At the drive in – Interalia

Le grand retour d’At The Drive In après 17 ans d’absence. Le groupe d’El Paso, qui hissa un album monumental, « Relationship of command », au sommet du rock’n’roll signe un nouvel opus, « Interalia ». Difficile d’y croire, tant l’annonce d’une nouvelle production a été démentie au cours des dernières années, alors même qu’Omar Rodriguez Lopez et Cédric Bixler Zavala reformaient le groupe pour quelques dates de tournée éparses. On pensait qu’il fallait simplement payer les factures (déclaration toute transparente d’Omar…), mais il semble en être autrement tant « Interalia » offre un second souffle aux productions des deux zigotos chevelus. Si les membres du défunt groupe sont loin d’avoir cessé toute activité artistique en deux décennies (Omar Rodriguez Lopez ayant sorti rien de moins que 12 albums l’an passé…), il est légitime de s’interroger sur ce que l’on peut entendre dans cette réalisation made in 2017.

Autant le dire d’emblée, « Interalia » n’est pas « Relationship of command », mais cela n’en fait pas pour autant un mauvais album. Presque deux décennies se sont écoulées entre les deux enregistrements, alors forcément la voix de Cédric a mué, les artistes ont mûri et les moyens de production ont changé… Cet opus est donc plus proche d’Antemasque boosté aux amphétamines que des premières productions du groupe qui allait métamorphoser le post-punk et nous plonger dans un nouveau millénaire. Si Interalia n’est pas l’album monument, c’est l’album événement. Au moins pour l’instant, car il pourrait devenir l’album indispensable dans la discographie d’un groupe mort trop jeune et revenu juste à point. En effet, si At The Drive In ne tournait pas, on peut supposer qu’une des principales raisons était la maigreur de leur répertoire, ‘In / Casino / Out », « Acrobatic Tenement » et « Vaya » présentant un intérêt quasi nul au regard de l’émoi suscité par « Relationship of Command ». Qu’en est-il désormais avec « Interalia » en poche ? Nous sommes face à une production moderne réalisée par des musiciens mâtures, à leur apogée, et dont les derniers projets – bien qu’artistiquement intéressants – n’ont pas créé de véritables appels d’air. La réactivation d’At the drive in n’est pas anodine, et le choix de produire un nouvel album 17 ans après un succès immense l’est encore moins. At the drive In pourrait donc avoir de beaux jours devant lui en fonction du succès rencontré par « Interalia ». Exit The Mars Volta ?

Le scénario nous fait presque rêver tant la rupture du groupe au début des années 2000 nous avait laissé un goût amer… Les reformations habituelles sont les réminiscences moisies de carrières somptueuses, mais avec At The Drive In c’est différent : avec un seul album passé à la postérité, il s’agit d’un réactivation. Sans faire table rase du passé, les compositions d' »Interalia » sont un condensé de presque 30 ans d’expérimentations sonores et de construction d’une virtuosité. Que ce soit pour Omar, Cédric ou les autres membres de ce cru 2017, il ne s’agit plus d’un projet adolescent, mais d’une envie profonde de produire des émotions intenses. Si l’on ne compte plus les groupes adolescents qui veulent faire de la musique à papa, At The Drive In est un cas unique de quarantenaires qui réussissent à renouer avec la ferveur juvénile. Il est vain de vouloir comparer « Interalia » avec des productions datées, puisqu’il s’agit de quelque chose de parfaitement nouveau. On y retrouve bien évidemment la verve punk des débuts, mais surtout un psychédélisme marqué par les expériences menées dans The Mars Volta, les projets annexes, et la volonté « pop » d’Antemasque. Si cet album n’est pas génial, c’est donc un coup de génie.

Que vous dire après cela ? Que cet album ne vous rappelle pas les bons moments passés à planer sur « Pattern against user » ou à vociférer le refrain de « One armed scissor », cela est normal après des milliers d’écoutes. « Interalia » nous offre d’autres sensations. Le meilleur moyen de se plonger dans ce changement de paradigme est probablement d’éviter les singles, trop rationnels et sans saveurs, « Governed by contagion » ou « Incurably innocent ». Jetez plutôt votre dévolu sur des titres résolument dans l’air de ce cru : « Pendulum in a peasant dress », « Tilting at the univendor » ou « Call broken arrow ».   Il n’y a pas grand chose à jeter. Personnellement, je lui mets la note 20/20 alors que « Relationship of Command » trône en première place de mon Panthéon.

Mention spéciale : la pochette d’Interalia est probablement l’une des plus belles de notre collection… L’édition limitée du vinyle est tout simplement un bijou.

.: Tracklist :.

1. No wolf like the present
2. Continuum
3. Tilting at the univendor
4. Governed by contagions
5. Pendulum in a peasant dress
6. Incurably innocent
7. Call broken arrow
8. Holtzclaw
9. Torrentially cutshaw
10. Ghost-Tape N°9
11. Hostage stamps

Erwan Le Nagard

Fondateur du site, épris de passion pour le stoner. Le monde ne se résume pas à une citation de Lemmy.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *