Chronique : ARM – Dernier Empereur

ARM est de ces artistes rares. Intègre, le bonhomme vit pour son art. Pas d’enluminures bling-bling ni prod’ saturée de voix vocodées putassières chez ARM. Ce dernier livre un rap brut et souvent obscur, expérimental et anti-conformisme. Dédouané de l’entité Psykick Lyrikah, enterrée avec l’excellent LP Jamais trop Tard, ARM revient sous son nom propre avec Dernier Empereur, album faisant suite à sa récente collaboration avec Tepr. Sur le fond, rien ne change : le musicien Rennais reste maître de l’écriture. Sur la forme, ce dernier accouche du disque le plus « lumineux » de sa déjà longue carrière.

Psykick Lyrikah a évolué pendant près de quinze années dans l’ombre. ARM en est resté le chef d’orchestre, invitant au sein de son laboratoire rap une foule d’artistes issus d’horizons divers, se réinventant à chaque nouvelle sortie. Passionnant et protéiforme, le projet a tiré sa révérence afin de laisser son maître à penser s’exprimer pleinement. Avec Dernier Empereur, ARM fait définitivement tomber le masque. A l’image de ce qu’il avait eu l’occasion d’entreprendre avec Tepr sur Psaumes, l’artiste ose encore davantage s’aventurer en dehors de sa zone de confort. Mais s’il tente un œil vers la lumière, ARM reste un rappeur de la nuit. Ou du moins de l’aube. L’artiste opère en effet davantage une transition vers le clair-obscur, évolution vers laquelle il tend avec sa pudeur habituelle. S’il aborde bon nombre de sujets hautement personnels et profite d’instrus moins plombées pour caser des textes sans fard ni artifice – « Ta Main », « La Lumière » -, ARM reste ce poète à fleur de peau que l’on prend plaisir à écouter et décrypter depuis plus d’une décennie. L’écriture s’allège, sans rien perdre de son impact, au profit de morceaux qui touchent droit au cœur.

Dernier Empereur fait preuve d’une classe folle. Le disque s’inscrit parfaitement dans les tendances actuelles sans jamais se vautrer dans les pièges du rap commercial de bas étage. L’artiste y use d’outils modernes – vocoder, auto-tune – sans excès et n’hésite jamais à nourrir ses prods d’éléments issus de sa culture musicale au sens large. ARM avoue bien volontiers ne jamais avoir été baigné dans une culture hip-hop stricto-sensu. Avec Dernier Empereur, ARM livre un disque de rap qui intègre en ce sens bon nombre des codes relatifs au mouvement – l’égo-trip sur le titre éponyme, bien que l’artiste ne prenne jamais véritablement l’exercice au sérieux –, mais le musicien garde à cœur de voir plus loin, plus large. Ce dernier n’hésite jamais à greffer de ci et là quelques envolées de synthé, des loops rétro ou des renforts rythmiques. Le seul écueil que l’on pourrait faire au disque serait peut-être sa durée, un poil trop courte. Un ou deux titres supplémentaires n’auraient clairement pas été de trop.

ARM est définitivement l’une des valeurs sûres du rap français. Dernier Empereur est une nouvelle fois un très grand disque, et l’occasion pour son géniteur de prouver qu’il est toujours capable de surprendre après une bonne flopée d’albums. Remarquable.

Album Dernier Empereur disponible via le label Yotanka.
Facebook officiel ARM.

Vidéo « Ta Main » :

Vidéo « De Passage » :

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