Chronique : Tagada Jones – La Peste et le Choléra

Tagada Jones affiche désormais plus de vingt années d’activisme musical au compteur. Une ancienneté qui, comme pour tout groupe installé de longue date dans le paysage musical français, pourrait donner à réfléchir quant à la légitimé du quartet à poursuivre l’aventure. Si l’approche musicale est désormais bien connue, les Tagada trouvent dans l’actualité une raison d’exister. Marqué au fer rouge par les violences / désordres politiques qui secouent le monde depuis les trois dernières années, les bretons livrent avec La Peste et le Choléra un brûlot bien vénère et parfaitement en phase avec son temps.

Difficile de reprocher à Tagada Jones de ne pas se renouveler en profondeur. Le quartet connaît son sujet et exploite sa formule avec un certain brio. Le groupe a par le passé ajouté de ci et là des enluminures metal, quelques ajouts électroniques ou encore misé sur un dédoublement du chant – Gus, qui quittera le navire en 2007 –.  L’esprit aura cependant très peu changé depuis leur première production indé’ en 1995. Tagada Jones balance un gros punk-hardcore bien speed, simple, efficace. De la musique « in your face » et résolument taillée pour le live. Les douze compos proposées sur ce nouvel album album ne dérogent pas à la règle. Le disque déroule une enfilade de morceaux aux structures standards – 3 min 30 à 4 min, pas de rab’ – mais qui suintent par tous les pores la rage et l’énergie. Et force est de constater que les Tagada Jones parviennent encore une fois à poser sur bandes une bonne série de hits punk fédérateurs, articulés autour de refrains particulièrement entêtants et dynamités par une rythmique sauvage. Des compos comme « Mort aux cons » ou « Je suis démocratie » affichent certes les stéréotypes inhérents au genre – les chœurs « wow-wow » qui se glissent dans les moindres recoins – mais invitent méchamment à taper du pied.

Côté vocaux, Nico éructe comme un possédé. Le bonhomme ne recherche pas forcément la performance technique, mais met du cœur à l’ouvrage. Engagé et en colère, le chanteur joue avec les tripes et fait dans la critique au vitriol des politiques, extrémistes, bourgeois et cons de tous ordres. L’ensemble est forcément parfois anar’, souvent lucide. Les conséquences de la guerre civile en Syrie – attentas, montée en puissance des dirigeants radicaux – sert sans grande surprise de toile de fond à plus d’un morceau. Porte-étendard du punk-rock made in France, Tagada Jones déroule des textes porteurs d’un véritable message et appuie là où ça fait mal. A ce niveau, La Peste et le Choléra se profile probablement comme l’une des meilleures prods de Tagada Jones depuis le maitre-étalon L’Envers du Décor. Du tout bon.

Tagada Jones fait du Tagada Jones, mais le fait avec une envie d’en découdre intacte.  La Peste et le Choléra ne surprendra en ce sens pas les aficionados du quartet, mais tend à prouver que ces « anciens » de la scène alternative ont encore leur bille à jouer.

Album disponible via le label At(h)ome.
Site officiel / Facebook Tagada Jones.

Le vidéo-clip de « La Peste et le Choléra » :

Le vidéo-clip de « Vendredi 13 » :

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