Interview Shaârghot le 2 février 2018 au Hard Rock Café (Paris)

« L’art est une échappatoire et a toujours été une bulle cathartique pour les gens. »

Interview du chanteur, compositeur et créateur du visuel de Shaârghot, le 2 février au Hard Rock café (Paris), venu défendre le dernier Ep du groupe « Break your Body ».

 

Peux-tu m’en dire plus sur le Shaârghot, la créature que tu as créée ?

Il y a tout un rôle autour de ça, c’est un jeu d’acting complet. La créature n’est pas forcément comme moi, n’a pas les mêmes façons de penser, les mêmes réflexions, pas les mêmes points de vue sur le monde, pas les mêmes façons de bouger. C’est un personnage entier, une invention complète. J’ai mis à peu près deux ans à créer le personnage abouti. Pendant ces deux années on a travaillé la musique en parallèle et on a fini par monter sur scène ce que je ne voulais pas faire sans que les choses soient vraiment claires et définies. J’ai été inspiré de beaucoup de choses que ce soit dans la BD ou le cinéma.

Le Shaârghot vient d’où ?

C’est un humain qui a muté, une expérience scientifique qui a foiré dans un monde futur au notre, un monde cyber punk. On évolue donc dans un monde purement dystopique. L’humain s’est montré trop curieux et a fini par être déporté et envoyé dans un camp où il a servi de cobaye. A la suite de l’expérience, il a fini par se transformer en ce truc là, une partie de sa mémoire est morte, il ne se souvient plus du tout de ce qu’il était avant, il ne reste que la partie malade de son cerveau qui s’est appelée elle même le Shaârghot et qui possède des capacités régénératrices, une force accrue etc donc on s’est retrouvés face à quelque chose pas très content d’être là, dans une cuve, particulièrement balèze, il a foutu un merdier incroyable et il s’est tiré et vit maintenant principalement dans les souterrains de cette cité. Il a commencé à se créer plein d’autres petits copains comme lui par son sang parce qu’il suffit qu’il inocule son sang à d’autres personnes pour qu’elles soient recouvertes du même parasite noir qui recouvre la peau.

C’est un scénario de film !

Oui et d’ailleurs je voulais l’adapter en film mais malheureusement c’est beaucoup trop cher donc on risque d’en faire une bd, un truc entre les comics et le roman graphique. C’est ma compagne, illustratrice, qui a réalisé l’artwork.

D’où vient le nom de Shaârghot ?

Shaârghot signifie « celui qui apporte le chaos ». Ça vient d’un langage runique mais je ne t’en dirais pas plus.

A quel moment as-tu décidé de chanter ?

Ce n’était pas prévu. Quand j’ai lancé le projet, je voulais faire quelque chose que j’aimerais bien entendre et que je ne retrouvais pas dans la scène actuelle, avec un visuel percutant, très dance floor comme la dark electro mais avec des grosses grattes très martiales et je n’arrivais pas à trouver ça à part Punish Yourself qui a ce côté festif, bordélique mais avec une puissance de feu incroyable derrière. Je faisais de la drums à la base, je me suis allié à un pote qui jouait de la guitare et qui avait des machines parce que je n’avais pas de quoi bidouiller à l’époque. A un moment, dans la structure du truc, je me suis dit qu’il fallait des paroles et j’ai eu envie de faire quelque chose de plus original que des textes liés à l’humain, quelque chose qui soit d’un autre monde, qui vienne d’ailleurs. Mais j’étais donc parti à la base pour faire de la drums et je ne me doutais même pas qu’il y aurait de la voix. Certaines choses se sont faites par incidence et c’est souvent ces incidents qui ont été les plus bénéfiques.

Les incidents ce sont des rencontres ?

Oui. Tous les musiciens, ça a été plus ou moins un incident. Bruno le guitariste je l’ai rencontré à l’époque où je fréquentais des soirées goth, c’était un des orgas qui faisait les lumières, il est ingé light, j’avais flashé parce que son stand de lights était intégralement composé en tuyauterie métallique qu’il avait fabriqué lui-même. J’avais flashé sur le truc et je me suis mis à en parler avec lui, j’ai fini par lui dire que j’avais un projet de groupe et que je cherchais des musiciens, de faire tourner l’info au cas où il connaitrait des musiciens. Très intéressé lui-même, il s’est bien gardé de la faire tourner ! le performer sur scène c’est aussi un incident parce qu’à la base c’était juste un pote qui devait filmer sur scène et qui a foutu le merdier du début jusqu’à la fin. Il n’a fait que des conneries, il a marché sur la pédale du guitariste, débranché des câblages et il nous a tellement emmerdés qu’on a finit par le latter. Le guitariste lui a envoyé un coup de pied au cul qui l’a envoyé valdinguer à l’autre bout de la scène et j’ai fini par le choper par le calcif et le jeter dans le public tellement c’était plus possible. Et à la fin les gens sont venus nous voir « putain c’était génial le mec tabassé, c’était trop cool ». Du coup on lui en a parlé et dit que sa punition serait de rester la victime ad vitan eternam. Depuis il s’est parfaitement accommodé de son sort et a endossé son rôle de performer avec grand plaisir donc il fait pas mal de bouffonneries sur scène mais qui sont plus maitrisées maintenant, il fait parfois un peu de percus, un peu de backing vocaux aussi et nous aide principalement aux back line. Donc lui aussi ça a été un incident. Maintenant c’est un personnage récurrent sur scène et qu’on retrouve même sur la pochette.

Chaque fois que vous sortirez un album il sera question du Shaârghot ?

Il y aura toujours le Shaârghot et ses shadows mais l’histoire est amenée à évoluer d’album en album. Pour être franc j’ai déjà écrit l’histoire sur à peu près 5 albums à la suite. Là on va arriver au 2e album, il y a un nouveau pan de l’histoire qui va s’écrire et j’ai déjà écrit les pans des trois autres albums à venir.

Les textes sont donc des récits de ce qui arrive à cette créature ?

Exactement. Tous ce qui est chanté est ce qui arrive au Shaârghot, ce ne sont pas des choses que moi j’ai vécues personnellement.

La musique, dans ce concept, n’est pas un peu accessoire finalement ?

En fait c’est un spectacle. Au même titre que Rammstein. Si tu vas les voir en concert, ce n’est pas juste pour les écouter mais pour les voir et il se passe quelque chose. Ce n’est même plus un show c’est vraiment un spectacle. Dans une représentation de Rammstein, il y a un décorum, des mises en scène, des interactions, tout est bien calculé et nous on essaie de faire quelque chose comme ça à une plus petite échelle comme le font par exemple Punish Yourself avec un univers fort et puissant qui se dégage. Un concert de Punish, ce n’est pas juste un concert, il se passe véritablement un autre truc, tu quittes l’univers dans lequel tu vis, tes soucis tu les as laissés à la porte. On veut donner cette impression avec Shaârghot. Laissez le monde réel derrière la porte, bienvenue chez nous et pensez à autre chose.

Pour quelle raison ? Parce que le monde réel est désespérant ?

Il n’est pas très fun, il y a beaucoup de carcans, de règles, d’injustice, de choix assez stupides et le Shaârghot est un petit peu la réponse à tout ça, à une société qui devient de plus en plus brimée, contrôlée, où on veut contrôler la pensée des gens, contrôler ce qu’ils veulent voir sur internet, contrôler par la religion, contrôler par l’argent. En fait un personnage noir qui arrive avec une batte de base-ball. Le Shaârghot n’a plus aucune limite et les shadows, les créatures qui le suivent, sont des individus à la base marginaux de cette société qu’il a recrutés pas toujours très volontairement, à qui il a inoculé son sang mais qui une fois le parasite en eux on cette barrière qui saute et ils se lâchent pour le meilleur ou pour le pire, ils n’ont plus vraiment d’interdits ou de tabous. S’ils ont envie de faire quelque chose ils le feront, ce n’est pas toujours forcément une bonne idée mais ils vont le faire.

Finalement l’espoir pour toi ce serait l’art ?

L’art est une échappatoire et a toujours été une bulle cathartique pour les gens. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui, s’ils ne faisaient pas d’art, feraient tueurs en série ou quelque chose comme ça (rires). J’avais vu cette phrase dans un film espagnol un peu expérimental « Balada triste de la trumpeta », assez fantastique, sur l’histoire de deux clowns dont un qui ne pouvait pas se passer de son métier de clown. Il disait son besoin de faire rire les gens et que s’il ne pouvait plus faire ce métier, il tuerait des gens.

On voit bien l’évolution du Shaârghot entre l’album et l’Ep et ta projection pour l’avenir. Mais musicalement et humainement tu dirais que le groupe a évolué comment entre l’album et l’Ep ?

Musicalement déjà c’est sûr que ça a évolué, premièrement parce que je ne travaille pas avec les mêmes personnes depuis le 1er album, la première personne avec laquelle j’ai travaillé n’a fait vraiment que passer, elle était là pour m’aider à retranscrire ce que j’avais en tête mais que je n’avais pas les moyens de faire parce que je n’avais pas de machine sous la main à l’époque, ça s’est fait de façon très brute, très primitive en quelque sorte et là les personnes avec lesquelles je suis à l’heure actuelle, avec lesquelles j’ai commencé l’album ont rejoint la formation par la suite parce qu’elles étaient intéressées, qu’elles se sont retrouvées happées dans l’univers et ont voulu y apporter quelque chose. Donc là je bosse principalement avec la bassiste qui est un personnage assez atypique, c’est une femme à barbe.

C’est à dire une femme à barbe ?

Une vraie femme à barbe. De naissance.

Tu l’as rencontrée comment ?

Encore une fois par erreur. Sur le net. Elle demandait si quelqu’un connaissait des groupes d’indus, j’avais du temps à perdre, je lui ai sorti une liste de dix noms, elle m’a remercié et recontacté par la suite pour me dire qu’elle venait à Paris pour ses études, que ça serait bien qu’on se capte dans un bar et je me suis retrouvé face à cette chose étrange, il ? elle ? je ne savais pas trop. C’est un personnage assez balèze avec des traits massifs, des longs cheveux mais dans la voix tu peux deviner qu’il y a quelque chose. Si elle se met torse nu sur scène tu vois qu’il y a un mono nibard et finalement c’est génial parce que c’est carrément dans l’univers du truc. Mais ce n’est pas pour ça qu’on l’a recrutée bien entendu ! Elle est venue nous voir, elle a bien aimé et à un de nos concert où elle était arrivé en avance elle a proposé de nous aider au backline et ensuite elle est devenue backlineuse du groupe et comme j’ai vu qu’elle faisait pas mal de musique je lui ai proposé de faire un truc juste pour rigoler et le courant est super bien passé et je me suis dit que je savais avec qui j’allais composer le deuxième album. On a commencé à travailler tous les deux, Bruno s’est rajouté sur quelques trucs et c’est comme ça que c’est parti.

Qui compose dans le groupe ?

J’écris tous les textes et je compose la musique à 80, 90 %. J’arrive avec une idée de ce que vont faire les guitares les batteries, quel son de synthé je veux, je sais déjà à peu près tout mais parfois ça fonctionne très bien dans ta tête et une fois couché sur le truc ça ne marche pas du tout donc je sais que je ne suis pas infaillible et s’ils ont des idées, ils vont proposer des nouvelles choses après écoute de ce que j’ai composé et on voit si ça améliore le morceau ou non. C’est là qu’il faut savoir mettre son ego de côté et reconnaître que le riff proposé est plus intéressant que celui que j’avais, qu’il sert mieux le morceau. Je sais jongler avec les idées des autres si je trouve qu’elles sont bonnes et qu’elles servent le morceau. L’idée c’est de faire des bons titres qu’on prenne plaisir à écouter et à jouer. Et le but ultime c’est la scène. Ces musiques sont faites pour être jouées en live et pour que les gens dansent ou pogotent dessus. A Paris, on a une fan base assez présente et motivée donc ce n’est pas rare de voir des mecs qui se pointent en armure, peints en noir, en faisant les symboles de Mad Max au premier rang donc on a une armée de fous furieux qui sont prêts à en découdre à chaque concert et c’est un sacré bazar. Au minimum on a 200 personnes, un public qui nous suit et qui est particulièrement actif et très réceptif à nos conneries.

L’Ep est auto-produit ?

Oui. Je travaille avec Godfazer, un producteur artistique qui est l’ingénieur du son pour le live également. On est vachement en phase lui et moi. On a souvent les mêmes idées au même moment en matière de réalisation artistique.

Un mot sur le bonus de l’Ep « Bucolikiller » avec Loki Lonestar ?

Ce cher Loki. Il a une voix assez démentielle et une puissance vocale qui me laisse sur le cul. J’ai eu un coup de cœur artistique pour lui. En plus d’être un humain absolument adorable c’est un gars blindé d’idées et avec qui on peut faire beaucoup de choses. Il a monté dernièrement un projet qui s’appelle Heys, à mi-chemin entre Queen et Rage Against the Machine, et il m’a demandé de faire un remix. Je trouvais le morceau très bien du coup j’ai décidé de ne rien garder (rires). L’instru est cool, on jette tout, on ne garde que la voix. J’ai choisi de faire un truc différent et de commencer avec du clavecin. Donc le morceau n’a strictement rien à voir avec l’original mais je tenais à faire cette expérimentation.

Tes premiers chocs musicaux ?

J’ai découvert le metal un peu tard, je devais avoir 14 ans, avec un pote qui m’a mis un cd à fond sur d’immenses enceintes. Ce que j’écoutais avant c’était genre « Chants de France » et le mec m’a mis « Here to Stay » de Korn, je m’en souviens, ce n’est pas que j’aimais ou pas, je ne comprenais pas ce que j’entendais parce que je n’avais jamais entendu un son aussi crad, aussi massif, ça faisait un mur ! et puis avec la voix de Jonathan Davis qui vient percer tout ça d’un coup, qui te déchire la face, intéressant ! J’ai réécouté le truc plusieurs fois chez mon pote et j’ai fini par lui embarquer le cd.  C’était ce que j’ai toujours voulu écouter, c’est juste que je ne le savais pas. Et pour le metal indus, pareil, on m’a dit tiens écoute ça tu vas voir ça va te plaire et tout le côté visuel que j’appréciais je l’ai retrouvé dans des artistes comme Rammstein, Rob Zombie et « Guns, God and Government Tour » de Manson par exemple qui est un dvd monstrueux, ça aussi je l’ai découvert à 14 ans, j’ai vu le truc et je me suis dit « ok je veux faire ça plus tard » (rires). Ce qui m’avait fasciné c’est l’énergie que donnait Manson sur scène, ce côté un petit peu haineux, littéralement vomir à la face des gens, y avait quelque chose de vrai là-dedans, qui venait vraiment du fond des tripes et que je trouvais à la fois violent et particulièrement touchant. Donc j’ai vraiment adoré. Le Manson de l’époque a bouleversé certaines choses en moi, je ne retrouve d’ailleurs plus ça chez lui aujourd’hui.

Quels sont les groupes que tu écoutes aujourd’hui ?

Quand j’ai aimé quelque chose je ne m’en lasse jamais donc je continue à écouter les mêmes choses mais j’enrichis avec d’autres groupes, dans les découvertes récentes par exemple il y a Manda Drive un artiste qui fait de la psy-trans, qui n’a rien à voir avec le metal indus mais ça touche à l’électro, avec une richesse dans le son, un vrai travail d’évolution et ça m’intéresse. J’aime bien apporter de la psy-trans dans le metal indus, on n’est pas habitués à ce genre de sonorités, même dans la techno hardcore j’aime bien piquer quelques trucs pour les ajouter, mixer tout ça et voir ce qui se passe. Un peu comme quand j’ai décidé de mettre du clavecin pour voir. Je me verrai même bien mettre un solo de trombone au milieu d’un morceau juste pour déconner si ça passe bien. Tant que des gens créeront, j’aurai des idées. Je m’inspire toujours de ce que font les gens autour de moi et ensuite je les recrache en noir à la sauce Shaârghot.

Des projets de concert ?

On repart à l’étranger. D’abord un festival aux Pays-Bas orienté Goth puis on retourne en Belgique pour un festival plus metal avec un groupe de metalcore en tête d’affiche. On arrive à switcher d’un type de public à un autre. On arrive très bien à jouer chez les goths, les punks, les metalleux aussi et même parfois dans des trucs plus généralistes comme par exemple « Chauffer dans la noirceur », un festival en Normandie qui diffuse même du reggae, de l’electro, de la pop, du metal. On a fait un festival viking aussi il n’y a pas longtemps, c’était très drôle de voir des hommes en peaux de bêtes se taper devant nous, complètement improbable.

L’album sortira cette année ?

Oui c’est sûr et il y aura probablement entre 14 et 15 titres. On retrouvera les titres de l’Ep, sauf le featuring de Loki qui est vraiment une parenthèse, un bonus dont on a voulu faire profiter les gens, et une dizaine d’autres titres, tous à peu près dans la même veine, parfois très metal, parfois plus électro.

Le mot de la fin ?

Dindon. Je dirai dindon.

On en restera là alors !

On en restera sur la volaille.

Merci à Shaârghot et à Roger de Replica Promotion !

 

 

 

 

 

 

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