Festival Papillons de Nuit – Live Report J3

D’un côté De Staat, Soviet Suprem et Alo Wala, de l’autre Michel Polnareff, Louane et Boulevard des Airs : les derniers instants des Papillons de Nuit 2016, ou la conclusion de trois jours de mélange mainstream/pointu en Normandie.

Papillons de Nuit 2016 jour 3 : Goodbye Polnareff

Moustache du jour : Sylvain Duthu (Boulevard des airs)

Le programme de Tata Monique : Les Innocents, Josef Salvat, Louane, Michel Polnareff
La découverte coup de cœur de Tata Monique : Boulevard des airs (« SU-PER ! Je vais acheter leur CD, j’adore ! »)

Le programme de Gustave le blogueur influent : We Wolf, Olifan, De Staat, Soviet Suprem, Alo Wala
Le plaisir coupable de Gustave : Les Innocents (« d’excellents paroliers ») et Louane (« j’y peux rien, elle m’émeut »)

Dimanche 22 mai 2016, c’est le dernier jour pour les Papillons. En arrivant sur les routes alentour, on voit dodeliner ça et là des tractopelles pleins à craquer de copeaux. Ils descendent tranquillement la pente de l’entrée du festival pour venir déposer une litière cosy sous les bottes des festivaliers qui baillent encore. Faut dire qu’hier, c’était la fête, et on attend encore de la pluie aujourd’hui. On rejoint donc la petite scène pour aller écouter le synthé sombre des bretons de We Wolf. Le post-punk flippant du groupe n’est pas sans rappeler Joy Division, et c’est un peu dur au réveil ; on ira les revoir ailleurs en concert, avec une bière et l’ambiance adéquate (à côté du stand de gaufres, c’est chaud).

Le brin de soleil qui perce nous rappelle qui on attend, cet après-midi. Ben oui, c’est con mais moi j’aime bien les Innocents, même après tout ce temps. Il y a un petit quelque chose de juste dans leur nom, et si vous vous souvenez des très bien écrites L’autre Finistère et Colore, vous voyez de quoi je parle : le duo a toujours affiché une fraîcheur propre aux groupes du début des années 1990. Et c’est toujours le cas… En partie. Musicalement impeccable, le jeu des deux guitares enchante clairement le public au-delà des tubes attendus. Un peu de regrets pour l’humour un poil passif-agressif de J.P. Nataf, qui n’apprécie visiblement pas trop le passage des Innocents de la position de « tête d’affiche » à « groupe du dimanche après-midi ». Dommage, parce qu’on a passé un très bon concert et que c’est justement rare un dimanche après-midi…

Et quitte à démonter cette logique du dimanche après-midi ennuyeux, allons-y franchement : c’est Boulevard des Airs qui enchaîne la suite. Quiconque a déjà entendu Cielo Ciego ou Bruxelles à la radio finit par la marmonner en boucle jusqu’à en devenir chèvre, phénomène qui laisse rarement place à de bonnes dispositions envers le groupe responsable. Adulés par le public et une grande partie de la presse, on attendait des petits génies une vraie prestation et pas juste un tube radio recraché sans âme. Et c’est un strike : les titres sont envoyés dans la foule comme des boulets de canon, le groupe saute dans tous les sens et une folie festive s’empare de tout le monde (j’avoue tout : j’ai craqué). L’improbable mélange entre samples clubbing, nouvelle chanson française, rock et même un peu de ska et de zouk est terriblement efficace. Impossible de classer Boulevard des Airs, qui est probablement un symptôme fort de la musique actuelle : ce genre de cuisine délirante dynamite les cases, et c’est pas plus mal. À la sortie du concert, on a pris un moment pour causer musique avec le chanteur, Sylvain Duthu : voir l’interview.

Vous avez forcément entendu sa reprise de Diamonds de Rihanna l’an dernier : la voix de Josef Salvat a fait le tour des ondes en quelques semaines et lui a valu une reconnaissance et une tournée mondiales. Ça tombe bien, le jeune Australien adore la France et est ravi d’être invité à Papillons de nuit. Proche du public, il dialogue volontiers en français et réussit avec brio la transition entre reprises et compo originales ; c’est un plaisir d’y assister et de l’entendre raconter les contextes de création de ses chansons. De la pop à suivre !

Attendue par une armée de fans de 7 à 77 ans (voire de 4 à 77 ans), Louane a de quoi avoir le trac. Propulsée au rang de star nationale de la pop quasiment du jour au lendemain, la choupette à la voix cassée s’appuie sur un jeu de scène proche de ses musiciens pour de beaux résultats : elle n’a plus seize ans et même si elle est timide elle reste très pro. On a droit à un bon set, sans fausse note et fort en émotions.

Passage dans un monde parallèle du côté de la petite scène : les Néerlandais de De Staat ont embarqué leur monde bizarro-militaro-industriel et de grosses basses sur scène. Leur identité musicale est frappante, et c’est un des gros atouts du festival : à côté de la programmation « radio », les choix pointus n’en restent pas moins excellents.

Les Soviet Suprem annoncent le gros événement du soir : ils montent sur scène déguisés en Polnareff. Parce que oui, mine de rien, toutes les tatas Monique du dimanche sont impatientes de voir Michel, et les jeunes aussi. Les légendes encore vivantes, c’est rare, et Michmich a posé ses textes sur un pan énorme de la musique française.

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Mais voilà, depuis La Poupée qui fait non, des décennies se sont écoulées : Polnareff est passé à autre chose (aux Etats-Unis), et ça se ressent. Le concert est grandiloquent, loin du public : tant de remue-ménage pour Y a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, c’est un peu gênant. L’ambiance fête de camping de luxe a son instant de grâce quand les paroles d’On ira tous au paradis défilent en karaoké sur l’écran géant, et que Michel laisse le public chanter. Goodbye Michel.

On se console du seul couac de la journée devant le coup de cœur absolu du dimanche, le dernier concert du festival : Alo Wala. Restons-en aux conclusions précédentes et faisons fi des cases, Alo Wala ne se case nulle part. Quelque part entre Die Antwoord et M.I.A., bass hip-hop aux influences indiennes, le groupe revendique son pluralisme dans un monde interconnecté et fait son beurre en mettant le public en transe. On vibre de l’intérieur, et c’est une belle façon de terminer Papillons de Nuit 2016 !

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Article : Marine Pellarin

Photos : Ugo Schimizzi

ugo schimizzi

Rédacteur et photographe de concert depuis 2008. Co-fondateur du Magazine Karma. www.ugo-schimizzi.com/concert

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1 Response

  1. 1 juillet 2016

    […] C’est le souffle coupé que le public rejoint les vieux de la vieille : Saxon, 60 ans de moyenne d’âge. On aurait bien fait des blagues sur la calvitie et l’arthrite, mais le groupe de heavy anglais headbang à l’aide de leurs chevelures épiques comme au premier jour et fout la honte aux petits jeunes avec des soli impeccables. C’est carré, efficace et terriblement pro. Quand on se dit que ces messieurs sont probablement les grand-pères de quelqu’un, on aimerait bien avoir les mêmes. Finalement on l’apprécie carrément ce samedi après-midi (à l’image d’un dimanche aprem pépouze à Papillons de Nuit). […]

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