Chronique – Romain Humeau : Mousquetaire #1

romain-humeau-mousquetaire-1Foule Monstre avait présenté un visage nouveau du groupe Eiffel. Ouvert aux expérimentations et bardé de bidouillages sonores, le disque conservait l’esprit rock’n’roll de toujours sans pour autant tomber dans la redite. Romain Humeau est en effet de ses artistes qui avancent à l’envie, qui aiment à prendre des risques. Échappé en solo, le musicien poursuivant l’année passée dans cet esprit en s’aventurant dans l’inconnu avec le concept-album Vendredi où les limbes du Pacifique, œuvre hybride sur laquelle ce dernier accompagnait musicalement les textes de Michel Tournier. Mousquetaire se profile pour sa part comme un disque plus conventionnel sur la forme, ce qui n’empêche en rien le musicien de se faire plaisir et d’explorer la large palette de ses influences.

Romain Humeau est une âme vagabonde. S’il n’a jamais gagné les faveurs du grand public – ce dont il se fiche d’ailleurs éperdument –, l’homme se plaît à multiplier les expériences, à se lancer de nouveaux défis. Engagé au cours des dernières années sur diverses collaborations originales – dont la production et les arrangements des derniers albums de Bernard Lavilliers –, Romain Humeau aura ainsi étalé l’écriture de son nouveau disque solo sur près de trois années. Une longue gestation qui se solde aujourd’hui par la finalisation de trente compositions réparties sur deux volumes, Mousquetaire #2 étant pour sa part envisagé pour le milieu de l’année 2017. Bien que le musicien évoque donc la « moitié d’une phrase » pour décrire ce premier volet, ce dernier reflète déjà parfaitement ses envies. C’est en effet un Romain Humeau libéré de toutes contraintes qui se présente ici. L’esprit Eiffel n’est certes jamais loin – le musicien reste compositeur principal dans les deux cas de figure –, mais Mousquetaire le laisse évoluer au delà de son carcan habituel. Romain Humeau passe sans se soucier des avis entre français et anglais, textes poétiques et réflexions plus enfantines, ballades sautillantes et ambiances plus graves.

Si l’ensemble reste particulièrement travaillé et témoigne de tout le savoir-faire de l’artiste en matière de composition, ce Mousquetaire #1 témoigne presque d’une certaine insouciance. Romain Humeau se laisse aller à quelques rêveries, multiplie les sons, greffe de ci et là des enluminures musicales légères et originales. Le disque recèle en ce sens de détails, le musicien ayant fait appel à sa « famille »musicale – sa compagne Estelle, Nicolas Bonnière – pour apporter des touches plus ou moins discrètes au hasard des morceaux. Articulés autour de structures pop, les morceaux intègrent des cuivres – saxophone, basson –, claviers, flûtes, chœurs et ajouts électroniques  qui s’entremêlent sans jamais nuire à la cohérence de l’album ou à l’efficacité du songwriting. Romain Humeau parvient en effet à naviguer entre folk, pop, chanson française et rock en imposant à l’ensemble sa personnalité, son originalité.

La musique de Romain Humeau n’appartient qu’à lui. Musicien discret mais néanmoins influent, ce dernier propose ici un très grand disque. Tendres, mélancoliques, riches et habillés de textes aux petits oignons, ces treize morceaux présentent un musicien au sommet de son art. Un grand homme de la musique française, assurément. Vivement la suite.

Mousquetaire #1, disponible depuis le 30 septembre via le label PIAS.
Romain Humeau : site officiel / page Facebook.

Le vidéo-clip de « Paris » :

Le vidéo-clip de « Amour » :

Le vidéo-clip de « Struggle Inside » :

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *