler moins convaincante, parfaite à vrai dire mais qui tombe au milieu de l’album sans trop savoir pourquoi. Le reste du CD est un ton en dessous mais tout de même très bon, l’association Reznor/Williams fait vraiment merveille sur des titres comme DNA ou WTF !. Aussi la fin de l’album s’essouffle quelque peu, on a le droit à une chanson reggae entièrement écrite par Saul cette fois, avec Scared Money, très bonne mais qui ne rentre pas du coup dans la logique de Niggy Tardust. Les dernières chansons sont plus orientées vers des ambiances plus ou moins atmosphériques, avec la balade décidemment Reznorienne No one ever knows, mais c’est tellement bien fait que l’on ne peut pas lui en vouloir. Suivi de Banged And Blown Through avec ses violons et ses voix semblant flottées. Pour se clôturer avec The ritual et ses chœurs chamaniques.
Tous les titres pourraient être détaillés un par un, tant la construction et la (sur)production sont présentes à chaque instant. Donc quel constat tirer de tout cela ? Que l’album est bon, même très bon, se laissant écouter et réécouter. Le duo fonctionne parfaitement, mais pour un album de Saul Williams l’on aurait peut-être souhaité sentir un peu moins la présence NIN. Niggy Tardust, est donc à part dans la discographie de l’artiste, plus une rencontre entre deux génies qui donnent le jour à un album fusionnant parfaitement les deux styles et qui laisse présager le meilleur pour l’avenir de ses deux artistes.
.: Tracklist :.
01. Black History Month
02. Convict Colony
03. Tr(n)igger
04. Sunday Bloody Sunday
05. Break
06. NiggyTardust
07. DNA
08. WTF!
09. Scared Money
10. Raw
11. Skin of a Drum
12. No One Ever Does
13. Banged and Blown Through
14. Raised to be Lowered
15. The Ritual






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