[Chronique] Mono : Requiem for Hell

Ce n’est que deux ans après le double album Rays of Darkness / The Last Dawn que les experts du rock atmosphérique japonais reviennent en force avec leur neuvième album, Requiem for Hell. On en parle ensemble ?

Comme annoncé précédemment, Mono glisse une trame existentielle à travers son œuvre et souhaite nous parler en toute intimité de leur vision de la vie et de la mort. Un arbre de la vie revisité pour le plus grand plaisir de nos oreilles. L’oralité du post-rock permet de retranscrire un panel d’émotions vives et pas tout-à-fait cernées, comme si quelqu’un nous parlait d’un thème à chaud, sans connaissances théorisées ou arrêtées mais avec une expérience à raconter tout de même. C’est pourquoi le thème abordé dans Requiem for Hell est en somme très cohérent avec le style.

Alors que Mono travaillait auparavant ses créations sur une approche contemplative avec des phases plutôt picturales (cf : les titres phares « Giant On The Other Side », « Are You There ? », « Moonlight », « Ashes In The Snow », « The Battle To Heaven », « Dream Odyssey » et j’en passe…), le quatuor semble avoir changé d’angle d’attaque de manière assez installée et nous donne naissance ici à des compositions moins orchestrales et plus torturées.

L’album se compose de 5 chansons, et commence par « Death in Rebirth » dont le nom appelle plus à statuer comme un dénouement ou une conclusion au moins partielle dans ce genre de réflexion existentielle, plutôt qu’à une intro. Mais qu’importe, ou au contraire voilà déjà un bon exemple de modalités de retranscription orale d’un lot de pensées : le désordre naturel dans lequel elles arrivent aux prémices de leur construction, même si finalement il serait faire preuve de méconnaissance de penser que Mono n’ait jamais abordé ce genre de thématiques par le passé. Tout de suite, on sent que l’album procède à quelques changements et laisse de côté le remaniement et le perfectionnisme au profit d’un peu plus de spontanéité.

Et si la signature Mono est toujours présente dans les instruments et l’atmosphère, elle s’en trouve quelque peu changée et s’inscrit dans un  perturbant rapport de continuité inversé avec le duo Rays Of Darkness/The Last Dawn. Requiem For Hell par ses thématiques abordées dans sa trame et sa composition se présente plus comme les réflexions encore au stade embryonnaire du duo précédent, appelant plus à se positionner chronologiquement parlant avant ce dernier : plus tranché, plus tranchant, plus à vif et à fleur de peau notamment grâce au contraste fantastique qui démarre sur « Stellar » et le très sombre et cru (et long aussi, presque 18 minutes !) « Requiem for Hell » suivi par le très intime « Ely’s Heartbeat », clé du dénouement de l’album. Cette succession lunatique donne presque l’impression qu’il s’agit ici d’un split avec un autre artiste avec lequel Mono ne se serait pas concerté, tant la transition d’ambiance est percutante, mais tellement bien léchée!

« Requiem For Hell », le titre, propose un grand nombre d’idées nouvelles : des patterns alternatifs résolument noise et rock qui feront secouer quelques têtes sur certains moments, pourtant sur un thème des plus noirs, avant de nous plonger dans l’horreur et la déconstruction la plus totale. Non, Mono n’est pas là pour nous distraire, mais bien nous ébranler et nous maintenir enfermés dans leur monde et ce, dès qu’ils le veulent. C’est aussi en cela que réside l’un des plus gros bouleversements apportés par l’album : cette captation non plus contemplative mais presque carcérale qui s’opère dans ce titre-clé qui vient casser justement le côté impressionniste de leurs œuvres passées, chose que Mono ne nous avait pas habitués. Même si l’on pouvait croiser cette route sur les deux derniers titres de Rays Of Darkness, ce n’était pas avec autant de cette violence à l’écoute qui entraîne autant de mobilisation du corps et de l’esprit. Un froid dans le dos presque addictif.

Mais après la pluie, le beau temps. « Ely’s Heartbeat » démarre tout doucement, nous mettant dans un cocon bien sécuritaire et bien mérité, et prend une toute autre signification une fois mise en brique dans l’album, comparé au ressenti qu’elle nous avait prodigué lors de sa sortie. Enfin, la cinquième et dernière chanson, « The Last Scene », renoue indéniablement avec les premières esquisses de Mono et nous plonge dans un lent et doux hymne à la vie, donnant toute sa complétude à l’album qui dépasse le stade de l’expérimentation impulsive (même si ce ressenti n’a jamais vraiment fait surface à son écoute).

Requiem for Hell, s’il n’est pas ou peu représentatif de l’ensemble de leur discographie nous a démontré que le groupe à son neuvième album n’est pas prêt d’officier dans un continuel réassort d’idées déjà proposées. Le lien étroit avec Rays Of Darkness n’est finalement pas une lecture inappropriée et propose une autre théorie sur ce dernier quant à son apparition dans l’œuvre de Mono : une existence détachée et indépendante de son compagnon The Last Dawn, avec lequel il était initialement prévu d’y avoir sa place exclusivement à ses côtés. Mission périlleuse mais plus que réussie, peut-être imprévue ou inconsciente d’ailleurs, mais qu’importe au final, non ?

 

mono requiem for hell

 

Mono, Requiem For Hell

(2016 – Pelagic Records)

01 – Death In Rebirth

02 – Stellar

03 – Requiem For Hell

04 – Ely’s Heartbeat

05 – The Last Scene

Mise à jour 

L’album est entièrement disponible en streaming à cet adresse :

Jean-Marie Carrée

Be confortable, Creature.

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